PC: grogne chez les militants du Québec

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Alec Castonguay
Édition du mercredi 23 mai 2007

Mots clés : Stephen Harper, Parti conservateur, Parti politique, Québec (province), Canada (Pays)

Une quinzaine d'ex-candidats accusent le parti de vouloir les écarter

Ottawa -- La colère gronde chez plusieurs militants conservateurs du Québec. Une quinzaine d'anciens candidats qui ont porté les couleurs du Parti conservateur aux deux dernières élections se disent «outrés» de ce qu'ils décrivent comme de la «magouille antidémocratique» pour les empêcher de se présenter de nouveau.

Ces 15 ex-candidats contactés par Le Devoir depuis trois semaines proviennent de tous les coins de la province (Laval, Montréal, Cantons-de-l'Est, Saguenay, Centre du Québec, etc.) et ont peu de choses en commun, si ce n'est leur rage de se sentir bousculés par les hautes instances du parti à Montréal. Il est rare que 15 ex-candidats -- 20 % des comtés au Québec -- s'en prennent ainsi à leur parti. C'est un article paru dans Le Devoir en avril dernier sur la grogne qui faisait rage dans le comté de Roberval qui a convaincu plusieurs ex-candidats de parler, voyant qu'ils n'étaient pas seuls.

Ces anciens porte-couleurs, qui sont pour la plupart des militants conservateurs de longue date, n'ont rien à reprocher au chef du parti, Stephen Harper. Certains disent même avoir «alerté» le leader conservateur de la situation, mais sans succès. Les plaintes visent plutôt l'organisation qui règne sur la province à partir de Montréal, soit au premier titre l'organisateur en chef, Pierre Coulombe, ainsi que ses lieutenants dans les différentes régions du Québec.

Les ex-candidats accusent le Parti conservateur (PC) au Québec d'user «d'intimidation», de «manquer de respect» et de «ne pas jouer selon les règles» pour se débarrasser des anciens candidats et ainsi imposer des «vedettes» ou des «amis» dans certaines circonscriptions. L'organisation au Québec a notamment relevé de 12 à 15 comtés «prenables» que le parti veut réserver à des personnes connues. Les ex-candidats affirment que le parti a le droit de chercher du sang neuf mais reprochent aux organisateurs de ne pas laisser le vrai choix aux membres sur le terrain en biaisant certaines investitures, même si le tout reste parfaitement légal.

Les accusations sont toutefois rejetées en bloc par le Parti conservateur, qui n'a pas voulu donner de détails sur ce sujet hier. «Nos candidats sont élus de façon démocratique par les membres, sur le terrain, à l'intérieur des circonscriptions», a simplement dit un porte-parole du PC qui a refusé d'être nommé. Selon le parti, la très grande majorité des militants sont heureux de voir ce qui se passe au Québec présentement chez les conservateurs.

N'empêche, la grogne est forte et inhabituelle. Et peu importe la région, les récriminations se recoupent. Les ex-candidats soutiennent que les organisateurs refusent de répondre à leurs questions concernant les investitures pendant des semaines, voire des mois, donnant ainsi l'avantage du terrain aux nouveaux candidats qui se préparent avec l'assentiment du parti. On accuse le PC de changer les dates d'investiture à la dernière minute pour favoriser un candidat ou encore de tenir des réunions dans le comté en même temps que celles prévues par l'ex-candidat, ce qui l'empêche d'avoir beaucoup de militants à ses côtés. Les anciens candidats soutiennent avoir été victimes d'intimidation verbale, puisque certains se sont fait dire qu'ils n'étaient pas les bienvenus et que la machine politique allait travailler contre eux.

Deux défaites et dehors!

Tous les anciens porte-couleurs, sans exception, se sont plaints de la nouvelle règle qui consiste à être automatiquement exclu des investitures après deux défaites électorales à son actif. Cette règle nationale a été approuvée le 28 juin 2006 par les hautes instances du parti. «J'ai gardé le fort en 2004 et en 2006 quand personne ne voulait se présenter pour le Parti conservateur au Québec, et là, avec un simple règlement, on bafoue la démocratie, le souhait des membres, et on m'empêche de me présenter de nouveau», rage Jean Landry, candidat en 2004 dans Lotbinière, près de Québec, et en 2006 dans Richmond-Arthabaska (en raison du redécoupage de la carte électorale, dit-il).

Jean Landry affirme avoir écrit aux organisateurs pour obtenir la permission spéciale de se présenter une nouvelle fois, malgré ses deux défaites. «J'ai fait ma demande le 3 août 2006 et j'attends toujours une réponse», dit-il. L'investiture dans son comté a toutefois eu lieu le 17 décembre dernier après une course à trois, sans Jean Landry. «C'est un triste jeu de pouvoir», ajoute-t-il.

