Leçon d'acteur à la romaine

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Odile Tremblay
Édition du vendredi 18 mai 2007

Mots clés : Cannes, Sergio Castellitto, Festival et fête, Cinéma, France (pays)

«C'est par ses gestes, ses expressions, qu'un être se révèle, pas par ses idées», dit Sergio Castellitto

«Mastroianni et Gassman ont vécu les années de gloire de Cinecittà. Pas moi», dit Sergio Castellitto.

Photo: Agence France-Presse

Il s'est imposé comme le latin lover parfait, sans la beauté de Mastroianni en son temps mais avec ce je ne sais quoi, le charme, le sex appeal, des yeux de braise, un nez trop fort, une présence folle, une dégaine à la fois comique et douloureuse. Le Romain Sergio Castellitto fait craquer les femmes. Il est non seulement un interprète charismatique mais désormais un cinéaste qui a signé deux films depuis 1999: Libero Burro (avec Michel Piccoli et Chiara Mastroianni) et Ne bouge pas (avec Penélope Cruz).

Au fil des ans, huit des films qu'il a interprétés ont atterri en compétition officielle à Cannes, dont La Chair de Marco Ferreri, Va savoir de Jacques Rivette, À vendre de Lætitia Masson et Le Sourire de ma mère de Marco Bellochio. La première fois qu'il a mis les pieds sur la Croisette, c'était en 1988, avec l'équipe des Trois Soeurs de Margarethe von Trotta.

Blasé? Peut-être pas, mais familier du palais des Festivals, ça oui. Hier, il s'est encadré dans la grande salle Buñuel pour donner une leçon d'acteur. Michel Piccoli, membre du jury, était assis au premier rang. Comme si le comédien mythique avait besoin de prendre des cours d'interprétation. «Jamais trop tard», a-t-il ironisé.

La presse italienne, si nombreuse à Cannes, s'était déplacée au grand complet pour cette leçon d'acteur, tâchant aussi de panser ses plaies. Il est très rare qu'aucun film italien ne soit sélectionné en compétition. Pour eux, cette éclipse en 2007 est un véritable crève-coeur.

Castellitto se sent l'enfant de son pays, non seulement de cette Italie bouffonne de la commedia dell'arte mais aussi de celle du néoréalisme, si dramatique. Il n'est pas Nanni Moretti, n'a pas créé lui-même une cinématographie afin de s'insérer dedans, réglant ainsi le problème du manque de rôles intéressants au cinéma.

Sergio Castellitto se dit bien conscient d'appartenir à une génération qui n'a pas connu l'âge d'or du septième art en sa patrie. «Mastroianni et Gassman ont vécu les années de gloire de Cinecittà. Pas moi.»

Naître après eux a signifié accepter souvent des rôles à la télé, faute de trouver à boire et à manger au cinéma. Jouer beaucoup au théâtre aussi, pour son grand bonheur. Il a fréquemment tourné chez les Français, bilinguisme aidant. Dès 1988, Castellitto apparaissait dans Le Grand Bleu de Luc Besson (et tout dernièrement dans son Arthur et les Minimoys). Jacques Rivette, Olivier Assayas et Lætitia Masson l'ont mis en scène. «Quand vous ne jouez pas dans votre langue, dit-il, mieux vaut atterrir dans le registre de la comédie pour pouvoir mettre l'accent et les erreurs de prononciation à contribution des gags. Dans la tragédie, on risque le ridicule.»

Drôle de personnage, si associé aux rôles de séducteur mais qui se présente comme un bon père de famille, refusant des rôles afin que ses fils ne le voient pas incarner de parfaits salauds. Sa fille, son épouse et toute sa smala sont venues l'écouter hier.

Il se dit croyant aussi, affirme s'être laissé porter par le destin au long de sa vie. Dans sa jeunesse, des comédiens ont croisé sa route et l'ont convaincu de prendre des cours au Conservatoire. «Et si j'avais rencontré les Brigades rouges?», demande-t-il, rieur.

Ses secrets de comédien se confondent avec ceux des judokas: «Utiliser l'énergie de l'autre et ne pas se faire mal en tombant.» Il aborde toujours un rôle à travers les postures du corps, laissant sa conscience hors du coup. «C'est par ses gestes, ses expressions, qu'un être se révèle, pas par ses idées.»

Ses maîtres furent ses aînés, partenaires des premiers jours: Mastroianni, Piccoli, qui lui ont enseigné les arcanes d'un métier «qui réclame à la fois orgueil et humilité». À ses yeux, la véritable mégalomanie est l'apanage du cinéaste, pas des interprètes. «L'acteur est comme un cheval, mais un cheval assez intelligent pour pouvoir trahir le metteur en scène sans qu'il s'en aperçoive... »

Le métier d'acteur, il le voit partout, chez les politiciens par exemple. «Durant la campagne de Nicolas Sarkozy, en France, je suis allé sur son site Internet, et il remerciait comme un acteur, avec le mouvement, le sens du spectacle. Comme nous. Très bon comédien, cet homme. Par contre, je dois dire que Mme Royal n'était pas assez actrice pour le rôle... »

***

À propos, viendra, viendra pas, le nouveau président français, avec sa nouvelle ministre de la Culture? Chacun suppute. Nicolas Sarkozy fera-t-il un saut à Cannes en fin de festival et, si oui, demandera-t-il à un de ses richissimes amis de l'y conduire en yacht privé? Ici, les paris sont ouverts...

***

De son côté, notre nouvelle ministre de la Culture, Christine St-Pierre, sera bel et bien présente sur la Croisette. On l'attend le samedi 26 mai. Le lendemain, elle assistera à la cérémonie de clôture et à la projection de L'Âge des ténèbres de Denys Arcand.

À propos de L'Âge des ténèbres, il faut voir l'affiche que Studio Canal a conçue pour la promotion du film sur le territoire français, pas mal plus rigolote que sa consoeur québécoise. Un dessin du personnage principal plutôt qu'une photo, une paire de fesses pour rappeler Le Déclin. Aussi, un nuage en guise de phylactère. C'est plein de références et d'humour. On la préfère à la nôtre. Voilà!


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