Jazz - L'OPP bien avant le PPP !

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Serge Truffaut
Édition du samedi 12 et du dimanche 13 mai 2007

Mots clés : Orkestre des Pas Perdus, jazz, Culture, Musique, Québec (province)

Au tout début, il y eut les fanfares. C'est ensuite qu'il y eut le verbe. Lequel? Jaser. Après avoir été créolisé, probablement par le Baron Samedi qui veille sur l'esprit des morts une fois par semaine, le verbe s'est transfiguré en jazz. Aujourd'hui, il y a la fanfare et le jazz conjugué joyeusement. Très joyeusement par...

... L'Orkestre des Pas Perdus, surnommé l'OPP, qui propose un nouvel album intitulé Projet 9 sur étiquette Cross Current, distribuée par Local Distribution. Ce projet tout neuf a été porté par un homme ayant le génie de la formation: Claude Saint-Jean, tromboniste, compositeur et arrangeur.

On insiste: Saint-Jean a le génie de la formation. C'est lui qui a fondé, mené, cette fanfare de huit souffleurs et un batteur dans des contrées faites d'humour, de joie, de fraîcheur. Autrement dit, dans des territoires qui exigent une grande maîtrise de l'architecture sonore. C'est lui également qui a créé et soutient encore ce groupe remarquable et... d'actualité que sont Les Projectionnistes.

Musicalement, l'OPP est à l'image du jazz. Mais dans le sens le plus généreux du terme. Car il colle autant à ce que faisait Jelly Roll Morton dans les boudoirs des maisons réservées de La Nouvelle-Orléans qu'aux alchimies intenses qui demeurent la marque de Mingus, le Falstaff du genre, sans oublier le swing des premières heures de Count Basie, le ska des ethniques du Grand Londres et le funk des militants du décapage. Bref, ça remue de bout en bout.

C'est ainsi et pas autrement. En fait, il ne pouvait pas en être autrement car cela fait un tiers de siècle que Saint-Jean roule son trombone dans une sauce épicée, genre hariza plutôt que tabasco. Plus concrètement, Saint-Jean est un homme de grande expérience qui a pris un soin méticuleux à ce que celle-ci n'altère en rien la passion du premier jour. Celle qui se nomme, paraît-il, la passion.

On tient à le remercier aussi vivement que des milliers de fois, lui mais également les Jean-Denis Levasseur, Roberto Murray, Pierre Labbé, Jean Sabourin, Rémi Leclerc, Maxime Saint-Pierre, Marc Villard et Bruno-Blouin-Robert. Parce que désormais, si quelqu'un dit que le jazz c'est platte, ce qu'il est parfois, même souvent en cette époque, on jouera de la parade que permet l'OPP. Et ce, en le condamnant à l'écoute de Justice borgne, Pièce à conviction et Dos d'âne. De quoi le convertir sans qu'il devienne un foutu croisé.

En rafales

- Peut-être n'avez-vous jamais entendu le quintet du contrebassiste Normand Guilbeault. Peut-être n'avez-vous jamais goûté la passion qui singularise son hommage à son héros, le grand, l'unique Charles Mingus. Alors? Lui et ses complices, notamment Jean Derome à l'alto et au baryton, se produisent ce soir au Upstair's. C'est la chance d'entendre l'une des meilleures formations du Grand Canada.

- L'étiquette allemande Enja réédite les premières productions de son catalogue. Une ribambelle de ces albums enregistrés dans les années 70 et au début des années 80 sont de nouveau disponibles. Deux suggestions: Impact du trompettiste Charles Tolliver et Moods du pianiste Mal Waldron.


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