Une vraie victoire de l'OTAN contre les talibans
Mots clés : talibans, OTAN, Mollah Dadullah, Décès, Afghanistan (Pays)
Mollah Dadullah, le «Zarkaoui afghan», meurt dans un affrontement
C'est la première réelle victoire dont peuvent se prévaloir les forces de l'OTAN depuis le retour en force des talibans sur la scène afghane. Commandant en chef opérationnel des «étudiants en religion» dans le sud du pays, Mollah Dadullah Akhund a été tué samedi soir dans la province de Helmand où une grande offensive des forces alliées et afghanes est actuellement en cours.«C'est le plus gros revers pour les talibans depuis qu'ils ont engagé leur mouvement de résistance en 2001», a estimé Rahimullah Yusufzai, un journaliste basé à Peshawar, spécialiste des tribus qui opèrent dans les zones tribales qui se trouvent le long de la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan. «Ils pourront chercher à se venger après ce meurtre. Ils pourront devenir plus brutaux. Mais au moins pour le moment, il n'y a personne qui puisse le remplacer.»
«C'était un dirigeant inspiré et audacieux. Je ne vois personne de cette trempe parmi les dirigeants talibans», a-t-il poursuivi.
À plusieurs reprises ces dernières années, la mort ou la capture de Dadullah avait été annoncée avant d'être démentie, mais, cette fois-ci, les autorités semblaient assurées de son décès. Un correspondant de Reuters, qui avait eu l'occasion de voir Dadullah, a reconnu sa dépouille acheminée à Kandahar. Son visage, ensanglanté, était blafard et il semblait avoir été blessé à la tête.
Ce religieux unijambiste -- il avait été blessé en combattant contre l'armée soviétique dans les années 80 -- avait fait beaucoup pour appliquer dans son propre pays les méthodes du terroriste jordanien, multipliant les attentats suicide, les prises d'otages de ressortissants étrangers. En décembre, il avait menacé de décapiter tous ceux qui, au sein de son mouvement, accepteraient de discuter d'une trêve avec le gouvernement de Kaboul. Dans un communiqué, le ministère afghan de l'Intérieur a précisé que Dadullah a été tué lors d'un affrontement. Les services secrets pakistanais ont donné une version différente: selon eux il a péri vendredi soir lors d'une frappe aérienne.
Même si les chefs militaires ne manquent pas au sein des talibans, sa mort est pour eux un important revers. Mollah Dadullah, qui était âgé d'environ 40 ans, était l'un des dix membres du Conseil dit de Quetta (capitale du Balouchistan pakistanais), l'organe exécutif des talibans. Il faisait déjà partie de la direction des étudiants en religion avant leur chute, fin 2001. On lui doit d'avoir organisé la répression en 1999-2000 contre la minorité chiite hazara dans la région de Bamyan et à Mazar-I-Shariff qui s'est traduite par l'assassinat de milliers de civils, dont des femmes et des enfants.
Encerclé dans la ville de Kunduz (nord-est du pays), en décembre 2001, il avait réussi à s'enfuir dans des conditions mystérieuses, abandonnant plusieurs centaines de ses hommes, dont un grand nombre avait ensuite été massacré par le général ouzbek Dostom.
Ce qui faisait aussi la force de Dadoullah, et le distinguait des autres chefs talibans qui se refusent à être photographiés pour des raisons religieuses et de sécurité, c'est son goût pour la publicité. Il avait même donné une interview à la télévision al-Jazira et n'hésitait pas à téléphoner en pleine nuit avec son portable à des journalistes afghans pour les informer des opérations en cours. Cette relative proximité avec les médias ne l'avait pas empêché de faire exécuter en mars le chauffeur, puis l'interprète afghans du journaliste italien Mastrogiacomo. Il avait supervisé l'enlèvement de ce dernier, le faisant relâcher après avoir obtenu la libération de cinq chefs talibans emprisonnés, dont son frère. Kaboul accuse aussi Dadullah d'avoir personnellement donné l'ordre par téléphone en 2003 d'exécuter un délégué suisse du Comité international de la Croix-Rouge.
Le chef militaire avait fait aussi parler de lui en 2006 lors des caricatures de Mahomet, en promettant 100 kilos d'or à quiconque assassinerait les dessinateurs. Curieusement, sa mort intervient au lendemain de la libération de l'otage français Éric Damfreville, qui était retenu dans la même province.
En décembre, les forces de la coalition emmenée par les États-Unis avaient tué un autre responsable taliban, le mollah Mohammad Akhtar Osmani, dans une frappe aérienne dans le sud du pays grâce à un renseignement fourni par le Pakistan. «Ils ont éliminé deux importants responsables militaires. C'est un très sérieux coup porté aux talibans», a estimé hier un membre des services de sécurité pakistanais.
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Avec Reuters

