75e congrès de l'Acfas - La dépression et l'anxiété guettent aussi les vieux qui restent chez eux
Mots clés : 75e congrès de l'Acfas, dépression, vieillissement, Québec (province)

Photo: Agence Reuters
22,4 % de troubles mentaux [relevé dans un échantillon de 2800 personnes], il nous semble impérieux que la politique en santé mentale québécoise fasse une place à part aux aînés», a raconté le professeur à la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke (UdeS).
Ce taux est d'autant plus inquiétant qu'on apprenait hier que pas moins de 60 % des aînés qui présentent un trouble actif ne consultent pas un médecin. Ces gens sont aussi trop souvent soumis à une médication qui ne leur convient tout simplement pas, note Sarah-Gabrielle Béland, de l'UdeS. Mme Béland s'est particulièrement intéressée à la consommation de benzodiazépines, une grande famille de médicaments destinés à soulager les troubles anxieux ou du sommeil et qui rassemble des anxiolytiques, des sédatifs et des hypnotiques.
Le problème, c'est que certains benzodiazépines, soit ceux dits à longue demi-vie, donc actifs pendant plus de 24 heures, ne sont pas appropriés au métabolisme des personnes âgées, chez qui ils provoquent de la confusion, des pertes de mémoire et des chutes. Quelle n'a donc pas été la surprise de Mme Béland de voir que parmi les 25,8 % d'aînés qui prennent de ces médicaments, 18 % s'étaient fait prescrire des «benzo» à longue demi-vie. «Et c'est un chiffre conservateur puisqu'on peut même croire que ce taux atteint en fait les 25 à 30 %. En effet, certains médicaments ont été classés dans les courte vie alors que plusieurs les considèrent comme des longue vie.»
Selon Sarah-Gabrielle Béland, il ne fait pas de doute que les prescripteurs auraient besoin d'être mieux conscientisés à la spécificité de la clientèle aînée. Les personnes âgées présentent en effet des besoins différents, a noté le Dr Préville. «Selon ce qu'on a pu voir jusqu'à maintenant, les troubles mentaux semblent vouloir présenter un visage clinique différent, une intuition qu'il faudra toutefois creuser davantage.» Le chercheur Sébastien Grenier a commencé ce long travail de débrousaillage en étudiant les particularités des troubles dépressifs et anxieux chez les aînés.
Son étude, aussi basée sur les chiffres de l'ESA, montre que les troubles dépressifs majeurs sont fréquents chez les aînés (7,3 %). Les troubles anxieux ne donnent pas non plus leur place puisqu'ils touchent 6,2 % des 65 ans et plus. Là où c'est plus inquiétant, c'est que 2,1 % présentent une cooccurrence des deux troubles. «Parmi ceux-là, 11,5 % présentent au moins deux troubles supplémentaires. Pour des gens qui vivent en communauté, on peut se demander comment ils arrivent à se débrouiller... », note le chercheur, lui aussi affilié à l'UdeS.
Tous ces troubles peuvent avoir un impact sur la perception que les aînés ont de la mort et du suicide. On le sait, l'attrait du suicide chez les jeunes hommes est très bien documenté. Pourtant, celui des aînés, beaucoup moins documenté, le surpasse. Une étude conduite par le professeur Richard Boyer montre en effet que les idées suicidaires sérieuses occupent l'esprit de 1,1 % des aînés. Ce taux grimpe à 6,1 % quand on compte ceux qui disent souhaiter la mort.
«Certes, le meilleur prédicateur du suicide reste la tentative de suicide, mais il ne faut pas négliger l'idée de mort qui, elle, est un bon indicateur de la souffrance psychologique», note le chercheur au Centre de recherche Fernand-Séguin. Et cette souffrance, elle, doit être prise en compte de toute urgence, complète le Dr Michel Préville. «C'est aussi important qu'une maladie physique, c'est très douloureux et ça affecte considérablement le quotidien.»
Vos réactions
Aucun commentaire ... soyez le premier !

