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Euthanasie : les deux consciences, sinon c'est mourant

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Denis Beaulé
Envoyé Le mercredi 26 mars 2008 13:00



Ce qui est en jeu, premièrement, concernant l'euthanasie, c'est la conscience. Ou plutôt les consciences. Conscience, au sens de lucidité du «candidat à» l'euthanasie (avoir encore «toute sa tête») ; et conscience personnelle (alias «tribunal suprême»), à l'autorisation légitime et ultime seule de laquelle l'euthanasie peut, exceptionnellement, plus ou moins idéalement, non pas être explicitement permise ou légale a priori, mais plutôt non punie, non châtiée, lorsque, exceptionnellement, elle peut être considérée légitime ou justifiée a posteriori. Si ce sujet interpelle si fort et occasionne autant de division, d'opposition ou de polarisation, c'est parce qu'il n'y en a pas de «bonne réponse», justement, aux extrêmes. Ce ne peut être ni «jamais, en aucun cas, pour aucune considération», ni «à chacun sa pleine liberté de mourir quand il le veut, où il le veut, comme il le veut, assisté de qui il veut». La société, en effet, a une obligation de sensibilité minimale, sinon optimale. Or, quelle est telle ? Quand peut-il y avoir euthanasie légitime ou justifiée ?

C'est lorsque ça n'a plus de « bon sens ». Dans le sens, bon, il n'est pas que raison pure, dénuée de tout sentiment. Il y a aussi de celui-ci. Plus de «bon sens», donc, lorsqu'une personne souffre le martyre ou l'équivalent et qu'elle-même implore, à répétition, qu'on la délivre de pareille condition, pour elle insupportable. L'euthanasie, quoique non idéale, certes, dans l'absolu, peut donc être justifiable et justifiée en d'exceptionnellissimes cas. Lorsqu'il y a souffrance intolérable (inapaisable), lorsque la personne souffrante en fait la requête lucidement de son plein gré, et lorsque la communauté peut convenir, aussi bien en présence qu'à distance (spatiales ou temporelles, respectivement émotionnelle ou rationnelle) de la souffrance en cause, qu'il ne saurait s'avérer inacceptable d'avoir aidé à «partir» ou à [tré]«passer» ainsi quelqu'un ayant demandé qu'on l'aidât ou l'assistât en ce sens, de cette façon.

Que quelqu'un ne veuille point se suicider en pareil cas et sollicite plutôt une assistance médicale est tout «à son honneur». Car cela illustre le caractère socio-communautaire, non exclusivement individualiste, de la chose. Principe devant aussi être à l'oeuvre de «l'autre côté». C'est-à-dire de la part et de la société en général et des proches en particulier : que ce soit strictement suivant des mobiles altruistes (e.g. compassionnels), plutôt qu'intéressés ou «capitalistes», qu'on choisisse de ne pas punir l'euthanasie ayant été agie à de simples fins d'humanité la plus élémentaire qui soit. Évoquant, paradoxalement, le principe jumeau correspondant d'obligation de porter secours à toute personne en danger [de mort]...

Euthanasie non répréhensible ou punissable seulement s'il y a souffrance ([considérée] «suffisante») ? Oui. Car pour ce qui est du suicide rationnel (à base philosophique), à la Kirilov ou à la Zarathoustra («meurs à temps»), ces/ses prosélytes, rationnels, peuvent assurément procéder eux-mêmes à leur suicide, sans aide.

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