Mexico légalise l'avortement

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Guy Taillefer
Édition du mercredi 25 avril 2007

Mots clés : avortement, Religion, Manifestation et émeute, santé, Mexique (pays)

Dans un pays où la morale catholique demeure très ancrée, la majorité de gauche qui tient les rênes du pouvoir dans la ville de Mexico a fait hier soir un geste révolutionnaire: décriminaliser le recours à l’avortement et permettre l’interruption volontaire de grossesse.

Le projet de loi, qui ne concerne que la capitale, soulève depuis des semaines des débats fervents à l’échelle nationale, mobilisant l’opposition féroce de l’Église et de la droite catholiques, montées aux barricades en agitant le spectre de l’excommunication. Il a été adopté par 49 voix contre 19.

En Amérique latine et dans les Caraïbes, seuls Cuba, la Guyane et Porto Rico ont légalisé l'avortement, alors que dans la grande majorité des autres pays de la région, comme en Argentine et au Brésil, il n'est que toléré, et encore, que dans des circonstances d'exception comme le viol, la malformation du foetus ou le danger pour la santé de la mère. C'est le cas au Mexique.

Mgr Felipe Arizmendi, évêque du Chiapas, dans le sud du Mexique, a qualifié d'«hitlériens» les auteurs du projet de loi, dont certains auraient été la cible de menaces de mort. Le Vatican est intervenu la semaine dernière dans la controverse en donnant son appui à la campagne anti-avortement de la Conférence épiscopale mexicaine. Ce à quoi des élus du Parti de la révolution démocratique (PRD), au pouvoir à Mexico, ont fort mal réagi en envoyant une «note de protestation» au pape Benoît XVI pour dénoncer son «ingérence» dans la vie nationale.

L'État est constitutionnellement laïque au Mexique: historiquement, il a gardé ses distances d'avec l'Église. Cette distance a toutefois eu tendance à rapetisser sous le Parti Action nationale (PAN) de l'ex-président Vicente Fox, auquel Felipe Calderón, catholique pratiquant, vient de succéder. Ceci expliquant cela, ce dernier n'a pour ainsi dire pas pris position dans le débat, laissant plutôt son épouse le faire à sa place: l'avortement «est une négation ouverte du droit à la vie, c'est contraire aux principes humains et à la démocratie», a déclaré Margarita Zavala.

Des tenants de haut vol du projet de loi lui ont répliqué dans les mêmes termes. «L'accès à l'interruption de grossesse sûr est une question de démocratie», ont écrit dans une lettre ouverte les écrivains Carlos Fuentes et Carlos Monsivaïs. «Une démocratie est laïque ou ce n'est pas une démocratie», a plaidé Juan Ramón de la Fuente, recteur de l'UNAM, la grande université publique du district fédéral.

«Personne ne va m'intimider», a prévenu le maire de Mexico, Marcelo Ebrard, qui a remplacé Andrès Manuel López Obrador, défait par la peau des dents à la présidentielle de l'année dernière par M. Calderón. Comme M. López Obrador avant lui, M. Ebrard, en effet, ne s'en laisse pas facilement imposer: la Ville de Mexico a autorisé en novembre dernier l'union civile entre conjoints de même sexe et son conseil municipal étudie actuellement la possibilité de légaliser l'euthanasie.

L'état des lieux en matière d'avortement au Mexique soulève un problème fondamental de justice sociale, fait valoir l'Alternative social-démocrate, le petit parti qui a pris l'initiative de présenter le projet de loi en vertu duquel l'avortement serait autorisé pendant les 12 premières semaines de grossesse.

Ce petit parti plaide que les avortements clandestins, pratiqués dans des conditions d'hygiène souvent déplorables, ont tué en dix ans 1500 femmes, pour l'essentiel des femmes pauvres. Selon une étude du Conseil national de la population, une Mexicaine sur cinq a avorté au moins une fois dans sa vie et 100 000 avortements illégaux sont pratiqués chaque année dans le pays. Le ministère mexicain de la Santé évalue qu'environ 40 % des grossesses annuelles ne sont pas désirées.

Une autre étude, celle-là de Human Rights Watch, souligne qu'au moins 120 000 femmes, au bas mot, sont violées chaque année au Mexique. Et que si la loi les autorise à se faire avorter, il est courant que les policiers et les fonctionnaires leur refusent l'accès à des services médicaux adéquats.

Pendant que pro et anti manifestaient hier devant l'Assemblée législative de Mexico, une minorité d'élus, provenant essentiellement du PAN (qui propose l'adoption comme solution de rechange à l'avortement), ont tenté sans succès d'empêcher la tenue du vote en présentant une résolution qui aurait renvoyé le projet de loi en comité.

L'Église mexicaine a menacé d'excommunier les législateurs qui voteraient en faveur de la loi. Elle tente aussi de réunir 36 000 signatures pour forcer la tenue d'un référendum sur l'avortement, une idée catégoriquement rejetée par le maire Ebrard.

L'Amérique latine est éminemment conservatrice en matière d'accès à l'avortement. Le Brésil et l'Argentine ne le permettent que dans des situations exceptionnelles. Il est totalement interdit au Chili, au Salvador, au Honduras et en Haïti. Chaque année, quatre millions de Latino-Américaines se font avorter illégalement, selon l'Organisation mondiale de la santé.

***

Avec l'Agence France-Presse, la BBC et El Universal


Vos réactions


PRO-CHOIX POUR LE PRINCIPE - par Philippe Champagne
Le mercredi 25 avril 2007 20:00

Les opposants(es) à l'avortement ne réfléchissent pas assez à ce qui fait qu'un foe - par Maurice Monette (monmau@globetrotter.net)
Le mercredi 25 avril 2007 20:00

@ Mme Renée Wathelet - par Benoît Foulon (benoitfoulon@yahoo.ca)
Le mercredi 25 avril 2007 15:00

@ Benoit Foulon - par Renée Wathelet (reneeisla@yahoo.com.mx)
Le mercredi 25 avril 2007 11:00

Ô Mexico, es-tu retombée dans tes vieilles habitudes? - par Benoît Foulon (benoitfoulon@yahoo.ca)
Le mercredi 25 avril 2007 10:00

cela ne change rien - par normand chaput
Le mercredi 25 avril 2007 10:00

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