Opinion

Vous avez dit démocratie, Madame Lemieux?

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Éric Duhaime, Ex-conseiller politique de Mario Dumont de 2003 à 2005. Consultant au Maroc en développement démocratique

Édition du mardi 08 mai 2007

Mots clés : commissions parlmentaires, Parti québécois, Diane Lemieux, Parti politique, Québec (province)

Il est pour le moins ironique d'entendre la leader parlementaire du Parti québécois, Diane Lemieux, se plaindre du fait que son parti, maintenant relégué au troisième rang à l'Assemblée nationale, ne recevra pas, selon elle, assez d'argent, de temps de parole et de sièges aux commissions parlementaires lors de l'ouverture du Parlement le 8 mai prochain. I feel your pain, Madame Lemieux.

J'ai personnellement été témoin et victime de la mesquinerie et du côté antidémocratique du PQ à la suite de l'élection de 2003. Pendant les quatre années qui ont suivi, Mario Dumont, quatre députés et une petite poignée de conseillers, d'attachés politiques et de recherchistes ont défendu le fort adéquiste pratiquement sans ressource et sans micro. La force de nos convictions nous a pourtant permis de persévérer et de présenter une véritable solution de rechange aux Québécois à l'élection de cette année.

J'ai cependant une question pour vous: où étiez-vous, Madame Lemieux, lorsqu'il fut question, en 2003, de décider du temps de parole et des budgets alloués au troisième parti? L'ADQ venait d'obtenir 18,2 % d'appuis et vous avez refusé, par la voix de votre leader parlementaire de l'époque, André Boisclair, d'accorder à ce parti le statut de groupe parlementaire. «Je ne voudrais pas que le député [Mario Dumont] fasse indirectement ce que le règlement lui interdit de faire directement», avait-il ajouté lors des débats sur la question de la répartition des temps de parole le 28 octobre 2003.

L'ADQ bâillonnée

Pendant quatre longues années, les péquistes ont bâillonné quotidiennement la voix d'un Québécois sur cinq dans l'enceinte du Salon de la race. Même si le PQ n'avait que 64 % des votes de l'opposition, vous vous êtes approprié 94 % du temps de parole et 96 % des budgets alloués aux partis d'opposition.

Pire encore, le PQ a violé le précédent démocratique établi en 1976 par son propre leader parlementaire de l'époque, Robert Burns, qui avait reconnu l'Union nationale comme groupe parlementaire, en lui accordant le temps de parole et les budgets qui vont avec. Monsieur Burns avait même dit: «Nous avons pensé qu'il serait d'une part mesquin et antidémocratique de ne pas reconnaître les 18,2 % qui ont été accordés au deuxième parti de l'opposition.»

En 2003, le PQ a véritablement jeté par-dessus bord le sens du respect des adversaires et des règles démocratiques élémentaires établi par son chef-fondateur René Lévesque au profit de ses petits intérêts partisans à très court terme.

N'ayez crainte, Madame Lemieux. Vous pouvez sécher vos grosses larmes de crocodile dès maintenant. L'ADQ ne descendra jamais aussi bas que le PQ durant son dernier mandat comme opposition officielle et ne vous limitera pas à 6 % du temps de parole, ni aux maigres 4 % des budgets alloués à l'opposition.

En attendant qu'une entente globale soit conclue, Madame la leader parlementaire du troisième parti, ayez cependant la décence de vous taire pour que l'on essaie d'oublier un peu le plus grand détournement démocratique de l'histoire récente du Québec dont les péquistes sont directement responsables. Cessez de prétendre que «c'est signe qu'ils [les adéquistes] n'exercent pas, dans les premiers gestes qu'ils ont à poser comme opposition officielle, la dignité qu'impose cette fonction parlementaire» (4 mai 2007). Plus vous attaquez l'ADQ aujourd'hui, plus vous portez en réalité un jugement sévère sur votre «manque de dignité» d'hier.


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