Afghanistan: le Canada pourrait se retirer en 2009, dit l'OTAN

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Alec Castonguay
Édition du vendredi 01 juin 2007

Mots clés : coalition internationale, OTAN, militaires, Gouvernement, Forces armées, Canada (Pays), Afghanistan (Pays)

Question d'être fin prêts, les stratèges militaires de la coalition internationale planchent sur un scénario de retrait

Photo: Agence Reuters

Ottawa -- Les hautes instances de l'OTAN souhaitent que le Canada soit militairement présent en Afghanistan «aussi longtemps qu'il le pourra». Mais si Ottawa décide de mettre fin à sa dangereuse mission à Kandahar en février 2009, comme on le prévoit à l'heure actuelle, l'OTAN sera en mesure de combler le vide laissé par le Canada. Les stratèges militaires de la coalition internationale planchent d'ailleurs sur ce scénario de retrait, question d'être fin prêts si le départ canadien se concrétise, a révélé hier Raymond Hénault, président du Comité militaire de l'OTAN.

«L'OTAN est toujours contente d'avoir l'appui d'une nation comme le Canada, qui est renommée pour ses capacités opérationnelles. Mais le Canada est un des 26 pays membres de l'OTAN, et les autres pays ont aussi pour mandat de fournir à la tâche. On a un système qui permet de remplir le vide si une nation se voit dans l'obligation de mettre fin à sa contribution», a affirmé le général Ray Hénault lors du point de presse qui a suivi son passage devant le Comité permanent de la défense nationale de la Chambre des communes.

Le grand stratège militaire de l'OTAN soutient que l'organisation a un certain degré de souplesse en Afghanistan. «Si le Canada décide de se retirer, ce sera une décision nationale. C'est son choix. L'OTAN a 26 pays, plus 11 alliés en Afghanistan, pour un total de 37 pays. Cela signifie des possibilités s'offrent à nous. Si le Canada décide de se retirer en 2009, l'OTAN demandera à un autre pays de prendre la relève», a-t-il dit.

Le général Ray Hénault a été chef d'état-major de la Défense canadienne entre juin 2001 et février 2005, tout juste avant que Rick Hillier, dirigeant actuel des Forces armées canadiennes, n'entre en fonction. Il connaît donc bien la dynamique de la politique canadienne. Hier matin, le général Hénault était de retour à Ottawa, mais à titre de président du Comité militaire de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

Talonné par les députés libéraux, qui souhaitent que la mission canadienne à Kandahar prenne fin en 2009, Ray Hénault a hésité avant de révéler que l'OTAN se préparait déjà à un éventuel retrait canadien de cette région à haut risque. «On a la capacité de rester longtemps [en Afghanistan] mais il faut bien planifier la mission», a d'abord soutenu le général avant d'ajouter: «Nous examinons la possibilité d'une transition si le Canada doit se retirer, comme nous le faisons avec d'autres pays. Ça fait partie de nos activités de planification.» Ray Hénault a rappelé que «l'OTAN ne dit pas aux pays quoi faire». Chaque pays décide de ses échéanciers et de son degré d'engagement. D'ailleurs, si le Canada est aujourd'hui dans le fief des talibans, à Kandahar, c'est en raison d'une décision du gouvernement libéral de Paul Martin.

Le Parti libéral du Canada s'est réjoui hier des propos du général Hénault. «Aujourd'hui, on réalise que le Canada va avoir fait sa part en 2009, après trois ans de combat. Il va être normal de céder la région de Kandahar à un autre pays. C'est le principe de rotation et c'est dans l'ordre des choses», a soutenu le député Denis Coderre.

