Le vague à « lames » de Jocelyne Alloucherie

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René Viau
Édition du samedi 12 et du dimanche 13 mai 2007

Mots clés : multidisciplinaire, Jocelyne Alloucherie, Culture, Art, Québec (province)

Photos ou images numérisées, sculptures, installations... Jocelyne Alloucherie pratique tout cela à la fois. Dans ses oeuvres, des volumes, stèles ou segments en U, s'interposent devant le spectateur et cadrent des images recomposées en paysages.

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LAMES
Jocelyne Alloucherie
Galerie Roger Bellemare
Jusqu'au 2 juin
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Ouvrir des fenêtres

Mettant en question notre regard et le rôle du spectateur, cette esthétique du fragment, Jocelyne Alloucherie le pratique depuis près de 25 ans avec succès. L'artiste a reçu cette année du Québec une bourse associée au nom de Jean-Paul Riopelle et dite «de carrière»: 60 000 $ tout de même.

Avec une galerie qui la représente à New York, une autre à Paris et à Turin, elle participe actuellement aux «Trans-Photographiques» de Lille. L'événement regroupe une dizaine d'expositions et une centaine de créateurs dispersés dans la ville. En grandeur nature, Jocelyne Alloucherie inaugure le jeudi 17 mai à l'Arboretum du Jardin botanique de Montréal une oeuvre d'art monumentale. À Montréal, intitulée Lames, une exposition montre actuellement une dizaine de ses pièces récentes, la plupart vendues avant même le vernissage.

Jointe par téléphone à Paris où elle bénéficie du Studio du Québec, Jocelyne Alloucherie paraît presque timide. «J'ai un peu le trac. Je pars demain pour Lille monter cette installation de 2,35 mètres de haut par 17 de long . C'est une séquence photographique de neuf images. Elle représente une ville en perspective un peu à la façon d'une muraille. À Lille, à la galerie et au Jardin botanique, ces pièces traitent davantage d'architecture que de sculpture, analyse-t-elle. Les éléments construits ouvrent des fenêtres, des perspectives sur des images de jardins avec lesquelles le spectateur est invité à réagir.»

Au Jardin botanique, avec vue sur les pommiers, une parcelle de nature est délimitée par quatre dispositifs orientés différemment en autant de points de vue. Sobrement intitulée Regarder les pommetiers, l'oeuvre du Jardin botanique veut littéralement projeter le regard au coeur de ces vergers, maintenant en fleurs. Jocelyne Alloucherie, entend en même temps faire jouer les contrastes et ne pas laisser notre oeil se dissoudre dans le vert. «Les éléments verticaux sont très forts. L'automne dernier, j'ai procédé à plusieurs simulations avec des modèles de bois en grandeur réelle, les plaçant dans l'espace afin de mieux articuler les axes.» Imaginant cette oeuvre, l'artiste avait en tête les ouvertures de l'architecture de la Renaissance découpant et scénographiant «de façon dramatique» des points de vue choisis sur le paysage à l'extérieur. «Suggérant l'inclusion de la présence du spectateur, le cadrage est commun à la photo et à l'architecture.»

Hasard et numérisation

À la galerie Roger Bellemare, l'exposition témoigne d'une simplification du travail de l'artiste. Cette évolution, croit Alloucherie, va de pair avec un nouveau sentiment de liberté dans l'expression. «Même si cela ne se sent pas, le hasard est ici une donnée importante.» C'est voulu. Les volume des stèles devant les images sont alignés d'une façon qui fait un peu désordre. «Quant aux images, ce sont à la fois des photos et des tableaux numériques. Une prise photographique nuageuse s'allie à des éléments en couleurs moins visibles, comme des grains de sable, ces images évoquent des tempêtes, des ouragans. Pour transcrire cette espèce de colère des éléments, j'ai dû m'essayer à un dessin très direct enregistré, dans l'instant, par un numériseur de très grande dimension. Le geste est important. Je me suis pratiqué longtemps avant dans mon atelier. Cela rejoint la chorégraphie ou la performance. Ces images jouent à la fois sur la distance et la proximité. Cette charge du corps s'imprime sur la feuille et évoque une lame ou une vague qui se fracasse.»

Collaborateur du Devoir


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