Le plan vert fédéral a beaucoup déçu - Les provinces incapables de faire front commun pour lutter contre les GES
Mots clés : Jean Charest, plan vert fédéral, Gouvernement, Québec (province), Canada (Pays)
Toronto -- Sitôt lancé, le projet des provinces consistant à tenter d'élaborer une stratégie commune pour lutter plus efficacement contre les changements climatiques a avorté hier
«On veut partager les expertises que nous avons, sans nécessairement en arriver à une stratégie commune. Chaque province a ses objectifs», a conclu M. Charest, au terme de l'exercice.
Celui qui présidait la rencontre, le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Danny Williams, a dû convenir lui aussi que le terrain n'était pas fertile pour la présentation d'un front uni en ce domaine.
En matière de lutte contre les changements climatiques, on ne peut pas imposer aux provinces une «taille unique» qui conviendrait à toutes, a-t-il dit en substance. «Il y a différentes provinces qui font différentes choses et qui les font bien», a-t-il ajouté, plaidant pour la «flexibilité» dans le choix des solutions à appliquer.
Dans ce contexte, les provinces vont se contenter «d'échanger des informations» sur leurs solutions respectives pour lutter contre la pollution atmosphérique.
La rencontre de travail tenue hier visait à préparer le terrain pour la rencontre annuelle du Conseil de la fédération, qui se tiendra à Moncton au mois d'août et qui doit porter sur les changements climatiques et les questions énergétiques.
Elle est survenue au moment où certains des premiers ministres provinciaux se sont montrés ouvertement déçus du plan vert que le gouvernement fédéral a rendu public la semaine dernière.
Bourse du carbone
Un trop grand nombre d'intérêts divergents, notamment le lieu d'implantation d'une éventuelle Bourse du carbone, accroît la difficulté d'en arriver à un accord global entre les provinces.
M. Charest s'est présenté à la rencontre en rappelant son intention de voir la Bourse du carbone s'implanter à Montréal plutôt qu'à Toronto, comme le souhaite le premier ministre de l'Ontario, Dalton McGuinty.
«Nous voulons voir une Bourse du carbone s'installer à la Bourse de Montréal», a-t-il affirmé, et «aussitôt que possible». Il souhaite d'ailleurs que le premier ministre fédéral joue un rôle dirigeant dans ce dossier.
Mais le premier ministre de l'Ontario, qui se montre moins pressé, a dit estimer que le choix de la ville était prématuré.
«Avant d'énoncer des arguments sur ce sujet, à mon avis, on devrait commencer à parler de ce qu'on pourrait faire pour mettre en place un système d'échanges pour nos émissions» de gaz à effet de serre, a-t-il soutenu.
Québec considère que Montréal est en bonne position dans ce dossier, car 90 % des transactions de crédits d'émissions de gaz à effet de serre toucheraient ce qu'on appelle les produits dérivés -- soit les transactions futures, qui ne sont pas effectuées en temps réel -- pour lesquels la Bourse québécoise a acquis une expertise.
«Nous allons très fortement lutter et batailler pour que Montréal soit choisi», avait dit plus tôt le ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, conscient de la concurrence annoncée par l'Ontario.
Au cours des derniers mois, deux premiers ministres, Gary Doer, du Manitoba, et Gordon Campbell, de la Colombie-Britannique, avaient reçu le mandat de répertorier les solutions les plus intéressantes qu'appliquent les différentes provinces pour limiter l'incidence des changements climatiques.
Hier, ils ont présenté à leurs homologues les conclusions de leur recherche.
«Je ne m'attends pas à obtenir l'unanimité des provinces au sujet d'une stratégie commune, a dit de son côté M. Campbell.
Durant la campagne électorale, le premier ministre Charest a dit vouloir un gouvernement majoritaire, parce qu'un gouvernement minoritaire, selon lui, affaiblirait le rapport des forces entre le Québec et le reste du Canada.
Hier, même s'il est à la tête d'un gouvernement minoritaire, il a dit qu'il continuerait à exercer un leadership au sein de la fédération canadienne, en donnant l'exemple, comme dans le dossier des changements climatiques, alors que le Québec s'est engagé à respecter les cibles fixées par le Protocole de Kyoto.
L'exemple, «c'est la forme de leadership qui parle le plus et qui nous permet de travailler, de convaincre et de persuader le plus de provinces» possible à aller dans le même sens que le Québec.