Une mission de longue haleine

Même si la mission actuelle est censée se terminer en février 2009, en théorie du moins, le gouvernement Harper a commencé à modifier son message depuis quelques semaines. Le premier ministre et le ministre de la Défense, Gordon O'Connor, soutiennent qu'il ne faut pas fixer de limite «arbitraire» au départ des troupes canadiennes. S'adressant aux soldats postés à Kandahar, Stephen Harper a d'ailleurs été clair la semaine dernière. «Vous savez que votre travail n'est pas achevé. Vous savez que nous ne pouvons pas simplement déposer les armes et espérer que la paix viendra par elle-même. Vous savez que nous ne pouvons pas fixer des délais arbitraires et espérer qu'ils seront respectés», a déclaré le premier ministre. Il s'est toutefois engagé à soumettre toute prolongation de la mission à un vote aux Communes.

Les hauts dirigeants de l'OTAN estiment que la coalition internationale doit rester sur place aussi longtemps qu'il le faudra. «Pour nous, c'est presque impossible de vous dire que ça va durer cinq ou dix ans. On ne le sait pas, a affirmé Ray Hénault. Ce qu'on sait, c'est que ça prend du temps. En Bosnie, on a été là presque dix ans. On est au Kosovo depuis six ou sept ans. Nous ne savons pas combien de temps ça va prendre en Afghanistan.» Plusieurs décennies? «Je ne le sais pas», a répondu M. Hénault.

La seule limite, c'est celle du gouvernement de Kaboul, a expliqué le président du Comité militaire de l'OTAN, basé à Bruxelles. «On prévoit être là un bon moment, jusqu'à ce que le travail soit fait. [...] On veut rester jusqu'à ce qu'il y ait un État viable. La mission prendra fin quand le gouvernement afghan pourra prendre le relais», a-t-il dit, ajoutant: «[Kaboul] va nous dire quand le temps sera venu» de quitter. «Il y a un débat à l'intérieur même de l'Afghanistan à propos de la capacité à prendre la relève et à savoir quand les soldats de l'OTAN doivent partir. C'est très sain.» Rappelons que la mission de l'OTAN est approuvée par Kaboul et par les Nations unies.

Selon le général, le pire serait de quitter l'Afghanistan en ce moment même alors que le gouvernement afghan ne peut pas encore assurer la sécurité du territoire à lui seul. «C'est un processus difficile de reconstruction et il ne faut pas se retirer aujourd'hui.» Ray Hénault cite les progrès sur le terrain: des élections libres, des filles qui vont à l'école, des routes en construction, des villages qui obtiennent l'électricité, une croissance du PIB de plus de 12 % en 2006, etc. «Les signes sont clairs que l'Afghanistan se prend de plus en plus en main. Mais il faut encore aider ce pays. L'Afghanistan reste un endroit très dangereux», a-t-il dit.

Pour mener à bien cette mission internationale dont dépend «la crédibilité entière de l'OTAN», selon ses mots, le général Hénault souhaite que le Canada reste un membre actif de la coalition, même si son départ ne serait pas fatal. «Le Canada est très respecté. L'OTAN souhaiterait, comme de raison, que le Canada reste aussi longtemps qu'il le peut.» Selon lui, la sécurité à Kandahar est bien plus grande depuis que le Canada s'y est installé, en février 2006.

Et si l'OTAN échoue? «Ça va endommager notre crédibilité de façon irrémédiable», a affirmé Ray Hénault. Pour donner un coup de main, le général a annoncé que l'Union européenne allait prendre en charge la formation de la police afghane d'ici «quelques mois». Il s'agit d'un atout de taille puisque la police afghane, une entité corrompue et sans la moindre autorité dans plusieurs régions du pays, contribue souvent aux problèmes et fait douter plusieurs Afghans du bien-fondé de la mission internationale. De son côté, l'Armée nationale afghane, déjà aidée par plusieurs pays, notamment le Canada, les États-Unis et la France, progresse bien, a soutenu Ray Hénault.

En outre, le général a fermé la porte à des négociations de paix avec les talibans, comme certains observateurs en réclament. «S'il y a une négociation à faire avec les talibans, elle devra être faite par le gouvernement afghan. Nous n'avons pas l'intention de négocier avec des terroristes, ce n'est pas dans notre mandat», a-t-il dit.


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