UQAM: 15 millions de moins pour l'enseignement
Mots clés : étudiants, Université du Québec à Montréal, enseignement, Éducation, Montréal
L'université compte aussi puiser cinq millions de plus dans les poches des étudiants

L'université doit déposer un plan de redressement d'ici le 15 juin prochain. Prise à la gorge, l'UQAM s'est fait refuser il y a quelques jours l'augmentation de sa marge de crédit de 75 millions et espère maintenant que le gouvernement déliera les cordons de sa bourse en lui versant notamment les subventions conditionnelles de près de 60 millions qu'il retient.
L'UQAM en est à sa troisième tentative de dépôt d'un plan de redressement. Le dernier, élaboré à la fin d'avril, prévoyait des compressions de 2,5 millions en 2007-08 et de 10,5 à 14,5 millions pour les trois années suivantes. Ce plan avait cependant été jugé insuffisant par Québec. Le prochain conviendra-t-il? La direction de l'UQAM semblait elle-même en douter, si on se fie à ce qui a transpiré de récentes rencontres avec les divers groupes de l'institution.
Suffisant ou pas, l'objectif de 15 millions en deux ans est difficile à atteindre pour cette université dont 80 % du budget est affecté à la masse salariale. La direction a déjà fait savoir que tous les groupes d'employés seraient invités à se serrer la ceinture. On parle déjà d'un gel des embauches de professeurs. L'augmentation du nombre d'étudiants par classe est aussi évoquée.
Le président du Syndicat des professeurs de l'UQAM, Gaétan Breton, a souligné que la marge de manoeuvre est mince du côté de l'enseignement. «Quand un professeur entre dans une classe, il ne se sent pas à la Télé-Université. Il a de la misère à se glisser entre les étudiants et le tableau», a illustré M. Breton, qui s'inquiète de la contribution de Lucien Bouchard, dit «le massacreur de conventions», à l'élaboration du plan de redressement.
Le président du Syndicat des chargés de cours, Guy Dufresne, a lui aussi souligné que les coupes dans le fonctionnement risquent de porter atteinte à la mission d'enseignement elle-même. «L'UQAM est déjà l'institution où les coûts d'enseignement et de recherche sont les plus bas. [...] On ne peut pas gérer ça comme des boîtes de clous dans une quincaillerie», a plaidé M. Dufresne, soulignant qu'il faut élargir le débat au sous-financement chronique des universités.
Le Syndicat des employés de soutien, dont la convention collective arrive à échéance, entonne le même refrain: «Il va falloir que le gouvernement fasse sa part et mette des sous», a fait valoir la présidente, Liette Garceau. Elle a affirmé que ses membres n'ont pas à faire les frais de «la mauvaise gestion et des dérapages immobiliers».
La grogne est aussi vive chez les représentants étudiants, rencontrés par la direction à la fin de la semaine dernière. «Ils nous disent: "on va prendre l'argent dans vos poches et, après ça, travaillez avec nous"», déplore le président de l'Association facultaire des étudiants de science politique et de droit, Christian Dumont. Sa collègue qui représente les étudiants en éducation, Marilyn Houle-Péloquin, déplore elle aussi le peu d'ouverture à la négociation.
Les choux gras de l'opposition
Pour une deuxième journée de suite, la crise immobilière et financière de l'UQAM a rebondi à l'Assemblée nationale. Le gouvernement a été pressé de questions par l'opposition, qui l'accuse de négligence.
Québec a eu la puce à l'oreille dès avril 2006, croit le député adéquiste Gilles Taillon, puisque c'est à ce moment-là que le gouvernement a été contraint d'acheter les obligations de 269 millions émises par l'UQAM pour financer son projet de l'îlot Voyageur. «Il y a certainement eu quelqu'un qui a dormi au gaz. [...] Ça nous apparaît être une négligence que de ne pas s'en être occupé», a-t-il affirmé.
La ministre des Finances et présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, tout comme sa collègue de l'Éducation, Michelle Courchesne, soutiennent que ce n'est que l'automne dernier que le gouvernement a été informé de la dérive de l'UQAM. Comment se fait-il alors, a soulevé l'ADQ, que le gouvernement ait demandé il y a seulement deux semaines que le Vérificateur général fasse enquête?
Devant l'ampleur de la controverse, le ministère des Finances a rencontré les journalistes de la tribune parlementaire hier afin d'expliquer l'achat de l'ensemble des obligations de l'UQAM. Le sous-ministre associé Bernard Turgeon a fait valoir que cette transaction n'impliquait aucunement «que le projet de l'îlot Voyageur» ait été problématique.
Il demeure que les Finances ont informé l'Éducation, «dans les jours qui ont suivi», de l'achat du bloc d'obligations. M. Turgeon a confié qu'à l'époque, cette affaire l'avait mis dans une colère noire -- «J'étais en calvaire!» -- puisque l'UQAM n'avait nullement prévenu le ministère de sa décision d'aller sur le marché obligataire. Les universités Concordia et McGill, qui avaient elles aussi utilisé ce mode de financement, respectivement en 2002 et en 2004, en avaient informé Québec.
La ministre Jérôme-Forget a affirmé en Chambre que l'UQAM a émis «un peu sournoisement» ses obligations pour financer l'îlot Voyageur. Plus tôt hier matin, à l'entrée du caucus, elle a rappelé que les règles vont changer. «On ne peut plus permettre que quelqu'un décide de s'aventurer dans une démarche... Il a passé pour un héros, le recteur [Roch Denis]. Tout le monde l'a félicité, même le maire de Montréal, tant il avait de la vision, cet homme-là. Sauf que c'était un château de cartes», a-t-elle déclaré.
La veille, à l'Assemblée nationale, Monique Jérôme-Forget avait laissé entendre que l'UQAM ne serait peut-être pas la seule université à avoir des problèmes financiers avec ses projets immobiliers. «On entend des choses concernant l'Université de Sherbrooke [UdeS] et l'Université de Montréal», a dit la ministre.
Au cabinet du recteur de l'UdeS, Bruno-Marie Béchard, on se disait «abasourdi» hier par une telle déclaration tout en maintenant que la gestion de l'université est exemplaire, y compris la construction en cours de son campus à Longueuil. Par ailleurs, on a souligné que l'UdeS n'est jamais allée sur le marché obligataire pour financer ses chantiers parce qu'elle juge qu'il s'agit d'une formule «non responsable».
Le Devoir
Avec la collaboration d'Antoine Robitaille
Vos réactions
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Le jeudi 17 mai 2007 13:00
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Le jeudi 17 mai 2007 12:00
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Le jeudi 17 mai 2007 09:00

