Médias - Le numérique à très petits pas
Mots clés : Patrimoine de la Chambre des communes, APFTQ, Radio-Canada, Média, Canada (Pays)
Vendredi dernier, le comité du Patrimoine de la Chambre des communes était en visite dans un hôtel montréalais, poursuivant sa tournée canadienne sur l'avenir de Radio-Canada.
Une demi-douzaine de députés des quatre partis fédéraux avaient bravement défié le magnifique soleil extérieur pour entendre l'Union des artistes, des regroupements syndicaux ou encore l'Association des producteurs de films et de télévision du Québec (APFTQ).
Tout le monde affirmait le caractère essentiel du service public, particulièrement en cette ère de grande convergence médiatique où les grandes entreprises de communication sont affamées. Pour bien jouer son rôle, il faudrait probablement augmenter les crédits parlementaires de Radio-Canada, faisaient tous valoir les invités. C'est habituellement lors de ce passage que les députés haussent le sourcil, particulièrement les députés conservateurs.
Puis, vendredi dernier, un des membres du comité, le député NPD Charlie Angus, a pris la parole. On est tous d'accord, tout cela est bien beau, disait-il en substance, mais nous sommes ici pour réfléchir à ce que devrait être Radio-Canada au XXIe siècle. Il faudrait plutôt se demander comment en arriver à mieux diffuser des émissions sur toutes les nouvelles plates-formes technologiques possibles.
Bonne question. Qui tombait pile, puisque, la veille, l'Union des artistes avait menacé d'entreprendre des grèves rotatives sur les plateaux de tournage si l'actuelle négociation avec l'APFTQ sur les droits de suite n'aboutit pas.
On sait que la ministre du Patrimoine entend revoir le mandat de Radio-Canada (sans trop savoir ce que cela veut dire, d'ailleurs). Le comité du Patrimoine a pris les devants en lançant cette consultation publique de plusieurs mois, partout au Canada. La consultation veut aborder plusieurs sujets, mais le rôle du service public dans le nouvel univers technologique est au premier plan des préoccupations.
Pourquoi est-il si difficile de s'entendre chez nous sur cette question, alors que partout dans le monde on explore avec frénésie tous les nouveaux modes de diffusion potentiels? La chaîne privée française TF1 lançait la semaine dernière son nouveau service de vidéo sur demande, sur lequel ses séries seront désormais disponibles sur Internet dès la fin de leur diffusion traditionnelle.
L'entreprise Joost, dont nous parlions dans l'édition du Devoir de samedi, s'apprête à lancer une plate-forme mondiale de télévision sur Internet, à laquelle plusieurs producteurs et diffuseurs américains (dont CBS) s'intéressent au plus haut point.
On cite souvent la BBC, le service public britannique, comme le grand modèle dont s'est inspirée CBC/Radio-Canada.
Eh bien, non seulement la BBC met-elle maintenant à la disposition des internautes de fabuleuses archives, mais elle annonçait récemment qu'elle lancerait bientôt un nouveau service révolutionnaire, l'iPlayer, qui permettra aux téléspectateurs d'avoir gratuitement accès aux émissions de la BBC des sept derniers jours en les conservant sur leur ordinateur pendant 30 jours. Les abonnés au câble pourront aussi les utiliser sur leur téléviseurs.
On pourrait multiplier les exemples. Or, chez nous, la négociation sur les droits dans le nouvel univers numérique se poursuit depuis un an et demi sans qu'aucune annonce claire ait encore été faite.
Devant le comité, la directrice générale de l'APFTQ, Claire Samson, faisait valoir vendredi que les producteurs «sont ouverts à discuter de nouveaux modèles économiques, et nous sommes disposés à explorer un nouveau modèle de partage des droits».
Mais, affirme-t-elle, «aucun diffuseur ne nous est revenu avec une proposition. Les diffuseurs demandent plutôt aux producteurs de leur céder tous les droits». L'APFTQ semble prise en sandwich entre les artistes et auteurs d'un côté, qui veulent recevoir des droits d'auteur pour la diffusion de leurs oeuvres sur les nouvelles plates-formes (Internet, DVD, vidéo sur commande, baladodiffusion, etc.), et les diffuseurs. En coulisses, les producteurs répètent comment Quebecor est gourmande, exigeant de se faire céder tous les droits. «Radio-Canada devrait exercer un leadership sur cette question», laisse tomber la représentante des producteurs.
Au début du mois de mai, le président du CRTC, Konrad von Finckenstein, prononçait un discours devant le congrès annuel de l'APFTQ à Gatineau. Dans ce nouvel univers numérique, le statu quo n'est plus possible, disait-il, et la diffusion sur Internet «doit constituer une nouvelle opportunité et de nouveaux moyens de rentabiliser votre industrie [...] On peut songer par exemple à la possibilité de produire une émission et la diffuser sur de nouvelles plates-formes, sans que ça nécessite l'intervention d'un distributeur».
J'ignore si une telle idée, qui semble provocante, serait viable. Mais ce qui est certain, c'est que pendant que la discussion s'éternise, les plus jeunes consommateurs sont de plus en plus sollicités par les productions culturelles étrangères disponibles sur Internet. Et les cotes d'écoutes de la télévision traditionnelle diminuent sans cesse.
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pcauchon@ledevoir.com
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... bla bla $ bla bla droits d'auteur bla bla ... - par Christian Rheault
Le lundi 28 mai 2007 02:00

