Vitrine du disque
Mots clés : Dntel, musique classique, Culture, Musique, Québec (province)
Électro
Arriving At Night
Victor Bermon
Fusion III
«C'est beau une ville la nuit», écrivait dans les années 80 l'acteur français Richard Bohringer. Et une ville peut l'être encore plus avec de la musique dans les oreilles, pourrait-on ajouter aujourd'hui après l'écoute de cet assemblage sonore de l'Australien Victor Bermon, placé sous le signe de la nuit et de la ville vue du ciel, depuis la cabine d'un avion, si on se fie à la couverture de l'album.
Fabien Deglise
Classique
DUBOIS - WITKOWSKI
Quatuors et Quintettes.
Dubois: Trio Hochelaga. ATMA ACD2 2385. Witkowski: Quatuor
Debussy. Arion ARN 68715.
Distribution: Pelléas.
Impossible de ne pas mettre en parallèle Théodore Dubois (1837-1924) et George Martin Witkowski (1867-1945), compositeurs français peu choyés par la postérité. Les programmes aussi appellent la comparaison avec, pour chacun, la juxtaposition d'un quatuor (1902 pour le quatuor à cordes de Witkowski, 1907 pour le quatuor avec piano de Dubois) et d'un quintette avec piano, en formation traditionnelle chez Witkowski (1898), avec hautbois pour Dubois (1905). Le fascinant quatuor de Witkowski émerge lentement, ténébreux comme du Chausson, pour éclore à partir du deuxième mouvement dans un idiome debussyste (le quatuor de Debussy date de 1892). Les harmonies moins aventureuses de Dubois évoluent dans un univers plus proche de Lalo et Saint-Saëns avec des mélodies efficaces et bien cadrées. Quant aux quintettes, celui de Dubois est très singulier, avec son hautbois (joué ici par Philippe Magnan) presque soliste, alors que Witkowski lorgne du côté de César Franck. Deux disques intéressants, mais mes goûts vont vers Witkowski.
Christophe Huss
Classique
SZYMANOWSKI
Concertos pour violon nos 1 et 2.
Nocturne et tarentelle. Ilya Kaler (violon), Orchestre philharmonique de Varsovie, Antoni Wit.
Naxos 8.557 981.
Naxos a enregistré à Varsovie, sous la direction d'Antoni Wit, une série de disques remarquables, le plus étonnant (à connaître vraiment!) étant la Turangalîla-Symphonie d'Olivier Messiaen qui surpasse toutes les références, version Nagano en tête. Parallèlement, Naxos s'intéresse de près aux trois grands compositeurs polonais que sont Karel Szymanowski (1882-1937), Witold Lutoslawski (1913-1994) et Krzysztof Penderecki (né en 1933). C'est dans la musique de ce dernier que Wit a brillé le plus récemment avec un enregistrement de référence de la Septième Symphonie, «Les Portes de Jérusalem». Le voici associé à Ilya Kaler, qu'on entendra bientôt au Festival de musique de chambre de Montréal, dans deux grands concertos pour violon du XXe siècle, trop peu connus. Le lyrisme brûlant est très bien rendu par la force de l'archet de Kaler et les couleurs tranchantes de l'orchestre transparent de Wit dans ces deux oeuvres importantes qui proposent un chaînon manquant entre le Concerto à la mémoire d'un ange de Berg et ceux de Chostakovitch.
C. H.
Chanson
ACIDULÉ
CINÉMA ENCHANTÉ
Marina Céleste
Pias - Beggar's Banquet
Marina Céleste: ma gourmandise du mois. Moins chanteuse que beauté fatale, la mam'zelle est du genre qui susurre, chuchote et chantonne. Délicieusement. Quiconque suit Nouvelle Vague, le groupe électro-miel français, la connaît comme une des lucioles qui virevoltent autour de Marc Collin l'ampoulé, à l'instar de la désormais célèbre Camille. Ledit Collin a d'ailleurs arrangé, réalisé et mixé les deux albums de la jeune femme, albums qui ont eu leurs 15 minutes statutaires de gloire au Japon avant d'aboutir dans le même boîtier cartonné ces jours-ci en France (et chez nous, importé par Beggar's Banquet). Ce que c'est? Acidulé, comme le mot l'indique, est un disque destiné aux papilles. Du saupoudrage sonore extraterrestre de pacotille, qui colle aux guitares acoustiques comme de la barbe à papa au palais. Du faussement naïf et du kitsch assumé, du diaphane, de l'évanescent, du presque rien qui goûte bon. Cinéma enchanté, encore plus facultatif, est un disque de reprises de chansons de films (rien que du cultissime: Max et les ferrailleurs, Les Aventuriers, etc.). Idéal pour se la jouer star et y croire.
Sylvain Cormier
Monde
MIDNIGHT PRAYER
The Joel Rubin Ensemble
Traditional Crossroads - Fusion III
Considéré par plusieurs comme le chef de file du klezmer instrumental dans le monde, Joel Rubin poursuit sa quête introspective autour de l'héritage des Juifs de Russie. Une partie du répertoire s'inspire donc des cueillettes réalisées par Moshe Beregovski en Ukraine et en Biélorussie de 1927 à 1948. Mais le clarinettiste, parfois traité de réactionnaire à cause de son attrait pour le passé, n'essaie pas de reproduire ce que le klezmer serait devenu sans l'Holocauste. Si le musicien se campe ici à des planètes-lumière de la Radical Jewish Culture à la John Zorn, on ne sait pas toujours, à l'écoute de sa musique, dans quel monde il nous projette tellement il possède l'art de faire swinger la musique de salon, de dégager la plainte profonde d'une musique processionnelle, de dépeindre de façon si lyrique l'art de la rue et de rendre instrumental le chant religieux issu de la mystique nigunim propre aux hassidiques. Du klezmer ultra sophistiqué, ornementé et en parfaite harmonie avec violons, accordéon, trompette, basse, tsimbl et d'extraordinaires improvisateurs, dont le Hongrois Kalman Balogh au cymbalum. Mais du klezmer qui peut aussi faire monter le taux d'adrénaline.
Yves Bernard
Pop
Dumb Luck
Dntel
Sub Pop - Outside
La musique pop semble être le leitmotiv derrière le projet Dntel. Tenter de classifier cette musique est pourtant une entreprise périlleuse. Les mélodies enveloppantes de Dntel alias Jimmy Tamborello sont trop bigarrées pour s'en tenir à cette appellation. Sur Dumb Luck, Tamborello superpose des guitares acoustiques et des échantillons de toutes sortes aux mélodies accrocheuses chantées par Lali Puna et Grizzly Bear. Chaque pièce devient ainsi un voyage vers l'inconnu alors que des arrangements vocaux sont enveloppés par des quatuors de cuivres, des cliquetis ou encore des bruits abstraits. Somme toute très introspectif, Dumb Luck rappelle le travail de génie d'artistes pop tourmentés tels Thom Yorke, Caribou ou encore Animal Collective. Tamborello a connu le succès grâce à des groupes précédents tel Postal Service. Il retrouve une habile mélancolie avec Dntel, six ans après le premier album de ce projet, et vogue somptueusement sur la fine ligne qui sépare la pop des expérimentations électroniques et rock.
Étienne Côté-Paluck
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