Les politiciens alimentent le terrorisme

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Brian Myles
Édition du jeudi 31 mai 2007

Mots clés : religion, Administration Bush, politique, Gouvernement, Terrorisme, Irak (pays), États-Unis (pays)

«Si la sottise irakienne n'avait pas été commise, tout ce qui ressemble à Ben Laden et consorts aurait décliné très vite»

N'était l'aveuglément de la classe politique -- l'administration Bush en tête --, le terrorisme islamiste serait vite battu en brèche. C'est du moins l'opinion de Xavier Raufer, un criminologue de réputation internationale qui était de passage à Longueuil hier pour un colloque de l'Université de Sherbrooke sur le terrorisme. Selon M. Raufer, il suffirait que le conflit israélo-palestinien et la guerre en Irak trouvent un dénouement pacifique pour que le terrorisme islamiste entre dans une irrémédiable phase de déclin.

«Si la sottise irakienne n'avait pas été commise, tout ce qui ressemble à Ben Laden et consorts aurait décliné très vite», estime M. Raufer, chargé de cours à l'Institut de criminologie de l'Université de Paris II. «Les fanatiques sont en train d'être renvoyés à ce qu'ils étaient au départ. Ils sont peu nombreux, historiquement, dans le monde musulman», a-t-il ajouté.

M. Raufer, auteur d'une vingtaine d'ouvrages sur le crime organisé et le terrorisme, refuse de montrer du doigt les agences de renseignement des grands pays occidentaux pour les échecs passés dans la lutte contre le terrorisme. Il souligne à juste titre que les intentions d'Oussama ben Laden étaient très claires. Dès le mois d'août 1996, il a publié une déclaration de guerre contre les États-Unis que tout le monde pouvait trouver sur Internet. Il n'y avait aucun secret: les moudjahidin se sont retournés contre leur allié américain après avoir réussi à chasser l'occupant soviétique de l'Afghanistan. «L'administration américaine n'a pas voulu voir le 11-Septembre, alors que sous son nez son allié en Afghanistan s'est transformé en ennemi de l'Amérique, et c'était public! lance Xavier Raufer. C'est pourquoi j'ai beaucoup d'hésitation quand j'entends dire que le problème, c'est le renseignement.»

Sur la question de l'Irak, c'est le même constat de désarroi. Dans son récent livre, l'ex-directeur de la CIA, George Tenet, a révélé que la guerre a été lancée sans réel débat au sein de l'administration Bush. M. Tenet a tenté de minimiser les accusations portées contre le régime irakien au sujet de ses prétendus liens avec al-Qaïda, notamment parce que la CIA n'était pas en mesure d'étayer certaines affirmations. Selon l'ex-patron de la CIA, cette attitude lui a valu l'hostilité du vice-président Dick Cheney et de la responsable du Conseil national de sécurité de l'époque, Condoleezza Rice. «Un des problèmes du renseignement, c'est la prise en compte de ce renseignement par les autorités politiques, qui font souvent preuve d'aveuglément», résume M. Raufer.

L'ennemi invisible

Contrairement à ce que la classe politique veut bien croire, al-Qaïda n'est pas la centrale du terrorisme, une sorte de nouvelle incarnation de l'Internationale communiste, avec leaders, instances et structure de commande hiérarchisée. «C'est beaucoup plus flou, anarchique et désorganisé qu'on veut le croire.»

Jamais, depuis les invasions barbares marquant la fin de l'Empire romain, le monde a-t-il été confronté à un ennemi aussi insaisissable, selon Xavier Raufer. En effet, les organisations terroristes sont moins stables ou structurées que par le passé. Abou Nidal faisait partie du décor en permanence dans les années 70: les services de renseignement connaissaient ses revendications et son identité. Aujourd'hui, les groupes sont plus difficiles à cerner. En Algérie, le Groupe islamiste armé (GIA) a changé de leader sept fois en sept ans, fait remarquer M. Raufer. «On vit dans un monde où brutalement l'ennemi apparaît, fait une série d'actes meurtriers et disparaît. Et après ça, on ne le revoit plus», dit-il.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, près de 5000 individus présumés membres d'al-Qaïda ont été interpellés dans 58 pays du globe, selon le calcul du criminologue. Et c'est sans compter les arrestations et les redditions extraordinaires menées dans le plus grand secret. Si al-Qaïda avait été une grande organisation centralisée et hiérarchisée, ses capacités opérationnelles auraient été réduites à néant. Or M. Raufer recense 11 attentats attribués à al-Qaïda ayant fait 683 morts de 2003 à 2006. Les responsables de l'attentat de Madrid, en mars 2004, «n'avaient jamais vu personne d'al-Qaïda de leur vie», dit M. Raufer.

Cela étant dit, les groupes terroristes n'en sont pas moins dangereux pour autant. À l'instar du crime organisé, ils trouvent un creuset fertile dans les pays «échoués» et les mégalopoles ayant sombré dans l'anarchie. En Afghanistan comme au Sierra Leone, à Karachi comme à Lagos, des milliers de kilomètres carrés de territoire et des millions d'habitants sont livrés au contrôle des mafieux, des terroristes et des trafiquants de drogue.

Quand les grandes puissances cesseront d'investir dans l'arsenal militaire, dans la logique désuète de la guerre froide, elles pourront se concentrer sur l'éradication des phénomènes terroristes dès l'apparition de ses premiers symptômes. «Il y a un problème intellectuel. Il faut opérer un changement de posture et faire de la détection précoce. Pour utiliser une image: il faut regarder les bourgeons et ne pas attendre que le baobab fasse 30 mètres de haut avant de s'y intéresser.» Xavier Raufer garde espoir. «Tout phénomène terroriste a un début, un apogée, un déclin et une fin», conclut-il.


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