Prix Carrière BRP Sam-Lapointe - Établir une signature
Mots clés : Institut de design Montréal, Prix Carrière BRP Sam-Lapointe, Gilles Robert, Prix, Construction, Québec (province), Montréal
En 1950, Gilles Robert obtenait son diplôme de l'Institut des arts graphiques...

Photo: ITA de Saint-Hyacinthe
Après avoir obtenu son diplôme de l'Institut des arts graphiques en 1950, Gilles Robert travaille d'abord dans une imprimerie: «Les graphistes à cette époque étaient surtout rattachés à des agences de publicité et à des imprimeries. Moi, j'ai commencé ma carrière dans une imprimerie.» Il est ensuite adjoint au directeur artistique chez Bennaleck Press jusqu'en 1956, puis il est nommé directeur artistique au quotidien La Presse.
Les typographes au pouvoir
«À cette époque, les journaux étaient faits par les typographes, précise-t-il. La typographie était alors un métier très fermé, qui tenait beaucoup à l'exclusivité de sa compétence. [...] Le département de typographie était un département clé dans l'industrie journalistique. Les journalistes, par exemple, n'avaient à peu près pas le droit d'aller dans ce département-là. Leur autorité n'était pas reconnue en matière de mise en page; c'était les typographes qui étaient les maîtres d'oeuvre: "Journalistes, contentez-vous d'écrire!"», parodie-t-il.
«C'était un travail de pionnier, et je n'ai d'ailleurs pas pu aller très loin dans ce travail, car justement, il fallait montrer patte blanche auprès des typographes, qui n'avaient pas plus de considération pour les graphistes que pour les journalistes. J'étais le premier directeur artistique de ce journal, et ce, grâce à un monsieur qui était pas mal éveillé, Gérard Pelletier, qui en était alors le rédacteur en chef. C'est lui qui m'a demandé d'occuper le poste de directeur artistique. Mais notre champ d'activité était limité aux pages éditoriales, donc tout ce qui était de l'ordre de la promotion du journal nous était refusé, telle la signature du journal. Ce fut donc très long avant qu'on puisse faire changer les choses petit à petit.»
Son travail a pourtant marqué des étapes importantes dans le monde de l'édition de journaux grâce à des mises en page ordonnées et dynamiques, au dire de ses pairs. C'est d'ailleurs pour ses travaux avec La Presse que Gilles Robert a remporté plusieurs des prix Typography remis par la Society of Typographic Designers of Canada.
Enfin graphiste
Il ose ensuite lancer sa propre entreprise: «La profession en elle-même s'est affirmée et regroupée sur le plan professionnel vers 1965. À ce moment-là, ça valait la peine d'ouvrir une boutique sous notre nom et d'avoir nos propres clients. Il y a eu en même temps de la part des clients une prise de conscience du fait que le graphiste représentait une façon de réaliser un imprimé de qualité, possédait un savoir-faire qui dépassait le cadre de l'imprimerie comme telle. Notre travail, essentiellement, c'était de formuler la chose visuelle, beaucoup mieux qu'un simple imprimeur aurait pu le faire.» Gilles Robert a d'ailleurs été reconnu pour son style rigoureux et son sens de la composition, dont la clarté et l'efficacité laissent également place à l'imagination et à l'originalité.
Son oeuvre de graphiste couvre divers champs: la communication visuelle véhiculée par l'imprimé -- y compris des catalogues, des jeux de société et des étiquettes de bouteilles de vin --, la création de symboles graphiques, les images de marque, les affiches et la typographie. Elle est encore présente aujourd'hui dans notre paysage visuel par les nombreux symboles graphiques qu'il a conçus. Rappelons les plus connus: la Communauté urbaine de Montréal, la Fraternité des policiers de la CUM, le Complexe Desjardins, la Place des Arts, les boutiques Aldo et la Biosphère de Montréal.
Transmission des savoirs
Gilles Robert a également joué un rôle important en éducation ainsi qu'au sein de sa communauté professionnelle. Il a enseigné à l'Institut des arts graphiques, puis à l'École des arts appliqués, et a collaboré avec l'universitaire Gérard Bochud à l'écriture d'un livre sur les symboles d'entreprise créés au Québec par des graphistes québécois. Il est aussi l'auteur de plusieurs articles de vulgarisation dans des magazines d'arts graphiques.
Même s'il dit avoir apprécié les diverses facettes de son métier -- «Je suis un peu comme les enfants, j'ai tout aimé!» --, il avoue une préférence pour la typographie: «J'ai beaucoup aimé ce qui était rattaché à l'écriture, tout l'aspect visuel du livre, sa couverture, sa mise en page intérieure, etc. Quand on se penche sur cet aspect de l'édition, il y
a beaucoup d'éléments visuels en jeu.»
Membre de plusieurs jurys et responsable d'événements marquants tels Graphisme Québec en 1984 et le congrès Icograda à Montréal en 1991, il a été vice-président, puis président de la Société des graphistes du Québec entre 1980 et 1984. Il a reçu de nombreux prix au cours de sa carrière, ce qui lui a valu d'être nommé membre de l'Académie royale des arts du Canada et de l'American Institute of Graphic Arts.
Un métier transformé
Aujourd'hui, Gilles Robert déplore un peu les changements survenus dans sa profession: «Il y a eu une grande révolution dans notre métier, qui a été l'apparition de l'ordinateur. L'ordinateur a tué le métier de typographe et a aussi tué le métier de graphiste. Le typographe d'autrefois avait une double responsabilité, car il devait, outre ses fonctions techniques, avoir une grande compétence par rapport à la langue puisqu'il était responsable des fautes du texte, etc. Mais à partir du moment où on a pu faire de la composition typographique à partir d'un ordinateur, n'importe qui capable de mettre ensemble des images et du texte a pu se prétendre typographe et graphiste. Il y a donc tout l'aspect de profondeur du métier qui a été effacé.»
Mais tout n'est pas perdu: «Heureusement, le métier s'est un peu retrouvé. Il y a par exemple à l'UQAM une faculté de graphisme qui dispense une formation absolument remarquable sur le plan des compétences. Il se fait des choses là qui sont vraiment admirables. Cela a permis que le métier de graphiste se modernise et se diversifie. On reconnaît maintenant diverses fonctions aux futurs graphistes: ils peuvent être soit des concepteurs, soit des techniciens.» Et il conclut: «C'est un métier qui a ses charmes, et je crois que la société québécoise le reconnaît désormais à sa juste valeur.»
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