Pas si vertes, les ampoules fluocompactes dites écologiques
Mots clés : Électricité, ampoules fluocompactes, environnement, Québec (province)

À une époque où le réchauffement climatique préoccupe, l'idée est bien sûr pleine de bon sens... principalement pour le gouvernement conservateur, dont l'image environnementale n'est pas très jojo par les temps qui courent. Et c'est là le problème.
En fondant bien des espoirs sur une mise au ban du filament pour se refaire une virginité, Ottawa pourrait bien faire fausse route, les modèles fluocompacts n'étant finalement pas des solutions vertes idéales pour tous les Canadiens. Sans compter que ces produits soulèvent une foule de questions auxquelles l'administration Harper, sans doute trop pressée, a oublié de répondre. Mais l'image était trop belle pour ne pas être exploitée...
Si les 13 millions de foyers canadiens de Halifax à Vancouver en passant par Montréal, Toronto et même Estevan, en Saskatchewan, décidaient de se mettre sous la clarté bleuâtre et franchement blafarde -- disons-le! -- des fluocompactes, ils pourraient économiser en huit ans, soit la durée de vie d'une ampoule, près de quatre milliards de dollars, indiquent les autorités fédérales. Comme dirait l'autre, c'est de l'argent en titi, ça.
Mieux, au cours de la même période de temps, ce virage permettra même de réduire de 48 millions de tonnes la production de GES du Canada. Et ce, en raison de la baisse de la demande en électricité qui devrait accompagner la mise au rancart du filament. Rien de moins.
Solution miracle ?
L'impact positif sur l'environnement des nouvelles générations d'ampoules est bien réel. Mais il est aussi un peu exagéré par l'équipe de Mister Harper qui, comme d'autres, aimerait bien voir dans ces tubes fluorescents miniatures montés sur douilles à vis la solution miracle pour faire mentir les prévisions climatiques du moment. Mais bien sûr, en matière de lutte contre le réchauffement comme pour le reste, les miracles n'existent pas.
Dans les faits, en matière de guerre aux polluants, la déferlante de fluocompactes que nous souhaite Ottawa risque d'avoir une portée minime puisque l'éclairage sous toutes ces formes est responsable de la production de... 1,5 % des GES au pays. Sans plus.
Pis, au Québec, où la source énergétique est principalement tirée de l'hydroélectricité, les avantages d'un engouement pour les fluocompactes n'a finalement pas les mêmes implications puisque le secteur électrique, ici, n'est pas un gros producteur de GES, contrairement à l'Ontario, par exemple. En plus, l'ampoule à incandescence trouve toute sa signification dans les foyers d'ici, surtout en hiver.
Explications: l'ampoule à filament est à bannir, dit-on, car elle transforme l'électricité en lumière dans une proportion de 5 %. Les 95 % restants, eux, partent en... chaleur. Du pur gaspillage qui fait fonctionner des centrales électriques pour rien. Sauf par temps froid, où nos environnements ont justement besoin de cette chaleur.
Conséquence: avec les fluocompactes, qui, selon les modèles, économisent 75 % de l'énergie en concentrant leurs efforts sur l'éclairage plutôt que sur le chauffage, les ménages du Québec vont forcément devoir se priver, d'octobre à avril, d'une source non négligeable de chaleur avec, de façon prévisible, des plinthes électriques et des fournaises qui devront compenser cette perte, annulant du même coup les économies et les bienfaits écologiques escomptés.
Le seul avantage risque toutefois de se présenter pendant les deux semaines (non consécutives) de canicule en été, où les fluocompactes, de par leur nature, devraient mettre moins de pression sur les appareils de climatisation. Toutefois, cela se produira sur une période de temps trop restreinte pour pouvoir parler d'une véritable révolution verte.
À manipuler avec précaution
Ampoules fluocompactes et écologiques semblent d'ailleurs être deux concepts pas toujours évidents à concilier lorsqu'on regarde l'objet fluorescent de plus près. Sans filament, certes, ce type d'ampoule contient en effet du mercure. Les quantités sont faibles: 5 mg à peine, alors que la pile de montre en contient environ 25 mg (l'amalgame dentaire en compte 500 mg), ce qui toutefois fait en sorte qu'après sa vie utile, le produit doit être manipulé comme un déchet dangereux plutôt que comme un déchet ordinaire.
