Les attaques d'André Boisclair - Duceppe lance un appel à l'unité et au calme
Mots clés : André Boisclair, Gilles Duceppe, attaques, Québec (province)

Au cours d’une entrevue sur les ondes de RDI, le chef bloquiste a aussi lancé un appel au calme au chef du Parti québécois (PQ), André Boisclair. «Il est clair qu’on vit tous une immense pression actuellement, suite aux résultats de l’élection, et je comprends que M. Boisclair la vit comme moi je la vis. Cela étant dit, il n’y a aucun fondement à une telle déclaration», a-t-il souligné.
Gilles Duceppe a insisté pour dire que ni lui, ni la députée péquiste d’Hochelaga-Maisonneuve, Louise Harel, ni aucun membre de sa formation ne préparaient sa candidature à la direction du Parti québécois en ce moment. «Louise [Harel] est une amie de longue date [...].
On n’est pas pour cesser de se parler parce que ça déplairait à quelques-uns», a-t-il laissé tomber, ajoutant que «ce serait malsain de faire des jeux de coulisses. Ce ne serait pas notre genre, ni à elle ni à moi». «J’ai du travail important à faire à Ottawa actuellement, c’est ce qui m’accapare», a aussi indiqué le chef du Bloc québécois (BQ), jugeant que «le front à Ottawa est drôlement important».
«Je ne veux pas faire une montagne de tout ça. Il y a des choses plus importantes à faire», a-t-il poursuivi. M. Duceppe a d’ailleurs invité les troupes souverainistes à se concentrer sur la bataille politique qui se joue avec les autres formations politiques. «On ne doit pas se battre entre nous dans le mouvement souverainiste, mais bien plutôt rebâtir cette nécessaire confiance, rétablir tous ces ponts avec les Québécois, à travers toutes les régions, bien analyser la situation», a-t-il expliqué.
Officiellement, il se garde bien de vouloir jouer dans les plates-bandes du chef péquiste. «M. Boisclair a déclaré que ce serait aux membres du Parti québécois de déterminer l’orientation de ce parti, sa stratégie, sa direction, et ils débattent du moment pour le faire. Ce sont à eux de décider quand ils auront ce débat. Il faut le faire de façon respectueuse les uns les autres.» Gilles Duceppe envoie du même coup cet avertissement: «J’ai passé à travers des situations difficiles au Bloc dans le passé. Il faut assumer toutes ses responsabilités correctement à ce moment-là, regarder la situation de façon réaliste, objective, maintenir la détermination. Ce n’est pas à d’autres de la régler pour nous».
Il n’offre toutefois pas un «non» catégorique lorsqu’il est questionné sur un possible saut en politique provinciale, à la tête du PQ. «Il y a un chef au Parti québécois. La question ne se pose pas, a d’abord souligné M. Duceppe. [...] M. Boisclair est là. Il a un mandat légitime.» «J’ai toujours dit que je n’avais pas de plan de carrière, et je n’en ai pas, je trouve ça malsain. Or, je réponds aux questions quand elles se posent», a-t-il expliqué par la suite.
L’entrevue intégrale de M. Boisclair
Quelques minutes avant l’intervention télévisée du chef bloquiste, on a eu droit à la version intégrale de l’entrevue controversée accordée par André Boisclair à l’émission Les Coulisses du pouvoir. Le chef péquiste y a adressé un avertissement à Gilles Duceppe. «Si M. Duceppe est prêt à porter l’habit — on me dit qu’il se couche le soir avec l’habit du chef du Parti québécois — quelles sont les conséquences pour le mouvement souverainiste? Ça veut dire que le Bloc québécois va se retrouver dans une situation excessivement difficile. Et c’est donc lui, un seul homme, qui portera la responsabilité de l’avenir du mouvement souverainiste, et de son affirmation, tant à l’Assemblée nationale qu’à la Chambre des communes. Je pense que cette décision ne peut pas appartenir à un seul homme», a-t-il jugé.
