Chronique d'un suicide annoncé

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André Lavoie
Édition du samedi 28 et du dimanche 29 avril 2007

Mots clés : Murali K. Thalluri, 2:37, Cinéma, Culture, Australie (Pays)

Pour son premier long métrage, le jeune cinéaste australien Murali K. Thalluri ne craignait pas d'affronter un sujet éculé (le mal de vivre des adolescents) ni les comparaisons avec Gus Van Sant (l'errance désespérée de ses personnages dans les corridors d'une école évoque souvent Elephant). Sans toutefois jeter un regard complètement neuf sur une période de l'existence dont les tourments sont largement connus et commentés, il faut souligner le talent remarquable de Thalluri à les illustrer avec autant de virtuosité que de sensibilité. Et tout cela avec une économie de moyens où jamais n'est sacrifiée la cohérence de sa mise en scène, ou encore la noblesse de ses intentions.

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2:37
Réalisation et scénario: Murali K. Thalluri. Avec Teresa Palmer, Frank Sweet, Sam Harris, Charles Baird. Image: Nick Matthews. Montage: Dale Roberts. Musique: Mark Tschanz. Australie, 2007, 98 min.
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Avec un sens du mystère qui aurait sûrement valu à Thalluri une petite accolade d'Alfred Hitchcock, le récit démarre avec la découverte macabre d'un suicide dans un placard d'une école, très précisément à 2h37 pm. De qui s'agit-il? Rien ne permet de le savoir. Quelques heures plus tôt débutent les pérégrinations scolaires de cinq adolescents, trois garçons et deux filles qui visiblement ont tous la tête ailleurs. Certains cachent de douloureux secrets, d'autres subissent l'hostilité de camarades imbéciles, tous rêvent d'être dans la peau d'un autre, ou de vieillir prématurément.

2:37 pourrait aisément se résumer à un thriller psychologique, dans la mesure où les cinq protagonistes affichent tous une souffrance -- certains diront un alibi -- qui pourrait les pousser à commettre l'irréparable. En effet, entre l'homosexualité refoulée du sportif homophobe (cherchez l'erreur... ), la honte d'un garçon au physique ingrat qui mouille son pantalon sans le vouloir et une belle jeune fille portant tout à la fois l'humiliation de l'inceste, du viol et d'une grossesse non désirée, les motifs de découragement sont multiples.

À cette plongée dans l'univers trouble de l'adolescence, où le cinéaste ne se prive pas de varier les points de vue sur une même scène et d'effectuer de fréquents retours en arrière, se superposent les confidences des personnages sur le mode documentaire, filmées en noir et blanc. Procédé plutôt convenu et dont le caractère préfabriqué saute aux yeux, il permet toutefois de nuancer le tumulte intérieur de ce petit groupe d'éclopés.

Les jeunes acteurs formant ce quintette désaccordé possèdent non seulement la carrure (parfois difforme, parfois harmonieuse) de leur personnage mais aussi une authenticité qui frôle l'impudeur. C'est ainsi qu'ils s'abandonnent devant la caméra de Thalluri avec autant d'audace que de naïveté, jamais aussi convaincants que lorsqu'ils déambulent, comme des âmes en peine, dans les couloirs de cette école qui ressemble pour eux à une prison.

Même si Thalluri ne cache pas les intentions thérapeutiques de 2:37 (le film est dédié à une amie morte par suicide), il ne se détourne jamais de ses ambitions cinématographiques: le suspense est réel, les indices sont livrés avec parcimonie et le dénouement est quelque peu inattendu. Une grande leçon de morale doublée d'un bon petit devoir de cinéma.

Collaborateur du Devoir


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Dénouement estomaquant - par Amélie Villeneuve
Le vendredi 04 mai 2007 09:00

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