Urbanisme - Ériger un musée urbain

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Léo Guimont
Édition du samedi 19 et du dimanche 20 mai 2007

Mots clés : Institut de design Montréal, Urbanisme, Architecture, Spectacle, Prix, Montréal

L'architecture doit « faire partie d'un tout »

Martin Brière a remporté un Certificat de mérite de l'Institut royal d'architecture du Canada pour l'Espace Dallaire, un projet de complexe culturel situé à Gatineau et intégrant un musée consacré au peintre hullois Jean Dallaire.

Photo: ITA de Saint-Hyacinthe

Qu'il réinvente la coopérative d'habitation, imagine un Quartier des spectacles ou conçoive un musée, l'architecte Martin Brière inscrit ses projets dans le cadre plus large de l'environnement urbain qui les contient. Portrait d'un visionnaire.

Martin Brière, lauréat du Prix de l'Institut de design Montréal (IDM) dans la catégorie Urbanisme, s'intéresse à la ville autant -- sinon plus -- qu'à l'architecture, au point de privilégier la qualité urbaine à la qualité architecturale. «Selon moi, l'avenir de l'architecture, c'est davantage de la voir comme faisant partie d'un tout plutôt qu'un monument ou un immeuble très "flash"», estime-t-il.

Diplômé en architecture de l'université Laval, il termine en 1996 une maîtrise en études urbaines à Paris et ouvre un bureau à Montréal, puis s'associe à Émile et Stéphane Gilbert pour créer la firme Brière, Gilbert + associés. Au nombre de leurs récentes réalisations, on compte la mise en plans du futur Quartier des spectacles à Montréal ainsi que la conception de la coopérative d'habitation «Au pied du courant», ces étonnantes «maisons jaunes» sous le pont Jacques-Cartier pour lesquelles la firme est finaliste cette année au Prix d'excellence de l'Ordre des architectes du Québec.

La qualité de son travail a d'ailleurs été reconnue en 2006 par un Certificat de mérite de l'Institut royal d'architecture du Canada (IRAC), dans la catégorie Projets conceptuels et théoriques de design urbain, pour la conception de l'Espace Dallaire, un projet de complexe culturel situé à Gatineau et intégrant un musée consacré au peintre hullois Jean Dallaire. Outre le musée interactif de 5000 pi2, le futur Espace Dallaire comprendra trois salles d'exposition, une bibliothèque «art-images», une salle de cinéma d'avant-garde partenaire d'Ex-Centris, un bistro et des boutiques.

L'idée de départ des promoteurs de l'Espace Dallaire était de mettre en valeur non seulement le peintre du même nom mais aussi tout un secteur du Vieux-Hull, le quartier d'Argentine bordant le ruisseau de la Brasserie, en lui donnant une vocation culturelle et touristique. On voulait en faire le moteur et le point de départ du développement urbain du Grand Gatineau, à l'image du quartier Saint-Roch à Québec. Le multiplexe culturel, situé en pleine nature dans un grand parc, était destiné à devenir le point d'ancrage d'un réseau de petits musées régionaux, leur permettant ainsi de coordonner leurs activités et d'attirer davantage de touristes.

Pour les gens du quartier

Cependant, «le projet n'était pas viable dans le contexte muséogéographique de la région, qui a déjà

28 musées très importants dont un seul est à Gatineau, le Musée des civilisations, qui est orienté vers Ottawa et tourne le dos à la ville, mais qui est très important et attire beaucoup de touristes, relate Martin Brière. [...] La concurrence était très forte, donc on en est venu à proposer au client une vision tout autre, plus importante, qui était de venir implanter le musée dans le cadre d'un vaste projet de requalification urbaine pour faire en sorte que ce musée, contrairement à la plupart des autres musées de la région, soit vraiment ancré dans le quotidien des gens qui vivent et travaillent à Gatineau.»

Selon l'architecte, «la clientèle visée était moins les touristes que les résidants du quartier, qui passent là tous les jours pour aller au travail ou autre. Il y a des précédents en France, comme le parc de La Villette ou le parc Citroën, ou encore à Bilbao, un projet bien connu grâce au musée de Gehry, aussi intégré à un grand projet de requalification urbaine. Seul, le musée n'aurait pas eu le même succès, mais à l'intérieur d'un projet comme celui-là, d'une densification et de la création d'une vie quotidienne, il devenait doublement intéressant et important».

L'équipe de Brière, Gilbert + associés est loin de se limiter à l'architecture. Fidèle au principe d'inscription de son travail dans un contexte plus vaste, elle participera cet été aux «Paysages éphémères» de l'avenue du Mont-Royal, à Montréal, avec une oeuvre à la fois urbaine et historique, 21 visages en tête, où les visages de 21 personnalités publiques seront peints à même le sol à l'angle des rues qui portent leur nom.


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