Or, à l'heure actuelle, aucun programme fiable et facile d'accès pour le recyclage des ampoules fluocompactes n'a été mis en place par les provinces ou par le gouvernement fédéral. Et cette carence risque de faire en sorte que, tout comme dans le cas des piles domestiques, ces ampoules vont certainement finir leur existence, certes dix fois plus longue que celle d'une ampoule à incandescence, dans une décharge publique pour y polluer le sol. Triste destin pour un produit qui devait sauver la planète...
Cela n'est d'ailleurs qu'une tare parmi tant d'autres. C'est qu'avec son filament de tungstène dans un globe contenant un gaz inerte, l'ampoule d'Edison relève finalement d'une technologie bien simple et surtout éprouvée depuis plus d'un siècle. L'ampoule fluocompacte ne peut certainement pas revendiquer cela: en plus de son mercure, elle contient aussi des condensateurs électroniques, dont la fabrication demande beaucoup d'énergie et dont le recyclage est pour le moment impossible à envisager.
Si on tient compte aussi du fait que ces ampoules sont produites à l'autre bout du monde, bien souvent en Asie, qu'elles empruntent donc des modes de transport polluants sur de longues distances pour se rendre à nous et qu'elles sont emballées dans des plastiques pas toujours recyclables -- plutôt que dans du carton pour les ampoules à incandescence, souvent fabriquées en Amérique du Nord --, le vert foncé du développement durable que le gouvernement Harper veut nous vendre en parlant d'interdiction prend forcément quelques nuances un peu plus claires par endroits.
Pis, sur ce tableau, la peinture pourrait même lever dans certains coins. En effet, en offrant un éclairage bleu et froid, les ampoules fluocompactes ne font certainement pas l'unanimité chez tous les consommateurs. Plusieurs ne voudront d'ailleurs pas se faire imposer si facilement ce type d'éclairage livide en l'état.
Ottawa a sans doute prévu le coup en parlant de cas d'exception dans son projet d'interdiction dont le cadre formel doit être posé d'ici la fin de cette année, a annoncé le gouvernement la semaine dernière. L'éclairage extérieur, la lumière des cuisinières et de certains équipements médicaux ainsi que les couvoirs pourraient faire partie de ces exceptions. Pour commencer, puisqu'il y a fort à parier qu'au cours des cinq prochaines années, les mouvements de contestation contre ce type d'éclairage pourraient bien se faire entendre de plus en plus un peu partout au pays.
conso@ledevoir.com
Vos réactions
ampoules fluocompactes - par paul dansereau
Le mardi 08 mai 2007 12:00
L'Électricité s'emmagasine... - par Fernand Trudel
Le lundi 07 mai 2007 23:00
L'incandescente, ce frein, doit disparaitre - par Richard Labbé
Le lundi 07 mai 2007 17:00
Emmagasinons l'électricité - par Fernand Trudel
Le dimanche 06 mai 2007 21:00
tout nouveau tout beau! - par oneil bouchard (onbouchard@videotron.ca)
Le dimanche 06 mai 2007 14:00
fluocompactes "jaunes" - par Véronique Blanchard
Le dimanche 06 mai 2007 07:00
Il y a encore des points à éclairer - par Richard Labbé
Le dimanche 06 mai 2007 00:00
Enfin; on dit la vérité. - par Paul-André Lebrun (bel-vue@sympatico.ca)
Le samedi 05 mai 2007 19:00
Vrai problème, fausses solutions - par André Chamberland (andre.cham@sympatico.ca)
Le samedi 05 mai 2007 17:00
Les ampoules - par Alain Senécal (alainsenecal@videotron.ca)
Le samedi 05 mai 2007 13:00
Affreuse lumière... - par Jean-Michel Laprise
Le samedi 05 mai 2007 12:00
Faudrait se décider, on dépollue ou pas... - par Fernand Trudel
Le samedi 05 mai 2007 11:00
Encore un peu d'irréalisme, Messieurs les Politiques! - par CIVETTA 65 (jean.civetta@gmail.com)
Le samedi 05 mai 2007 10:00
Que de binarité - par David Germain (david@echosdedavid.com)
Le samedi 05 mai 2007 09:00
Ampoules fluocompactes - par Monique Cloutier
Le samedi 05 mai 2007 09:00
Faire la lumière... sur les ampoules fluocompactes - par Richard M. Bégin
Le samedi 05 mai 2007 01:00

