D'une biennale à l'autre : David Altmejd et ses drôles d'oiseaux

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René Viau
Édition du samedi 26 et du dimanche 27 mai 2007

Mots clés : DAVID ALTMEJD, UQAM, Art, Culture, Québec (province), Montréal

Détail de Loup-garou 2, 2000, de David Altmejd. Avec l'autorisation de la galerie Andréa Rosen, New York, et de Stuart Shave Modern Art de Londres.

Gondoles, clapotis des vagues, touristes et pigeons... Rien de triste à Venise! Tous les deux ans, la sérénissime Cité des Doges se fait l'un des grands rendez-vous internationaux de l'art contemporain. Pour sa 52e édition (du 10 juin au 21 novembre prochain), la Biennale de Venise ne fera pas exception.

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DAVID ALTMEJD
Galerie de l'UQAM
(Jusqu'au 8 juillet)
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Traditionnellement, aux côtés des pavillons nationaux qui mettent à l'avant des artistes sélectionnés par chaque pays dans les Giardini, la Biennale organise une grande exposition internationale. Avec comme thème, et en anglais, lingua franca à l'heure de la mondialisation, «Think with the senses. Feel with the mind. Art in the present», la Biennale sera dirigée cette année pour la première fois par un Américain. Critique d'art et ancien conservateur général du département peinture et sculpture du MoMA, Robert Storr est professeur d'art moderne à l'institut Rosalie Solow.

Cette principale exposition internationale s'étendra de l'Arsenale à la Corderie, à l'Artiglierie, de même que dans le pavillon italien. Les pavillons nationaux dans les Giardini présenteront une centaine d'artistes venus de 77 pays. À ce titre, cette Biennale constitue un record de participation. Le Canada accueille David Altmejd. Des expositions sont aussi organisées dans le centre historique, disséminées dans les églises et autres couvents de la ville. Le tout constitue une unique occasion de prendre le pouls de la création à travers le monde.

Saisissants chassés-croisés

Provoquant tout autant la fascination que la répulsion, les oeuvres de David Altmejd ne laissent pas indifférent. Dans le cadre de la Biennale de Montréal, une exposition itinérante rassemble cinq de ses créations. L'exposition constitue une sorte d'avant-première à la participation d'Altmejd à ce grand canal de l'art qu'est la Biennale de Venise. L'exposition, souligne-t-on à la galerie de l'UQAM, a été envisagée avant qu'Altmejd soit choisi pour Venise.

«Kitsch intégral!» «Fascinant!» «Splendide et féerique.» «Répugnant et surchargé.» «Ce n'est pas du tout ma sensibilité.» Voici quelques-unes des réactions recueillies sur ces oeuvres. En fait, Altmejd bouscule les univers. On pense à la fois aux «Young British Artists» et aux animaux dans le formol de Damien Hirst. Cela mâtiné d'arte povera, de surréalisme et de que sais-je encore. Une collègue critique le situe «quelque part entre David Lynch et Cocteau». On pourrait ajouter à cette nomenclature, très La Belle et la Bête en forçant sur l'hybride, Hitchcock et ses oiseaux. Altmejd veut transformer en volière l'espace difficile du pavillon canadien des Giardini à Venise. Conçue durant les années 50, son architecture s'inspire de la forme d'une feuille d'érable!

Des dispositifs d'étalage, des prismes, des miroirs, des breloques et des ossements qui se cristallisent sont juxtaposés à des animaux et des oiseaux empaillés et à des sections de gros loups-garous poilus. Avec ces figures, l'artiste compose un langage ou l'articulation ne procède ni par monèmes ni par sémèmes, mais bien par ces éléments organiques, ces fragments échappés de la boutique d'un taxidermiste, ces scénographies ou ces structures pseudo-minimalistes. Mutation. Imagination mais aussi une certaine opulence lourde et tape-à-l'oeil, sans doute voulue, sont les mots clefs de ces oeuvres se coulissant en de saisissants chassés-croisés. Celles-ci resituent l'atmosphère des Wunderkammern. Ces cabinets de curiosités à l'époque baroque accumulaient bizarreries en tous genres. Altmejd joue avec les socles, les effets labyrinthiques, l'impression de reliquaires, pour construire des vanités contemporaines.

Outre des prescripteurs publics allant du Conseil des arts au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada, la participation canadienne à la Biennale de Venise a bénéficié du soutien du Musée des beaux-arts du Canada ainsi que de l'aide d'une nouvelle fondation privée, la DHX/Art Foundation. Des commanditaires tel Aéroplan y sont associés. Maître d'oeuvre de la présentation de David Altmejd à Venise, Louise Déry, directrice de la galerie de l'UQAM, est aussi commissaire de l'exposition à Montréal.

Collaborateur du Devoir


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