Le futur est parmi nous

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Normand Thériault
Édition du samedi 19 et du dimanche 20 mai 2007

Mots clés : design, Construction, Québec (province)

Transformer le quotidien, objet par objet

Source: Institut de Design Montréal

Photo: ITA de Saint-Hyacinthe

Le design est plus qu'une valeur ajoutée dans un système de production. Son rôle déborde largement la seule forme qu'il trace dans l'espace. Plusieurs personnes sont convaincues de sa valeur, la directrice de l'Institut qui en fait au Québec la défense étant l'une de celles-là.

Il y a de cela 70 ans, un jeune fou brisait avec éclat la chasse gardée des constructeurs automobiles. Buckminster Fuller, que l'on connaît ici par cette Biosphère de l'île Sainte-Hélène, construction dont la vocation première fut d'accueillir il y a 40 ans le pavillon américain d'une exposition universelle, proposait alors son Aeroflow, une voiture dont la forme fut établie à partir de critères soucieux d'aérodynamisme. Un designer qui n'était en aucune façon un spécialiste en moteur automobile ni en système de transmission, qu'est-ce que cela?

En fait, une telle action n'était pas un phénomène isolé. Depuis 1919, en Allemagne, le Bauhaus avait ainsi fait sienne une stratégie d'introduction d'un souci de la forme dans la construction des objets les plus divers. Avec l'Aeroflow, comme avec la Tatra tchécoslovaque ou l'expérimentale Dubonnet, une réflexion avait aussi lieu dans le monde des objets roulants: les lignes données à un véhicule permettaient une économie des ressources, sans pour autant diminuer la performance.

Ce discours, repris en ces temps actuels où des soucis pour l'environnement requièrent des actions contre tout gaspillage et pour l'élimination d'inutiles pollutions, un tel discours a maintenant la cote. Il aura fallu toutefois quelques pionniers du design pour proposer des solutions qui allaient contre les formules établies. (Et ce n'est qu'aujourd'hui que les Ford et autres General Motors comprennent qu'une voiture est plus qu'une simple carrosserie équipée d'un V6 ou d'un V8!)

Pour la ville

Si le bipède (pour reprendre l'expression de notre collègue Truffaut) admet maintenant sans peine que tout ce qui roule, ou vole, doit avoir une forme «pensée», il résiste toutefois quand on insiste pour énoncer qu'une telle proposition vaut en fait pour tous les objets du quotidien: ainsi, un balai n'est pas nécessairement droit et une chaise ne compte pas nécessairement quatre pattes!

Tout comme une ville est plus qu'un simple assemblage de constructions diverses avec des trottoirs et des rues auxquels se grefferaient les divers objets utilitaires que sont les fils et les tuyaux. À cet égard, le nouveau Quartier international de Montréal est exemplaire: les lampadaires et tout le mobilier urbain y sont déposés de façon que qui les regarde ou les utilise y trouve plaisir et satisfaction. Et ce quartier est à tous égards une réussite: même les bailleurs y ont trouvé leur compte.

Dans un nouvel environnement

Une fois l'an, l'Institut de design Montréal rend hommage aux créateurs québécois qui, à la suite d'un Michel Dallaire et, comme on l'a découvert cette semaine, d'un Gilles Robert, déposent et fabriquent les objets d'un nouvel environnement: avec Lumen, les équipements urbains d'éclairage ne sont plus les mêmes et une jeune Caroline Saulnier introduit dans les usines des sièges volontairement ergonomiques.

Que ce soit en urbanisme, en architecture ou, comme on pourrait s'y attendre, en graphisme et dans le secteur de la mode, les nouvelles propositions fusent. Toutes ces innovations seraient-elles généralisées, les objets qui en découlent devenant d'usage courant, que tous et chacun y trouveraient leur profit.

Un tel résultat n'est toutefois pas facile à accomplir: il faut transformer les lieux de production, soutenir encore plus la recherche et trouver des bailleurs de fonds qui croient que l'audace aussi est rentable. Et les tenants de la chose économique rappelleront cependant toujours que notre Fuller fut célèbre avant d'être riche, et que l'activité d'un Henry Ford eut l'avantage d'apporter, à lui et à sa famille, un profit immédiat.

Départ annoncé

Mais d'autres s'opposent à un tel laisser-faire. L'une de ces personnes annonçait, toujours cette semaine, qu'elle passe à d'autres le flambeau. Pour une deuxième décennie, Eleni Stavridou dirige l'Institut de design Montréal. Début juin prochain, ce ne sera plus le cas.

Elle quitte le poste, souhaitant ne retenir qu'une possibilité d'agir dans le secteur, soit en tant que commissaire d'un congrès espéré à Montréal en 2011, celui de l'Alliance internationale de design (où Montréal, pour son obtention, fait la lutte à Melbourne, Bangkok, Buenos Aires et Taipei). Mais elle sera cependant à coup sûr visible au Palais des congrès en septembre de l'année prochaine, lors de la tenue du 8e Congrès mondial sur le vieillissement des populations: le design n'est-il pas un sous-thème de cette manifestation à laquelle elle s'est associée au temps des efforts consentis pour amener à Montréal le siège social de l'institution organisatrice?

Mme Stavridou quitte son poste, sachant que beaucoup reste encore à faire. Son travail a réussi à imposer Montréal sur la scène internationale du design: des sièges sociaux internationaux s'y sont établis, ceux de l'International Council of Graphic Design (Icograda) et de l'International Council of Societies of Industrial Designers (ICSID), et l'Unesco a accordé à la ville un statut privilégié: mais où est la tant souhaitée Maison du design? Et le Québec, comme sa métropole, n'a toujours pas de politique qui inscrive en priorité le design dans toute action et mesure gouvernementale.

Pour sa directrice, l'Institut même doit se livrer à une période de réflexion qui décidera de son avenir: elle parle ainsi d'un nécessaire «repositionnement»: «c'est le milieu qui doit le faire».

À la différence toutefois du temps de son entrée en fonction, en 1989, Mme Stavridou sait que, dans le secteur du design, les acteurs sont aujourd'hui plus nombreux. Et que de belles occasions s'offrent: ne parle-t-on pas d'un Quartier des spectacles à développer, d'une Cité de la santé à établir, tout cela pour Montréal? Et le maire Tremblay n'espère-t-il pas porter un jour un «grand coup»?

À quelqu'un d'autre donc le soin de mener plus loin cette barque qui flotte maintenant en eaux internationales.


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com