«Si M. Duceppe fait le choix de dire “le Bloc c’est fini, il faut tous qu’on rentre à Québec”, cette décision-là, elle ne peut pas reposer sur un seul homme, de la même façon que mon avenir au Parti québécois ne repose pas sur mes seules épaules», a répété André Boisclair. Il se permet même de faire la leçon à son «frère d’armes». «Je placerai toujours les intérêts du mouvement souverainiste avant les miens, a-t-il ajouté. Je pense que M. Duceppe doit aussi faire ce même genre d’analyse.» «Je fais mon travail, qui est celui de chef du Parti québécois, en ce moment. Je pense que M. Duceppe doit faire la même chose», a-t-il lancé.
Le chef péquiste ne semble pas croire que la contestation de son leadership soit représentative de l’ensemble du camp péquiste. «Il y a une minorité qui se fait entendre en ce moment, à la radio, dans les journaux», a évalué André Boisclair. Il croit tout de même que certains veulent sa tête, pour la remplacer par celle de Gilles Duceppe. «Il y a des gens qui, au Parti québécois, ont des doubles agendas, malgré les déclarations publiques qu’ils font.»
Le leader souverainiste se dit néanmoins «très confortable», assurant que la situation actuelle est «normale» après une élection, alors que le parti traverse «une période de turbulences». «Je lance cet appel au calme: attention aux décisions précipitées», a aussi prévenu M. Boisclair, soulignant au passage que «les libéraux ne lavent pas leur linge sale en public. Il y a peut-être quelques leçons à prendre là». Il croit plutôt que la priorité, actuellement, est de «sauvegarder les forces du mouvement souverainiste». Il n’a pas été possible de parler à André Boisclair hier.
Grogne au PQ
Chose certaine, les propos du chef péquiste ont fait sursauter les militants souverainistes. Certains ne cachent d’ailleurs plus leur mécontentement. Ainsi, le président de l’exécutif du PQ dans Jean-Lesage, Jean-François Jacob, a déclaré à Radio-Canada que M. Boisclair avait perdu toute crédibilité et qu’il appuierait M. Duceppe. Quelques députés péquistes considéreraient quant à eux que leur chef est allé trop loin, selon les quelques informations qui filtraient hier des officines du Parti.
Le président du Conseil de la souveraineté, Gérald Larose, juge que les attaques de M. Boisclair sont plutôt déplacées, surtout dans les circonstances actuelles. «La méthode est bizarre», a-t-il dit, ajoutant que, pour les souverainistes, «la dernière chose à faire, c’est de tirer sur ses alliés», surtout à la suite de la mauvaise performance du 26 mars.
Le militant souverainiste Yves Michaud a pour sa part accusé le chef péquiste d’avoir fait preuve d’un manque de jugement flagrant en s’attaquant à son «frère d’armes», Gilles Duceppe. M. Michaud estime qu’André Boisclair est désespéré, étant déboussolé par la récente déconfiture électorale. Il a souligné que ce nouvel épisode s’ajoutait au passif d’un chef de parti qui devrait, selon lui, se questionner sur le fait qu’il n’est pas à «la bonne place». Il lui demande donc de se soumettre sans tarder, avant la fin de l’année, au vote de confiance des militants.
Ce vote pourrait survenir plus tôt que ne le souhaite l’exécutif du Parti québécois, qui a proposé de tenir un congrès à l’automne 2008, plutôt qu’au printemps 2009. Or les membres de l’exécutif des 11 circonscriptions de la région de la Capitale-Nationale se sont prononcés samedi pour la tenue d’un congrès et d’un vote de confiance au printemps 2008. Ils ont donc emboîté le pas à leurs homologues de quatre circonscriptions de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, qui s’opposent à l’échéancier fixé par l’exécutif national du parti. Dans la région de l’Outaouais, favorable à M. Boisclair, le vent serait aussi en train de tourner. Les 125 présidents de circonscriptions doivent se réunir le 26 mai pour décider de la date du congrès national, donc du vote de confiance.
Par ailleurs, une autre tuile pourrait tomber sur la tête des péquistes. Le député de Mercier, Daniel Turp, songerait à quitter la vie politique, ou encore à siéger comme indépendant, furieux du rejet de son projet de Constitution du Québec par le chef péquiste. On devrait en apprendre davantage cette semaine, puisque M. Turp reviendra d’un voyage en Europe.
Le Devoir
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