Des médecins laissés sur le carreau

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Louise-Maude Rioux Soucy
Édition du mercredi 02 mai 2007

Mots clés : médecins étrangers, Philippe Couillard, Collège des médecins du Québec, Gouvernement, Médecin, Québec (province)

87 postes vacants en résidence échappent aux médecins étrangers

Cette année, les étudiants des quatre facultés de médecine sont plus nombreux que jamais à bouder les stages en résidence au Québec, pour aller poursuivre leur formation ailleurs au Canada ou aux États-Unis. Cette situation est d'autant plus préoccupante que les 87 postes vacants qu'ils laissent derrière eux n'ont toujours pas été comblés, alors que pas moins de 170 médecins étrangers attendent en vain qu'une place se libère pour obtenir le droit de pratiquer au Québec.

En ces temps de pénurie, cette aberration toute mathématique a fait bondir le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard. «Il est très difficile à comprendre pour moi et pour le public, j'en suis certain, qu'un nombre aussi élevé de médecins restent sur le carreau alors qu'on pourrait les former dès cette année.» Déterminé à tirer profit de la situation, ce dernier a invité tous les groupes appelés à intervenir dans ce dossier à redoubler d'efforts pour faciliter l'intégration de ces forces vives.

C'est que, contrairement à ce qui se fait dans la majorité des pays, l'admission des médecins étrangers ne relève pas seulement du gouvernement. Les facultés de médecine, le Collège des médecins du Québec et les établissements de santé ont aussi leur mot à dire dans ce processus, que tous conviennent de qualifier de très «complexe». Hier, le ministre Couillard s'est toutefois dit prêt à aider financièrement les facultés de médecine à combler les postes vacants en allant piger du côté des médecins étrangers en attente d'une place en résidence.

Trop peu, trop tard? L'appel du ministre Couillard a laissé de glace le Dr Khaled Filali, de l'Association des médecins étrangers diplômés à l'extérieur du Canada ou des États-Unis. Ce dernier attend lui-même une place en résidence depuis longtemps. «Tous mes examens sont réussis, mais mes demandes de stage de résidence ont toutes été refusées. J'en ai fait une vingtaine de Montréal à la Gaspésie, en passant par Val d'Or, mais partout on m'a refusé. Et on est nombreux à vivre cette situation», raconte ce médecin qui a été formé en Algérie.

Moins loquace, le Dr Mahmoud Khodaveisi en avait lui aussi lourd sur le coeur hier. Le médecin d'origine iranienne s'est en effet vu refuser le permis pour lequel il avait travaillé d'arrache-pied depuis son arrivée au Québec. «Moi, j'ai fait ma médecine générale en Iran. J'ai fait les examens québécois, je les ai réussis. [...] J'ai fait un stage de quatre mois à l'hôpital Viger dans le CSSS de Parc-Extension. J'ai les compétences, mais ça bloque quelque part.»

À ses côtés, le Dr Amir Khadir ne mâchait pas ses mots. Selon le porte-parole de Québec Solidaire, le gouvernement a le devoir moral d'opposer son veto, alors que des milliers de Québécois sont sans médecin de famille. «Qu'on ait le courage de dire à M. Couillard: "Oui, vous avez la latitude. Vous avez pu privatiser une montagne publique, qu'est-ce qui vous empêche d'octroyer les budgets des facultés [...] et de les forcer à accepter tous ceux qui sont suffisamment compétents, y compris les médecins étrangers?"»

Mais le ministre Couillard a été clair hier: il n'a pas ce pouvoir. Il revient au Collège des médecins du Québec, aux facultés de médecine et aux établissements de s'assurer que le candidat a la formation et la compétence nécessaires pour pratiquer au Québec. Souvent montré du doigt, le Collège s'est défendu hier d'être à l'origine du goulot d'étranglement qui tient à l'écart les quelque 170 médecins étrangers recensés par l'association du Dr Filali. Ce dernier a en effet adopté plusieurs mesures qui ont permis de voir le nombre de permis accordés à un médecin étranger passer de moins de cinq en 2003 à 69 cette année.

Son président-directeur général, le Dr Yves Lamontagne, juge néanmoins qu'il est encore possible de faire plus. À l'instar du ministre Couillard, il estime lui aussi que les facultés ont le devoir de mettre les bouchées doubles. «S'il y a des places dans les universités, elles doivent être remplies», a-t-il dit à l'occasion d'un point de presse tenu hier à Montréal. À la Conférence des doyens des facultés de médecine du Québec, on a confirmé les chiffres rendus publics hier, en précisant que son président, le Dr Réjean Hébert, ne sera disponible qu'aujourd'hui pour les commenter.

Les établissements de santé ont aussi été invités à faire leur part. Le ministre Couillard s'est notamment désolé hier de voir que les agences sont peu nombreuses à se tourner du côté des médecins étrangers malgré la pénurie. Son attachée de presse, Isabelle Merizzi, précise d'ailleurs que le ministre a pris deux fois la plume l'an dernier pour inviter les agences à piger parmi les 100 postes de parrainage ouverts par Québec.

