Climat: le scénario catastrophe se réalise

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Édition du mercredi 23 mai 2007

Mots clés : protocole de Kyoto, Michael Fortier, Yvo de Boer, Climat, Canada (Pays)

Yvo de Boer fait état de données inquiétantes mais refuse de condamner le Canada

Le ministre canadien de l'Environnement, John Baird, en compagnie du numéro un de l'application du protocole de Kyoto, Yvo de Boer, et du ministre des Travaux publics, Michael Fortier.

Photo: Jacques Nadeau

Le réchauffement de la planète s'accélère et sa gravité dépasse maintenant les scénarios les plus pessimistes, a prévenu hier le grand patron du protocole de Kyoto, Yvo de Boer.

Dans un discours prononcé à Montréal dans le cadre de la Journée internationale de la biodiversité, M. de Boer a fait état d'une étude publiée quelques heures plus tôt par la National Academy of Sciences des États-Unis.

Selon ce rapport, les émissions de dioxyde de carbone (CO2) ont augmenté de 3,1 % par an de 2000 à 2004, alors qu'elles n'avaient progressé que de 1,1 % par an pendant les années 90.

«Cela nous amène bien au-delà du pire des scénarios prévu par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, a estimé M. de Boer. Pour utiliser une mauvaise analogie, les changements climatiques sont maintenant passés à la vitesse turbo.»

Le diplomate néerlandais a mis l'accent sur l'urgence de la situation. Il a souligné que les besoins énergétiques de la planète requerraient des investissements globaux de 20 000 milliards $ US (20 billions $ US) au cours des 20 prochaines années.

«Si nous investissons mal ces 20 billions $ US, sans orientation politique, les émissions de CO2 augmenteront de 60 % d'ici 2030 au lieu de baisser de 60 % dans le même laps de temps, alors qu'une réduction de cette nature serait nécessaire d'après les scientifiques», a indiqué le secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

Yvo de Boer a rappelé qu'en Chine une nouvelle centrale au charbon ouvrait ses portes tous les trois à cinq jours. «Ces centrales ne cadrent dans aucune politique [environnementale])», a-t-il déploré.

Tendre envers Ottawa

Au début du mois, M. de Boer avait critiqué le plan des conservateurs sur les changements climatiques, le qualifiant de «moins ambitieux» que le protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Mais hier, aux côtés du ministre fédéral de l'Environnement, John Baird, le dirigeant onusien s'est montré beaucoup plus modéré. Le plan d'Ottawa «est une politique ambitieuse, mais ce n'est pas assez pour atteindre les engagements [du Canada] à l'égard de Kyoto d'ici 2012», a affirmé Yvo de Boer. «Ce sont là des faits, pas une critique.»

Le grand responsable du protocole de Kyoto a néanmoins reconnu s'être inquiété lors de l'arrivée au pouvoir des conservateurs, au début 2006. «Je dois admettre que j'ai été préoccupé pendant un certain temps», a-t-il confié, avant d'ajouter que la décision du gouvernement de ne pas se retirer de Kyoto et de se fixer des cibles au-delà de la période du protocole, qui prend fin en 2012, l'a finalement rassuré. «Cela m'a grandement soulagé», a dit M. de Boer.

Pourtant, les conservateurs n'ont toujours pas l'intention de respecter les cibles imposées au Canada par Kyoto d'ici 2012. Hier, le ministre Baird a de nouveau accusé les précédents gouvernements libéraux d'être la cause du retard du pays dans le dossier.

Il faut dire que les négociations internationales sur les cibles à atteindre au-delà de 2012 sont plutôt âpres. «Les riches blâment les pauvres de ne rien faire, et les pauvres blâment les riches de ne rien faire, a noté Yvo de Boer. Or, si tout le monde arrêtait de se pointer du doigt et commençait à agir, nous pourrions probablement régler ce problème à temps.»

Biodiversité

Cette année, les autorités onusiennes ont voulu attirer l'attention sur le lien qui existe entre les changements climatiques et la diversité biologique. Ahmed Djoghlaf, secrétaire exécutif de la Convention sur la diversité biologique, basée à Montréal, a rappelé qu'une centaine d'espèces végétales et animales disparaissaient chaque jour -- soit des dizaines de milliers par année --, notamment à cause des changements climatiques. Or, a-t-il fait remarquer, la multiplicité des espèces aide les écosystèmes à s'adapter au réchauffement planétaire.

Ottawa a annoncé hier le versement de 4,5 millions $ à un programme qui vise à protéger les espèces en péril et leur habitat. Le ministre Baird a toutefois été incapable de préciser à quoi servirait l'argent.


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