«Dix ans, c'est assez long»
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«Je suis arrivé au pouvoir plein d'espoir pour l'avenir de la Grande-Bretagne. Je le quitte avec de plus grands espoirs encore», dit Tony Blair

Photo: Agence France-Presse
«Je suis arrivé au pouvoir plein d'espoir pour l'avenir de la Grande-Bretagne. Je le quitte avec de plus grands espoirs encore», a-t-il ajouté après avoir énuméré ses principales réalisations.
Porté au pouvoir une première fois avec une très forte majorité en mai 1997, puis réélu aussi facilement en 2001, Tony Blair a vu sa popularité chuter après sa décision de participer aux côtés de George W. Bush à la guerre en Irak au printemps 2003, un choix qui a profondément divisé les Britanniques.
L'annonce du départ de M. Blair ne constitue en aucune façon une surprise puisqu'il avait promis, l'automne dernier, de quitter son poste avant septembre 2007. Déjà, avant de briguer avec succès un troisième mandat en 2005, il avait indiqué que ce serait le dernier.
Le ministre des Finances Gordon Brown, dont les relations avec Tony Blair ont souvent été orageuses, est considéré comme son successeur probable. M. Brown a rendu hommage hier aux «réalisations uniques» et au «leadership unique» de son patron.
Une rumeur jamais confirmée prétend que Gordon Brown avait en 1994 laissé à son cadet les rênes du Labour, étant entendu que ce dernier lui céderait le 10, Downing Street au milieu d'un second mandat.
L'annonce du départ de Tony Blair survient dans la foulée d'un de ses principaux succès, soit la remise en route mardi du gouvernement nord-irlandais, où cohabitent protestants et catholiques.
Mais elle survient également alors que se poursuit une enquête policière sur un présumé scandale lié au financement du Parti travailliste et au cours de laquelle le premier ministre a été entendu deux fois en tant que témoin, ce qui en fait le premier chef de gouvernement en exercice à devoir se soumettre à un tel examen.
Le 3 mai, le Parti travailliste avait d'autre part subi de sérieux revers aux élections locales et régionales.
L'ami des Américains
Les États-Unis ont rendu hommage hier à l'«ami» et «allié» qu'aura toujours été Tony Blair. Le président George W. Bush a vanté la capacité du premier ministre de «penser à long terme» ainsi que sa fidélité à la parole donnée.
«Le premier ministre a prouvé sa capacité de travailler avec des présidents issus des deux partis et à maintenir une alliance ancienne qui est d'une importance stratégique extraordinaire», avait auparavant noté Tony Snow, le porte-parole de la Maison-Blanche.
Homme de centre-gauche, ou peut-être plus justement d'une «troisième voie» vaguement définie, Tony Blair avait dans un premier temps entretenu d'excellentes relations avec le président démocrate Bill Clinton. Au grand désarroi de l'aile gauche du Parti travailliste, il a ensuite noué des liens tout aussi étroits avec le successeur républicain et très conservateur de M. Clinton.
Cette relation s'est renforcée après les attentats du 11-Septembre aux États-Unis. Puis, en 2003, la décision de participer à l'invasion de l'Irak aux côtés des Américains a commencé à miner la popularité de Tony Blair. Jusqu'à ce jour -- et encore hier -- ce dernier a estimé avoir alors pris la bonne décision, même si les armes de destruction massive invoquées pour justifier l'intervention n'ont jamais été trouvées.
L'Europe
«Tony Blair a ramené la Grande-Bretagne des marges de l'Union européenne vers son centre, a estimé hier le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.
«Il laisse un héritage impressionnant, avec son engagement en faveur de l'élargissement et de la politique énergétique, son action en faveur des mesures de lutte contre le changement climatique et en faveur de la lutte contre la pauvreté en Afrique», a noté M. Barroso, pour qui Tony Blair n'a cependant «pas réussi à renverser l'attitude du Royaume-Uni sur certaines des questions les plus importantes de l'ordre du jour européen».
