À vau-l'eau
Mots clés : établissements, Commission scolaire de Montréal, École, Éducation, Québec (province)
Les écoles tombent en ruine. Les hôpitaux ferment des unités insalubres. Les aqueducs cèdent sous le poids des ans. Les voies publiques se désagrègent. Ce portrait désolant témoigne d'années de négligence pour lesquelles il faut maintenant payer. Passez à la caisse, s'il vous plaît!
Sur papier, le «chantier de rénovation» dévoilé hier inspire à la fois de l'horreur et du respect. De l'horreur en raison de l'ampleur des travaux prévus à la phase I, d'ici 2011: en plus des toitures et des fenêtres à refaire, les installations sanitaires, les laboratoires de sciences et les systèmes de ventilation des établissements sont vétustes. La tâche à laquelle la plus grosse commission scolaire du Québec s'attelle est titanesque et coûtera cher: 140 millions en quatre ans! Sans cela, tout irait à vau-l'eau!
Ce plan suscite aussi le respect puisque, non contente d'éviter le drame, la CSDM pare ensuite aux urgences grâce à une seconde phase qui la mènera en 2021. Elle compte alors remettre en bon état son parc immobilier aujourd'hui vieux de 55 ans grâce à des fonds annuels de 55 millions de dollars. C'est 500 % de plus que ce qu'elle a dévolu annuellement à l'entretien au cours des dernières années!
Le message est on ne peut plus clair: on stoppe d'abord l'hémorragie, on s'affaire ensuite à façonner -- dans tous les sens du terme -- l'avenir. La disette des compressions, conséquence de ces années fixées sur le déficit zéro, a laissé des trous dans le parc immobilier non seulement de la CSDM mais aussi de l'ensemble des établissements publics. Par souci d'économie mal placé, combien d'îlots Balmoral tomberont encore en ruine?
Mais par les temps qui courent, l'annonce d'un mégaprojet déplace l'appareil politique plus aisément, semble-t-il, qu'une toiture qui coule ou qu'un aqueduc qui fuit. Aura-t-il fallu l'enquête rigoureuse de l'équipe d'Enjeux pour montrer l'inimaginable et réveiller les passions?
La semaine dernière, des acteurs influents de la société s'indignaient -- avec raison! -- de l'indécence camouflée derrière la nonchalance politique et budgétaire liée à ces travaux d'entretien pourtant nécessaires. Ils s'offusquaient en outre de cette «frénésie immobilière» qui enivre les troupes et qui multiplie les dépenses.
Il faut espérer que le budget d'aujourd'hui permettra à des organismes comme la CSDM de soutenir ses rêves. Sollicité par l'ensemble du réseau scolaire, le gouvernement a allongé ces dernières années des sommes substantielles, il faut le reconnaître, pour maintenir à niveau une flotte périmée. Si louable soit-il, le programme lancé par le ministère de l'Éducation ne sert toutefois qu'à colmater des brèches tant les besoins sont immenses. Et sa pérennité n'est pas assurée: de quoi faire frémir toutes les CSDM du Québec!
Pour activer son chantier, la CSDM a demandé et obtenu la permission d'emprunter 26 millions sur sa marge de crédit. Les écoles peinent à embaucher les spécialistes dont les élèves en difficulté ont vraiment besoin et elles devraient aussi emprunter pour refaire la maçonnerie décrépite de leur façade? Révoltant!
L'alerte rouge dont certains parlent a sonné: la démonstration des besoins n'est plus à faire. Il faut désormais payer pour la négligence du passé et veiller à assurer un avenir «sec» à nos bâtiments publics.
machouinard@ledevoir.com
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