Entrevue - Sortir Urbain Desbois du bois

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Sylvain Cormier
Édition du mardi 15 mai 2007

Mots clés : Ariane Moffatt, Daniel Bélanger, Urbain Desbois, Musique, Québec (province)

Urbain Desbois lance son quatrième album intitulé La gravité me pèse.

Photo: Jacques Grenier

Après trois disques brillamment singuliers mais confinés à la confidentialité des oeuvres inclassables, Urbain Desbois tente le coup de la vitrine grand format à l'enseigne des Daniel Bélanger, Ariane Moffatt et Pierre Lapointe.

«Ô Quebecor, veux-tu m'acheter une tévé en couleur», demande Urbain Desbois dans Ô Quebecor, chansonnette folk inspirée de la fameuse Mercedes Benz de Janis Joplin. C'est le huitième titre du nouvel album d'Urbain, aujourd'hui en magasin, disque intitulé La gravité me pèse, son premier chez Audiogram, compagnie distribuée par Sélect, filiale de... Quebecor. «Je regarderai mes chaînes / J'va watcher Vie d'Étronc / Je serai fidèle au poste / Ô Quebecor, j'veux une tévé en couleur... »

«Ce n'est pas ironique», précise Urbain entre deux clins d'oeil et trois éclats de rire. Si Pierre Karl lui donne VRAIMENT la télé souhaitée, il va l'accepter. «S'il me donne un char, c'est OK aussi.» Un peu de partage des richesses ne lui déplairait pas, pour changer. Il faut savoir qu'Urbain Desbois a d'abord vécu toute une vie en tant que Luc Bonin, guitariste hors normes et pauvre. Et puis en tant qu'Urbain Desbois, alter ego à tête rasée et à lunettes en corne pratiquant l'humour absurde et la gravité sous-jacente, il a signé trois albums à La Tribu (Ma maison travaille plus que moi, États d'âne, Entomologie), autant de petites merveilles d'écriture décalée, de musique brute et de mal de vivre hilare. La critique a applaudi chaque fois, un public modeste mais fervent a suivi. De quoi réjouir et soutenir un artiste, mais tout juste de quoi nourrir un homme de 41 ans, sa douce et leur petite Louki qui va entrer en maternelle. «Comment veux-tu qu'on survisse / on est toute au salaire minimal / y a pas de danger de faire une overdose / avec des miettes», chante Urbain dans Survicissitude, une chanson de 1999 qui refait surface en fin d'album. Symbole de résilience.

«À 15, j'ai décidé que j'allais être musicien. La simplicité volontaire, la pauvreté, j'ai accepté ça. J'accepte pas la misère. Ni la mienne ni celle des autres.» D'où l'attrait de la proposition d'Audiogram, qui est survenue alors que l'association à La Tribu s'étiolait et qu'Urbain envisageait faute de mieux l'autoproduction (ou l'autodestruction, selon les jours): le patron Michel Bélanger lui a fait la promesse de rentabiliser un tantinet l'affaire. Sortir Desbois du bois. Lui donner les moyens de faire un album à la fois totalement Urbain Desbois et plus accessible. Et puis propager la bonne nouvelle comme il l'a fait pour un Pierre Lapointe ou un Damien Robitaille.

«J'ai dit à Michel Bélanger: je veux un directeur artistique et un réalisateur. Un encadrement. Je voulais qu'Audiogram se mêle d'Urbain Desbois. Mon idée, c'était qu'on formate ma musique pour que ça circule, que ce soit diffusé aussi ailleurs qu'à Radio-Canada et dans les radios communautaires.» Jean-François Lemieux, collaborateur émérite des Bélanger, Leloup, Robitaille, était l'homme de la situation. «Il a fait son George Martin avec moi. Il m'a fait inventer des mélodies à partir desquelles il a arrangé les cordes. Il m'a fait travailler la mélodie principale par rapport aux contre-chants. C'est pas Phil Spector sur Let It Be. C'est pas son trip à lui. Son génie, c'est d'être parvenu à structurer mon trip à moi.»

Cela donne des chansons déconcertantes de simplicité au départ, très Urbain Desbois première époque, mais qui prennent des tours inattendus et fascinants, avec des arrangements qui se révèlent peu à peu et deviennent luxuriants. Exemple, il y a parfois un orgue Hammond très soul et un orgue Farfisa très rock de garage sur la même piste: le mélange ne ressemble à rien d'existant. Ce n'est plus de la chanson alternative irréductible, territoire habituel d'Urbain, c'est de la chanson à la fois alternative et pop, aussi intelligente et sensible et pertinente qu'en faisait un Ray Davies autrefois avec ses Kinks. Gros compliment. Oui, l'auditoire devrait augmenter.

«Après ça, ce qui serait bien, suggère Urbain, ce serait de vendre des franchises d'Urbain Desbois. Les lunettes, un casque de bain, les mêmes tounes. Tout le monde pourrait être un Urbain Desbois. Avec les mêmes standards, mais chacun son style. Peut-être qu'ils pourraient m'organiser ça chez Quebecor... » Message transmis.

Collaborateur du Devoir


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rester dans le bois vs se battre dans la jungle urbaine - par Marc Lavallée
Le mercredi 16 mai 2007 04:00

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