Opinion
Sortons l'homophobie du placard...et de nos écoles!
Mots clés : École, Homosexualité, Québec (province)
Qui, au cours des dernières années, n'a pas entendu parler du phénomène d'hypersexualisation chez les jeunes, c'est-à-dire de précocité des relations sexuelles, de vêtements hautement suggestifs, de conduites charnelles débridées, etc.?
Cette image de laisser-faire requiert certainement plusieurs nuances car, il faut bien l'admettre, certaines manières de penser et d'agir spécifiques aux filles et aux garçons continuent de s'imposer. D'ailleurs, celles et ceux qui s'en éloignent risquent d'être explicitement rappelés à l'ordre. C'est la situation, notamment, pour les jeunes gais et lesbiennes, qui savent très bien qu'ils sont davantage tolérés qu'acceptés.
À l'automne 2006, le Conseil permanent de la jeunesse a rencontré des jeunes dits de la diversité sexuelle (gais, lesbiennes, bisexuels, transgenres). Ceux-ci ont témoigné de leur vécu à l'école secondaire. Ce qu'ils ont raconté est bouleversant à plus d'un égard.
Ces jeunes ont compris qu'ils pouvaient être différents mais qu'ils ne devaient pas le laisser paraître. Comme Jean (prénom fictif) l'exprimait clairement: «Faut que personne ne le sache, c'est le secret. C'est juste théorique, tu ne peux pas le mettre en pratique. T'es gai, mais dans le fond, faut que tu fasses rien qui est gai.»
En conséquence, il est difficile pour ces jeunes d'exprimer leurs sentiments amoureux, de raconter les anecdotes des parcours sinueux de l'amour, d'apprendre les règles des jeux de séduction et encore plus de démontrer publiquement leur affection pour un partenaire.
Ces expériences, qui font pourtant partie du trajet banal de l'adolescent typique, sont interdites aux jeunes de la diversité sexuelle. On se retrouve alors très loin d'une image de l'amour et d'une sexualité libres de toute contrainte. De toute manière, la seule présomption d'homosexualité est, en soi, susceptible d'avoir son lot de conséquences.
L'homophobie se manifeste dans toutes les sphères de la société et l'école secondaire n'y échappe malheureusement pas. Les élèves et parfois des membres du personnel scolaire rappellent régulièrement aux jeunes gais et lesbiennes les limites qu'ils ne doivent pas dépasser.
Si, bien souvent, le rappel à l'ordre s'exprime par le biais de ce que nous pourrions qualifier de malaise (silence, regard désapprobateur, exclusion sociale), les élèves peuvent également avoir recours aux insultes et aux agressions physiques pour signifier leur blâme. Le témoignage de Jean-François (prénom fictif) illustre de manière éloquente la violence à laquelle certains jeunes sont soumis.
«Ce qui me dérange dans mon école, c'est que j'aimerais qu'une seule journée on oublie que je suis gai et que je sois une personne. C'est ça que j'aimerais une seule journée. Si, au moins, il y avait un génie quelque part... Je pourrais même faire un pacte avec le diable pour qu'au moins j'aie ça une journée. J'ai dit à la directrice: "Je me demande si tu pouvais me donner une journée sans que je me fasse écoeurer, sans que je me fasse regarder de travers, sans que je me fasse pousser dans une case, sans que je me fasse... " C'est pas vivable ce que je vis, j'ai plus la force. Même ma directrice ne comprend pas, ne comprend plus. Elle ne sait plus quoi faire avec moi. Dans le fond, je sais même plus quoi faire avec moi. Tu sais, j'avais même plus le courage de venir ici aujourd'hui. Non seulement j'avais peur de ce que j'allais dire. Dans le fond, j'ai peur, pis je le sais plus. J'ai juste envie de vivre une belle journée. Quand je suis à l'école, je suis comme en enfer.»
Cette année, l'éducation est la thématique de la Journée internationale de lutte contre l'homophobie, soulignée aujourd'hui. Souhaitons que cette journée contribue à une prise de conscience collective de la situation pour susciter les actions nécessaires. Il faut sortir l'homophobie du placard... et de nos écoles secondaires!

