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Plutôt une régression
Que la réforme ait demandé aux enseignants de mesurer le non-mesurable, ça va de soi. Et cet aspect de renouveau pédagogique doit évidemment être corrigé. On ne peut juger de l'esprit d'équipe ou de la socialibilité d'un enfant qu'à partir de questions portant sur ce qu'il pense qu'il devrait faire dans telle ou telle circonstance réelle ou future, c'est-à-dire en ramenant l'évaluation au niveau des connaissances. Aller plus loin, c'est demander aux enseignants de sonder les coeurs, une tâche autrefois dévolue aux confesseurs.
Il en soi indifférent que les résultats scolaires apparaissent sous de forme de lettres ou de chiffres. Ce qui importe, c'est que ces lettres ou ces chiffres reflètent le plus adéquatement possible les résultats de chaque élève eu égard aux objectifs des programmes d'études. C'est de cette information dont les parents ont besoin pour suivre le parcours de leur enfant à l'école. Et d'aucune autre. Savoir où se situe leur enfant par rapport aux autres enfants de son groupe n'apporte rien d'intéressant, si ce n'est de permettre à une fraction de parents de se péter les bretelles pendant que les autres dépriment de savoir que leur enfant est un « loser » aux yeux de l'école. D'ailleurs, dans le cas où un élève change d'école et se retrouve dans un milieu social différent, que veut dire son rang et sa moyenne par rappport à la classe d'où il vient ? Absolument rien, ce qui entraînera inévitablement des enseignants et des directions d'école déclarer : ce 13e rang, c'est la queue de la classe chez nous.
J'ose croire que la majorité des parents qui ont voté pour Mario Dumont en espérant se retrouver avec un bulletin chiffré ne cherchaient pas à ce que soit réintroduite les moyennes et les rangs des élèves par rapport à leurs groupes respectifs. Je pense plutôt que des groupes restreints de parents et d'enseignants fortement « syndicalisés » ont réussi à berner un peu tout le monde pour forcer non pas un retour au bulletin chiffré mais foncièrement une régression à l'école d'autrefois, l'école d'avant la réforme, l'école d'avant la Révolution tranquille.
En 2003, Charest avait promis de modifier le modèle québécois de gouvernance, cachant mal son mépris pour la Révolution tranquille. Mario Dumont lui a apporté le bulldozer, pardon, le bouteur, pour la déraciner, aux applaudissements des grands esprits qui se plaisent à se considérer plus lucides que le reste des Québécois et Québécoises.
Roland Berger
London, Ontario
