Vos réactions

Les grenouilles et le boss

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Karl Chaboum (karl@acrostichesumesure.com)
Envoyé Le mercredi 23 mai 2007 09:00



Étendue sur un nénuphar, la grenouille se prélassait dans l'étang. Elle aurait bien aimé dormir durant sa pause mais les coups de marteau et les bulldozer perturbaient sa liberté d'ouvrière au repos.
Cinq cent grenouilles faisaient déborder l'étang, les nénuphars calant dans l'eau glaiseuse, écoutant cacasser les amères contre leur Crapeau boss toujours en voie d'expansion alors qu'elles demeuraient chétives, cuisses menues.

Un goût amer vint sur leur bouche ; de forger aussitôt des pancartes avec leurs lit-nénuphar, et d'y inscrire des slogans choquants : « Crapeau, tu nous rapes la peau déjà ridée ». « Tu miroites goulûment nos cuisses à nous rendre gênées, tu grossis alors que nous on rapetisse. On en a marre ! »

On invita la meneuse grenouille à prendre la parole : « C'est fini l'exploitation, voilà vingt ans que ça dure. Si on se tient les cuisses, nous aussi on pourra se gonfler d'importance et prendre les rennes de l'empire du Crapeau. Allez grenouilles, bombez le torse, encore et encore, faites craquer de fierté vos cages thoraciques : vous pouvez être aussi grosses que le boss.

Placidement, le boss admirait ces exercices de femelles excitées. Il craignait le pire... qui arriva : le torse de ces gonzesses éclata et souilla tout l'étang. Ne restaient sur le rivage que leurs cuisses dodues et délicates.

Sans tarder monsieur fit commander un camion de gousses d'ail, fit partir un bon feu, pour bientôt se délecter des délicieuses cuisses qui s'étaient mises à son service vingt ans durant pour tout à coup chanter leur propre chant funèbre.

Quand on apprécie ce que fut une grenouille en relation avec son boss, qu'on les vit se respecter mutuellement, on n'y comprend rien à ce jeu de montgolfière de ces cinq cent qui montèrent dedans et y crevèrent toutes, d'envie.

Si on demandait un jour à une grenouille d'être son propre boss, et au boss de revêtir la peau d'une grenouille, on verrait tout de suite que les culottes de la première font qu'elles flottent dedans, et que le maillot du second est ultra serré et inconfortable.

Comme quoi les pancartes sont faites pour indiquer la route aux égarés et non pour se bagarrer comme des Don Quichotte qui au moins savait lui qu'il n'en avait que contre des moulins à vent.

Se gonfler, s'enfler, appartient aux crapeaux qui savent quand s'arrêter. Quant aux grenouilles, de se croiser leurs jolies cuisses est déjà plus qu'un plus. En faire plus et les voilà peut-être dans le poëlon.

Ce récit bien sûr ne servira de leçon à personne, car les grenouilles sont ce qu'elles sont, et les boss ont toujours aimé leurs cuisses bien grillées à l'ail des bois.

Nous finirons donc cette histoire en queue de poissons, ces poissons qui leur vie durant voyaient venir l'affaire du dessous des nénuphars : au bout du compte ils s'en... fichent.

Et l'humanité entière aussi.
Inspiré de la fable "La grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf" La Fontaine

KarlChaboum

Haut de la page

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com