Vos réactions
Torpillage des Libéraux par leur chef
Premier Ministre du Québec
Monsieur,
Le 27 mars dernier je vous écrivais le texte suivant :
«Lorsque vous marchiez main dans la main à la parade avec le parti Conservateur, le Québec ne réalisait pas que vous aviez vendu son âme.
Vos coéquipiers du parti Libéral ne réalisaient pas que bon nombre d'entre eux, ne seraient pas présents après l'élection mais...vous le saviez. Rappelez-vous de votre lapsus parlant du gouvernement minoritaire du PLC. Vous avez parachevé le torpillage du Québec volontairement. Vous avez vendu la province aux conservateurs de M. Harper : votre parti, votre idéologie, votre alma mater. Cette vente à rabais se fait en deux étapes :
1) Donner le Québec aux amis des Conservateurs en fournissant un parlement majoritairement fédéraliste avec vous d'une part (j'exclus ici le Parti Libéral qui est en fait à demi victime de votre manoeuvre), et un parti entièrement voué aux moindres désirs de M. Harper : l'ADQ de Mario Dumont actuellement en classe d'apprentissage.
2) Puis, le moment venu, donner le pouvoir à l'ADQ aux prochaines élections. Vous pourrez alors, fier du travail accompli et honni des Libéraux qui découvriront avec horreur que vous leur avez tranché la tête, retourner au Fédéral et briguer les suffrages pour le poste de premier ministre canadien. Vous aurez laissé le mouvement souverainiste, pour mort, sous la gouverne de son chef actuel en chantant l'hymne de votre génération :
"Can you tell me where my country lies?"
said the unifaun to his true love's eyes.
"It lies with me!" cried the Queen of Maybe
- for her merchandise, he traded in his prize. "
Bien sûr, afin de brouiller un peu les cartes, vous et Mario Dumont, afficherez quelques escarmouches de théâtre...au début. Ce prince de la figure de style va concevoir plusieurs critiques acerbes des Libéraux en Chambre. Mais ce sera de la poudre aux yeux de trop courte durée. Car toute cette réingénieurie de l'État par laquelle vous transférez un système social démocrate aux mains du privé, pourra enfin s'accomplir sans ambages et à la vitesse accélérée que vous aviez toujours souhaité sans toutefois pouvoir vous l'offrir empêtré dans les jambes des Libéraux provinciaux : parfois vos pires ennemis, bien que dans votre camp, en matière de réforme.
Vous êtes donc en pays connu, en figure de style maîtrisée et vous avez réellement gagné vos élections aux détriment du PLQ. Vous êtes en terrain d'amitié connu avec l'intrusion en chambre de l'ancien président du conseil du patronat. Il faut seulement donner à ces nouveaux venus, une contenance, une approche parlementaire et le tour sera joué pour la prochaine élection.
Toutes les concessions que vous devrez faire à Mario Dumont seront en fait, des gains pour votre idéologie. C'est dans les faits, main dans la main, que vous menez le Québec à l'assommoir.
En laissant le Québec aux mains du prochain gouvernement duplessiste, vous forcez le territoire dans les chambardements et les tranchées des visées des républicains du sud. Vous aplanissez le seul bastion de résistance qui empêchait le Canada, de ressembler en toutes choses au territoire de la libre entreprise que chapeaute le néolibéralisme économique qui taraude actuellement l'Amérique profonde.»
Comme vous le constatez M. Charest, cette lettre n'a pas perdu de son actualité.
Votre entêtement à faire presque se dissoudre le PLQ en provoquant des élections va permettre à Mario Dumont de s'installer solidement sinon de prendre le pouvoir.
Jean Charest Phase II : ce n'est pas de l'entêtement, mais de la suite dans les idées. C'est la suite du déploiement de votre agenda caché à l'encontre de votre propre parti. Moi qui suis démocrate et péquiste, je me désole de voir ce que vous faites à mes autres amis démocrates : les libéraux.
Vous êtes un conservateur en mission au Québec. On vous avait délégué en tant que solution du camp du non. On ne peut pas vous accuser de traîtrise face aux Libéraux puisque vous n'en avez jamais été un. Vous êtes cohérent avec vous même. Les Libéraux tant fédéraux que provinciaux, qui partagent la même base militante, se font actuellement avoir publiquement. Au su et au vu de tous. Je vous fait confiance : en quelques mots comme d'habitude, vous allez les endormir et les mener à à la chambre à gaz en refusant toute concession aux autres partis afin d'aller en élection. Cette montée d'adrénaline en chambre constitue la plus belle tirade théâtrale de votre carrière : vous vous assumez pleinement dans votre hypocrisie. Du Jean Charest à son meilleur et en plein contrôle dans l'intérêt des conservateurs de Harper qui désirent faire avancer l'ADQ.
Ma lettre du 26 mars s'appelait : Well Well Well.
M. Charest, very well done indeed.
Pierre Castonguay