Dans Bourassa, à Montréal, Liberato Martelli affirme «avoir été tassé» au profit d'une candidate plus connue aux yeux du parti, Michelle Allard. Étant donné qu'il n'avait qu'une seule campagne électorale derrière la cravate, il aurait pu se présenter de nouveau à l'investiture. «Tout allait bien. J'avais mon équipe et on était prêts. Mais le parti a organisé une réunion dans le comté en même temps que la mienne, à 500 mètres. J'ai ensuite vu que les organisateurs ne voulaient pas de moi, ils me l'ont bien fait sentir», a-t-il dit sans vouloir développer. Liberato Martelli affirme ne pas être un homme frustré motivé par la rancune. «Si on m'avait poliment demandé de me retirer, je l'aurais fait. Mais c'est dégoûtant de tasser quelqu'un pour mettre ses amis», lance-t-il, ajoutant que le PC «ne joue pas selon les règles». «C'est de la magouille antidémocratique.»

Non loin de M. Martelli, à Saint-Léonard, son collègue italien Pingiotti Ercolano en a lui aussi gros sur le coeur. «Je ne veux pas vous en parler, parce que ce n'est pas mon genre d'étaler ça en public, mais je peux vous dire que c'est la pire expérience de ma vie. On s'est fait avoir par des hypocrites. Il y a les vrais militants et les opportunistes. Je suis un vrai militant, mais j'ai une grande gueule et on n'aime pas ça au Parti conservateur», affirme-t-il.

Plusieurs ex-candidats se sont plaints du contrôle que les organisateurs du PC exercent sur les relations avec les journalistes. «C'est la loi du silence! On nous impose une camisole de force», lâche Yves Bourassa, ex-candidat dans Chambly-Borduas, qui avoue contacter les médias à répétition pour dire ce qu'il pense, sans l'assentiment du parti. Yves Bourassa affirme s'être carrément fait dire par un organisateur du Québec, lors de l'école des candidats à Toronto, en mars, que le parti ne voulait plus de lui. «Je suis en politique depuis 1984 et je n'ai jamais vu ça, dit-il. Ce n'est pas à eux de décider, c'est aux membres; c'est ça, la culture conservatrice.» M. Bourassa affirme avoir été au bout de la chaîne de commandement pour se plaindre. «J'ai prévenu M. Harper sur les problèmes qu'on vit. Il m'a écouté, mais rien n'a changé», dit-il.

Dans Roberval, l'exécutif de l'association a décidé de ne pas solliciter de nouveau mandat pour protester contre l'avantage qui aurait été consenti à Denis Lebel, le maire de Roberval, lors de l'investiture en cours. Le président de l'association démissionnaire, Ghislain Lavoie, aussi candidat en 2004 et en 2006, a affirmé au Devoir que l'association n'a jamais été mise au courant de la candidature de M. Lebel, tout ayant été piloté de Montréal.

Dix des 15 ex-candidats contactés par Le Devoir ont préféré garder l'anonymat par peur de nuire à leur carrière, alors que d'autres espèrent encore un changement de cap avant la fin des investitures au Québec. «Ce n'est pas tant le résultat qui me choque, mais la manière cavalière de procéder. Ce n'est pas humain de traiter ses militants comme ça», lance une candidate en 2006.

Changer de parti?

Certains ex-candidats songent d'ailleurs à se présenter comme indépendant, ou encore à se joindre à un autre parti. C'est le cas de Jean Landry, qui a déjà rencontré le chef libéral Stéphane Dion. «Je suis en réflexion», dit-il. L'ancien porte-couleurs conservateur dans Compton-Stanstead en 2006, Gary Caldwell, a de son côté choisi de se joindre au Parti vert du Canada.

Au moins deux ex-candidats ont déjà contacté le Parti progressiste canadien, un parti de centre-droit dûment enregistré -- même s'il reste marginal -- et qui regroupe des anciens progressistes-conservateurs qui n'ont jamais digéré la fusion avec l'Alliance canadienne en 2003. Ce parti a présenté 28 candidats à travers le pays aux élections de 2006.

Au Parti conservateur, on estime que la frustration de quinze anciens candidats ne reflète pas l'état d'esprit des troupes. On se dit en quelque sorte victime de la popularité qui suit toujours un parti lorsqu'il atteint le pouvoir, puisque les candidatures affluent. On refuse toutefois d'expliquer pourquoi une règle qui exclut les candidats qui ont perdu deux fois est en vigueur, alors que c'est habituellement la volonté des membres qui domine.


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