Les déboires de l'UQAM risquent de se répercuter sur les autres universités

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Clairandrée Cauchy , Kathleen Lévesque
Édition du mercredi 02 mai 2007

Mots clés : Michelle Courchesne, UQAM, Université, Québec (province)

Michelle Courchesne

Photo: Jacques Grenier

La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, avait convoqué hier à Québec la rectrice par intérim de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), Danielle Laberge, ainsi que le président du conseil d'administration, Alain Lallier, afin d'aller au fond des choses. À la sortie de ce face-à-face d'où rien n'a filtré, la consigne était claire: aucune déclaration publique d'ici à ce que Mme Courchesne ait rencontré la presse à la fin de la semaine.

La communauté universitaire de tout le Québec craint un ressac à la suite des déboires budgétaires de l'UQAM sur ses propres projets de développement immobilier.

Les révélations du Devoir quant au gigantisme de l'impasse financière de l'UQAM, de quelque 300 millions de dollars pour son Complexe des sciences et l'îlot Voyageur, ont ébranlé plusieurs têtes dirigeantes des universités, inquiètes pour le financement de leurs propres projets mais aussi, et surtout, pour leur autonomie. Dans l'immédiat toutefois, la ministre de l'Éducation s'est penchée sur le cas de l'UQAM.

Alors que rien ne transpirait de la rencontre entre la ministre de l'Éducation et la direction de l'UQAM, l'onde de choc se répandait dans les universités québécoises. Le discours est unanime chez les administrateurs joints hier: le gouffre financier de l'UQAM est une exception et non la règle. On respecte habituellement les coûts estimés et on ne s'aventure jamais dans un projet sans que le montage financier soit bien ficelé, clame-t-on en choeur dans le milieu universitaire.

Depuis qu'elle a pris racine dans le centre-ville de Montréal, l'École de technologie supérieure (ETS) a mené à terme quatre projets d'un montant d'environ 200 millions et elle entreprend ces jours-ci la construction d'une résidence étudiante au coût de 40 millions. Tout s'est fait dans le respect des budgets. «Oui, il y a peut-être un problème important avec l'UQAM, peut-être avec d'autres universités, mais il y a moyen de faire de l'immobilier universitaire sans aucun problème», fait valoir le directeur général de l'ETS, Yves Beauchamp.

Il craint que la dérive observée à l'UQAM n'incite Québec à restreindre l'autonomie des universités, citant en exemple les cégeps, qui ne peuvent «aller à la banque sans l'autorisation du ministre». «Vu l'ampleur de la facture, le gouvernement devra intervenir. C'est tout l'enseignement post-secondaire qui sera mis à contribution», souligne M. Beauchamp.

L'École des hautes études commerciales (HEC), qui attend une réponse du ministère de l'Éducation pour une expansion de 6000 m2, appréhende elle aussi un resserrement des critères. «Les gestionnaires qui regardent cela se demandent comment on en est rendus là. Il va falloir redoubler d'attention pour montrer que ce que nous allons faire sera réaliste», explique le directeur des services internes, Hervé Goyette.

Jugeant la situation «inquiétante», le directeur général de l'Institut national de recherche scientifique (INRS), Pierre Lapointe, redoute que les problèmes de l'UQAM ne ternissent l'image des autres établissements d'enseignement. S'il juge normal que le gouvernement s'oriente vers une plus grande responsabilisation, M. Lapointe met cependant en garde contre un contrôle trop strict qui handicaperait la rapidité d'action des établissements. «Quand une occasion de recherche passe, cela ne revient pas. Il faut trouver un juste milieu entre la responsabilité, l'imputabilité et le souci du travail bien fait», plaide M. Lapointe.

Déjà, en décembre dernier, le gouvernement du Québec avait décidé de mettre en place les balises qu'auront désormais à respecter les universités afin d'éviter les déboires actuels de l'UQAM. Il s'agit d'un protocole d'entente entre le ministère de l'Éducation et l'université concernée par lequel Québec rend conditionnelle l'aide financière. Les versements en trois étapes permettent d'avoir à l'oeil les ambitions immobilières des universités.

L'université Concordia a d'ailleurs signé un tel protocole la semaine dernière pour son projet de campus de l'école de gestion John Molson au centre-ville. Si le gouvernement décèle des problèmes lors des rapports d'étape et que l'université ne corrige pas le tir, il pourra réduire le montant de sa subvention.

Plusieurs recteurs ont hésité hier à se prononcer sur les problèmes de l'UQAM, plus particulièrement les membres du réseau des Universités du Québec, tenus au secret du huis clos des dernières réunions. Le malaise est néanmoins bien réel. «On vit dans un monde de vases communicants. Toutes les universités sont inquiètes, les budgets du ministère de l'Éducation ne sont pas illimités», a indiqué le recteur de l'Université du Québec à Chicoutimi, Michel Belley, s'abstenant toutefois de commenter le dossier en détail.

L'ADQ s'en mêle

Plongée dans un soubresaut de la crise amorcée l'automne dernier, l'UQAM a multiplié les rencontres depuis lundi afin de brosser un tableau de ses difficultés dans l'immobilier et de ses effets sur le budget de fonctionnement. Une rencontre est prévue avec le président du réseau de l'Université du Québec, Pierre Moreau, et un conseil d'administration extraordinaire est convoqué demain. Après le face-à-face à Québec avec la ministre Courchesne, l'UQAM recevait hier soir le critique de l'opposition officielle en matière d'éducation, le député de l'ADQ François Desrochers.

«Il semble que l'on soit encore dans une culture où les dépassements de coûts sont la norme. On s'interroge beaucoup», a dit M. Desrochers avant de rencontrer le secrétaire général Pierre Parent. «Comment se fait-il qu'il n'y a pas eu de lumières allumées lorsque les problèmes du Complexe des sciences ont été connus l'automne dernier? On veut savoir ce que l'UQAM a à dire là-dessus. Il faut revenir à une gestion responsable», a ajouté le député adéquiste.


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