Presque un trip hallucinogène
Mots clés : Johnny Depp, Pirates of the Caribbean, Cinéma, Culture, États-Unis (pays)
D'abord, la longueur: 168 minutes, soit près de trois heures. Lorsque le manège fonctionne à plein régime, le temps passe vite. Mais la boîte à surprises a épuisé la majeure partie de ses trésors, si bien que le scénario s'emmaille dans ses filets bien avant que ne sonne la fin du troisième acte.
Pirates of the Caribbean : At World's End
(Pirates des Caraïbes : Jusqu'au bout du monde)
De Gore Verbinski. Avec Johnny Depp, Geoffrey Rush, Keira Knightley, Orlando Bloom, Chow Yun-Fat, Tom Hollander, Naomie Harris. Scénario: Ted Elliott, Terry Rossio. Image: Darius Wolski. Montage: Stephen E. Rivkin, Priscilla John. Musique: Hans Zimmer. États-Unis, 2007, 168 minutes.
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Qu'à cela ne tienne, puisque l'enjeu de cette histoire (opposant des pirates et la Couronne britannique à des morts-vivants dont le coeur balance entre les deux) est devenu subliminal, aléatoire, interchangeable. Dans le contexte, l'issue compte moins que le voyage qui y conduit. Et quel voyage! Si Mozart avait fait des opérettes, elles auraient ressemblé à ce collage baroque roulé-tambour par le compositeur Hans Zimmer. La musique de ce dernier prend en effet tellement d'importance, dans les moments forts de l'action (les trois quarts du film, donc), qu'on a l'impression qu'elle a commandé les images, et non l'inverse.
Johnny Depp est bien entendu aux commandes, et sa composition de pirate efféminé et extravagant est toujours d'une drôlerie irrésistible. En capitaine Barbossa revenu d'entre les morts grâce aux pouvoirs de la déesse Calypso, le génial Geoffrey Rush est à la hauteur de la tâche, et active autant que faire se peut les leviers de cette intrigue maritime qui nous conduit de Shanghai aux Caraïbes, en passant par l'entre-mondes polaire, où Jack Sparrow (Depp) est enfermé depuis son dernier tête-à-tête avec le grand maître des Sept Mers (Bill Nighy).
L'apparition de Depp, à la trentième minute du film, tient du rêve surréaliste en ton sur ton. Enfermé en lui-même, l'homme se clone à l'infini et croise le fer avec ses doubles, avant que des galets transformés en crabes ne le déprennent des glaces. La scène est magistrale, de loin la plus épurée et la plus belle du film, qui revient à cette hauteur à une seule autre occasion, celle où Calypso (Naomie Harris) est libérée de sa carapace humaine.
La richesse du matériau est indiscutable, tout comme le savoir-faire de Gore Verbinski, qui engage son intrigue confuse sur les alliances, les trahisons, les mauvais sorts et les sacrifices dans une série de détours labyrinthiques mêlant zombies, fantômes chinois et «mondes possibles». L'amalgame tient davantage du trip halluci-
nogène que du divertissement conventionnel, et tant qu'à donner dans l'abstraction (les retournements nombreux épuisent tout désir de donner un sens à l'histoire), on aurait préféré qu'il aille plus loin.
D'autant que la tangente féministe du récit (les deux personnages féminins sont les deus ex machina) donnait à croire que les scénaristes désiraient sortir des sentiers
battus. Or la tempête amoureuse de Keira Knightley et Orlando Bloom, apaisée au dernier acte, nous ramène illico en terrain connu. Comme quoi chaque audace
a son prix.
Collaborateur du Devoir
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