Un sommet des 30 dernières années

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Gérard Bérubé
Édition du samedi 19 et du dimanche 20 mai 2007

Mots clés : Martin Lefebvre, dollar canadien, Économie, Dollar, Canada (Pays)

Le dollar canadien est redevenu la saveur du mois dans le milieu des changes

Un bureau de change de Montréal hier après-midi. Le dollar a clôturé hier à 91,79 ¢US, en hausse de 77 centièmes, pour revenir à un niveau jamais vu depuis octobre 1977.

Photo: Pedro Ruiz

Vigueur de l'économie, flambée du prix des matières premières, fusions et acquisitions records, faiblesse de l'activité économique américaine, anticipation d'une hausse des taux d'intérêt... tout sourit présentement au dollar canadien. La devise est revenue hier autour des 92 ¢US, à son niveau le plus élevé des 30 dernières années par rapport au billet vert.

«Le dollar canadien est redevenu la saveur du mois», a lancé Martin Lefebvre, économiste au Mouvement Desjardins. Il a clôturé hier à 91,79 ¢US, en hausse de 77 centièmes, pour revenir à un niveau jamais vu depuis octobre 1977. Il a touché un sommet en séance de 91,94 ¢US. Il est en augmentation de près de 7 % depuis le début de l'année. Mais à peine dépasse-t-il son niveau d'il y a un an, alors que les cours pétroliers oscillaient entre 60 et 65 $US le baril, a fait remarquer l'économiste. La relation est étroite. La devise canadienne s'était corrigée depuis, suivant en cela le retour du prix de l'or noir autour des 50 $US le baril. Mais le pétrole s'échangeait hier à 64,94 $US sur le marché de New York.

Des statistiques positives

Il faut également retenir que le dollar se nourrit depuis une semaine de statistiques faisant ressortir la vigueur de l'économie canadienne. Hier, Statistique Canada a fait état de ventes au détail en hausse de 1,9 % en mars, pour un total de 34 milliards de dollars. L'agence fédérale a souligné que, pour l'ensemble du premier trimestre, l'augmentation se chiffre à 2 %, soit un retour en force après un quatrième trimestre de 2006 plutôt calme à ce chapitre.

Ainsi, les ventes au détail ont augmenté deux fois plus vite que ce à quoi les économistes s'attendaient. Un peu plus tôt en semaine, les livraisons manufacturières affichaient une hausse trois fois plus rapide qu'anticipé alors que vendredi dernier, les données sur l'emploi faisaient ressortir un marché du travail vigoureux malgré la pause observée en avril. Une vigueur réelle qui, d'ailleurs, n'est pas sans expliquer le geste des institutions financières, généralisé hier, consistant à ajouter entre 15 et 25 points à leur taux hypothécaire, selon les échéances.

Puis, sur le front de l'inflation, les prix à la consommation étaient en hausse de 2,2 % en avril, de 2,5 % hors composantes volatiles. L'indice de référence, au-dessus de la cible de 2 % établie par la Banque du Canada, a ravivé les spéculations voulant que la banque centrale puisse hausser son taux d'intérêt directeur. Et ce, au moment où l'activité économique aux États-Unis poursuit son ralentissement, ce qui écarte tout scénario de remontée du loyer de l'argent au sud de la frontière.

Traduisant ce réajustement des attentes, «en peu de temps les anticipations d'écart de taux entre le Canada et les États-Unis se sont résorbées, passant de 100 à 50 points de base pour l'échéance de dix ans. C'est notoire», a fait remarquer Martin Lefebvre. «C'est essentiellement une histoire d'écart de taux d'intérêt», a renchéri Marc Lévesque, économiste en chef et stratège chez Valeurs mobilières TD. Le taux sur les prêts au jour le jour de la Banque du Canada se situe présentement à 4,25 % alors que le taux cible à un jour de la Réserve fédérale est de 5,25 %.

Les fusions et acquisitions

Tout sourit présentement au dollar canadien. «Tous les déterminants sont positifs, ce qui n'est pas le cas aux États-Unis. De plus, les fusions et acquisitions sont nombreuses, une activité qui, avec Alcoa-Alcan en tête, se concentre dans le secteur des matières premières», a ajouté Martin Lefebvre.

La Financière Banque Nationale a fait ressortir hier que la valeur totale des fusions et acquisitions depuis le début de l'année dépasse les 2000 milliards $US. «C'est 57 % du total de 3500 milliards atteint en 2006, elle-même une année record.» Au Canada, les acquéreurs avaient acheté pour une valeur totale de 173 milliards l'an dernier. Cette année, on dénombre déjà 292 rachats, pour un total de 103 milliards. «Même si l'offre de 33 milliards d'Alcoa pèse lourd dans la balance, les opérations du secteur des ressources ne s'en chiffrent pas moins à 65 milliards, soit 63 % de la valeur totale», a souligné la Financière.

Pour la suite des choses, chez Desjardins, on voyait le dollar canadien finir l'année 2007 autour des 91 ¢US. «Nous sommes en train de réviser notre cible», a commenté l'économiste du mouvement coopératif. Mais on ne voit pas de parité avec le dollar américain à l'horizon. «Le gros de l'appréciation de la devise canadienne est derrière nous. Les prochaines hausses seront plus limitées», croit Martin Lefebvre.

Mais si les cours pétroliers bondissent à...


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