Ceux qui partent

Cela dit, les 87 postes laissés vacants cachent un autre problème tout aussi inquiétant, note le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ). Le Dr Gaétan Barrette s'est dit estomaqué hier de constater qu'un nombre record de médecins ont choisi de faire leur programme de résidence dans une autre province canadienne et que 15 autres ont carrément choisi de quitter le pays.

«Il n'y a que deux façons de contrer ça: la rémunération et les conditions de pratique. On doit permettre aux médecins de travailler dans des conditions normales et les payer de façon compétitive. Aujourd'hui, je peux vous nommer un paquet de jeunes étudiants qui m'ont dit qu'ils ne reviendront pas», a dit le Dr Barrette.

Bien qu'il soit trop tôt pour dégager une tendance, la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ) s'est elle aussi inquiétée de la désaffection d'un nombre grandissant d'étudiants. «Le gouvernement pourrait être en voie de démontrer que la façon qu'il a choisie pour gérer la formation médicale et la pratique de la médecine au Québec est non seulement inefficace, mais qu'elle est néfaste à plusieurs égards», a fait savoir son président, le Dr Martin Bernier.

La FMRQ juge que, en limitant le nombre des places offertes, Québec pousse les étudiants à aller ailleurs. Ces départs coûtent cher au réseau. Parmi les 77 diplômés québécois qui ont obtenu un poste de résidence à l'extérieur du Québec, ceux-ci l'ont obtenu dans des disciplines marquées par une pénurie au Québec, notamment en médecine familiale, en anesthésiologie, en obstétrique-gynécologie, en pédiatrie et en radio-oncologie. «Le gouvernement dépense beaucoup d'énergie pour attirer les médecins étrangers au Québec, mais que fait-il pour retenir la relève médicale qui est formée au Québec?», s'est interrogé le Dr Bernier.

Notons que, à l'issue du processus d'admission en résidence, les facultés de médecine québécoises accueilleront cet été plus de 630 nouveaux résidents en formation postdoctorale, dont environ 400 en spécialités et près de 240 en médecine familiale. Il s'agit d'une augmentation d'environ 3 % du nombre des admissions en résidence par rapport à l'année précédente.

Parmi ces nouvelles admissions, on compte 550 externes qui seront sous peu diplômés des facultés de médecine du Québec, 23 médecins diplômés hors du Québec et 54 médecins diplômés à l'extérieur du Canada ou des États-Unis. Plusieurs places en résidence demeurent toutefois vacantes à l'issue du deuxième tour du processus d'admission. Au total, on compte au Québec 87 places vacantes: 22 en spécialités (dont 14 en médecine interne) et 65 en médecine familiale.

***

Avec la Presse canadienne


Vos réactions


À quand une Commission d'enquête? - par Raymond Saint-Arnaud
Le vendredi 04 mai 2007 10:00

Et voila! - par Rufus Turbatus
Le mercredi 02 mai 2007 22:00

monsieur noel - par normand chaput
Le mercredi 02 mai 2007 21:00

@Rufus Turbatus - par jacques noel
Le mercredi 02 mai 2007 19:00

@Supérieur Archambault. - par Zach Gebello (gebe@tlb.sympatico.ca)
Le mercredi 02 mai 2007 19:00

@Jacques Noel et autres xenophobes - par Rufus Turbatus
Le mercredi 02 mai 2007 18:00

On a fait un choix de société- nivelons par le bas. - par Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
Le mercredi 02 mai 2007 15:00

Au peuple supérieur sic - par Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
Le mercredi 02 mai 2007 15:00

Le peuple supérieur du "bas" Canada. - par Zach Gebello (gebe@tlb.sympatico.ca)
Le mercredi 02 mai 2007 13:00

@Rufus Turbatus - par jacques noel
Le mercredi 02 mai 2007 13:00

Le Québec paie vos études, travaillez y! - par rémi-bernard st-pierre
Le mercredi 02 mai 2007 11:00

NIVELONS PAR LE BAS - par Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
Le mercredi 02 mai 2007 11:00

Esculape, à l'aide! - par Michèle Bourgon
Le mercredi 02 mai 2007 10:00

M Noel, statistiques ridicules! - par Rufus Turbatus
Le mercredi 02 mai 2007 10:00

Des médecins laissés sur le carreau - par Élodie Gagné (gagnee@videotron.ca)
Le mercredi 02 mai 2007 09:00

McGill et l'exode des médecins - par Robert Beauchamp
Le mercredi 02 mai 2007 08:00

Il faut cesser de ne regarder qu'un morceau du puzzle - par Richard Boudreau
Le mercredi 02 mai 2007 08:00

Et deux milliards pour un CHUM anglais! - par Zach Gebello (gebe@tlb.sympatico.ca)
Le mercredi 02 mai 2007 08:00

M. Noel a trouvé une partie du problème tout seul - par Gilles Bousquet
Le mercredi 02 mai 2007 07:00

Un scandale... - par André Doré
Le mercredi 02 mai 2007 07:00

Quand le gouvernement bougera-t-il? - par Bruno Giroux
Le mercredi 02 mai 2007 07:00

12% d'immigrants, 11,3% de médecins-immigrants. Où est le problème? - par jacques noel
Le mercredi 02 mai 2007 06:00

Monsieur Couillard , que ferez-vous ? - par Cécile C DUBUC
Le mercredi 02 mai 2007 01:00

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