On se rappellera, entre autres, que son ministre des Finances, Gordon Brown, avait exclu en 2003 la conversion de la Grande-Bretagne à l'euro «dans un avenir prévisible».
L'image «cool»
Né en 1953 dans une famille de la classe moyenne à Édimbourg, en Écosse, Tony Blair a fait ses études dans une école privée dans la région de Durham, dans le nord-est de l'Angleterre, où sa famille s'était établie après quelques années passées en Australie.
Le jeune homme s'y fait remarquer par son tempérament rebelle, mais ses excellents résultats lui ouvrent les portes de l'université d'Oxford.
Il fréquentera la vénérable institution -- après avoir tenté pendant un an de devenir imprésario pour quelques groupes rock -- et y obtiendra sa licence en droit au milieu des années 70.
Fils d'un juriste d'obédience conservatrice, Tony Blair se joint au Parti travailliste au début des années 80. En 1983, il est élu député dans la circonscription de Sedgefield, récemment créée. À l'époque, il défend les politiques gauchistes traditionnelles du Parti travailliste.
Au début des années 1990, il se joint cependant aux partisans d'une «modernisation» du Labour, qui prévoit l'ouverture à l'économie de marché, une distanciation d'avec les syndicats et l'abandon de positions ultrapacifistes, des changements qui ne font pas l'unanimité mais qui gagneront l'adhésion d'une majorité des militants du parti.
Il devient chef de la formation, rebaptisée New Labour, en 1994, l'emportant sur deux candidats «gauchistes».
Son recours à des experts en communications et à des «focus groups» lui vaudront d'être accusé de privilégier l'image au détriment du contenu.
Mais c'est en grande partie cette image «cool» et moderne, ainsi que son style oratoire, qualifié parfois de «messianique», qui lui permettront de remporter une victoire éclatante sur le premier ministre conservateur sortant John Major, aux élections générales de mai 1997, mettant fin à une longue traversée du désert pour les travaillistes. À 43 ans, il devient alors le plus jeune premier ministre depuis 200 ans.
Quelques semaines après cette victoire électorale, la princesse Diana est tuée dans un accident à Paris. Le matin même de l'annonce du décès de lady Di, il prononce un hommage qui a l'heur de toucher les cordes sensibles de ses compatriotes. Il fera montre de cette même qualité de communicateur huit ans plus tard, quand des attentats suicide frapperont Londres.
Réélu triomphalement en 2001, Tony Blair n'obtiendra un troisième mandat en 2005 qu'avec une majorité fortement réduite.
Sur le plan des institutions, les habitants de l'Écosse et du pays de Galles lui doivent le rétablissement des Parlements locaux. Mais l'histoire retiendra sans doute davantage les progrès accomplis en Irlande du Nord depuis l'«accord du Vendredi saint» conclu en 1998.
La Grande-Bretagne a connu une croissance économique ininterrompue au cours de la dernière décennie mais, là comme ailleurs, tous n'ont pas l'impression d'en profiter. L'amélioration de la qualité des systèmes de santé et d'éducation est réelle mais, comme le faisait remarquer hier un historien sur le site Web de la BBC, «les problèmes structurels profonds» dans ces domaines, et dans d'autres comme les transports, les infrastructures urbaines et la criminalité, «ne peuvent pas être résolus au cours d'une décennie, peu importe la couleur du gouvernement».
Tony Blair s'apprête donc à quitter le pouvoir dans un climat qui est bien différent de l'optimisme qui régnait au moment de sa première élection en 1997.
Selon un sondage publié hier par le quotidien The Guardian, 60 % des Britanniques pensent que Tony Blair devrait laisser l'image d'une force de changement, même si ce changement n'a pas toujours été positif. D'après cette enquête, 44 % des personnes sondées jugent qu'il a joué un rôle positif pour la Grande-Bretagne.
Le Devoir
Avec l'Agence France-Presse et Reuters
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Un gouvernement mondial se dessine ??? - par Fernand Trudel
Le vendredi 11 mai 2007 10:00

