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Sur le riff de guitare de l'avant dernière chanson
Ma cousine Nicole 13 ans, victime d'inceste, m'expliquait en détail les symboles funèbres disséminés au dessus de cette immense fosse fleurie de la pop et tentait quelques semaines plus tard, de se suicider en se jetant devant une auto. Elle réussira lorsqu'elle le fera devant le métro Sauvé six années plus tard.
C'était pour moi la première prise de conscience d'un pré adolescent avec le potentiel destructeur des guerres et la vanité des victoires militaires : «I saw a film today oh boy, the english army has just won the war»...
C'était la prise de conscience du libre arbitre : «it's all within yourself no one else can make you change»
C'était la prise de conscience de ma capacité de survivre aux angoisses existentielles : «I'm fixing a hole when the rain gets in»...
C'était la prise de conscience de ma sexualité : «What do you see when you turn out the light : I can't tell you but I know it's mine» et mes premières approches auprès des filles et les nombreuses frustrations d'un jeune homme face aux occasions ratées: «took her out and nearly made it...sitting on a sofa with a sister or two»
La prise de conscience que certains ados qui n'en pouvaient plus fuguaient : «she's leaving home bye bye ...»
Et cette immense marche sur un fil de fer en équilibre entre las spiritualité des upanishads et ce gouffre du dernier accord conclusif de l'album au piano, entre la désinvolture satyrique d'un Good Morning, et l'affirmation de la fin proche d'un musicien : «Sgt Pepper ... is getting very near the end» préfigurant la dernière question new yorkaise à l'ouverture d'une portière d'automobile: Mister Lennon? Puis une détonation sourde...
J'attendrai toute une décennie avant que Joni Mitchell ne résume toute cette réflexion dans Hejira : «between the forceps and the stone».
Dans le paysage d'expo 67, nous marchions toutes ailes déployées, prêt à nous envoler sur les accords de Lucy in the Sky with Diamonds pour apprendre que seul Montréal diffusait la chanson à la radio car LSD était bannie des ondes américaines pour les raisons que l'on connaît.
Je n'ai jamais touché aux drogues, je trippais tout seul en écoutant Sgt Pepper, ce fut ainsi l'émancipation de mes facultés à plonger dans l'imaginaire sans béquilles sur le riff de guitare de l'avant dernière chanson.
Pierre Castonguay
