Torture: Harper se montre sceptique
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Il ne faut pas croire les talibans sur parole, dit le premier ministre
Ottawa -- Le premier ministre Stephen Harper a effectué hier un virage à 180 degrés en ce qui concerne le traitement réservé aux prisonniers afghans. Après avoir déclaré la veille que les allégations de torture infligée à ces hommes étaient «sérieuses», il a reproché à l'opposition hier d'y accorder trop de crédit, celles-ci venant, après tout, de talibans peu recommandables.Les trois partis d'opposition reprochent au gouvernement conservateur d'être complice de la torture présumée de prisonniers afghans et de placer les soldats canadiens, qui transfèrent ces prisonniers aux autorités locales, en situation d'illégalité internationale. Ces accusations ont fait bondir le premier ministre.
«Ce qui est scandaleux, c'est de croire sur parole les allégations de certains suspects talibans, a lancé M. Harper. Ce n'est pas approprié de la part d'un député canadien.»
M. Harper a formulé plusieurs versions de cette réponse pendant la période de questions. «Les allégations selon lesquelles nous ne respectons pas ces responsabilités importantes [les conventions internationales contre la torture] ne sont que des allégations émises par les talibans. Or je n'accepte pas les allégations sans évidence [sic] des talibans.»
M. Harper dit quand même avoir demandé aux représentants canadiens en Afghanistan de «déterminer s'il y a un problème». «Jusqu'à maintenant, nous n'avons pas de preuve concernant ces allégations.»
Pourtant, il existe une multitude de rapports d'organismes internationaux indiquant que la torture est une pratique systématique dans les pénitenciers afghans. «On ne peut pas les corroborer, évidemment, mais les témoignages publiés cette semaine dans le Globe and Mail vont tellement dans le sens de ce que nous avons compilé que c'est probablement véridique», explique Anne Saint-Marie, d'Amnistie international. Son organisme tente de faire cesser le transfert de prisonniers en Afghanistan et interpelle le gouvernement à ce sujet depuis 2002.
Ottawa continue de s'en remettre à la Commission indépendante afghane des droits de la personne pour veiller au bon traitement des prisonniers faits par le Canada une fois ceux-ci remis aux Afghans. Mais le Globe and Mail a publié hier une entrevue avec l'enquêteur en chef de la Commission à Kandahar, Amir Mohammed Ansari, dans laquelle il dit ne pas avoir accès aux prisonniers.
«Nous avons une entente avec les Canadiens, mais nous ne pouvons pas garder un oeil sur ces gens, affirme-t-il. Légalement, nous avons le droit de rendre visite aux prisonniers à l'intérieur de la prison de la National Directorate of Security [les services de renseignement policiers afghans]. Mais ils ne nous le permettent pas.» Interrogé à ce sujet, le premier ministre a déclaré que le Canada n'avait «pas eu vent» de ces informations.
Les partis d'opposition estiment que la provenance des allégations de torture importe peu. Les transferts de prisonniers doivent, à leur avis, cesser tant que le Canada n'aura pas la certitude qu'en confiant des suspects aux autorités locales, il ne les condamne pas aux mauvais traitements.
L'histoire se répète
Les libéraux s'en prennent avec virulence aux conservateurs pour le traitement qu'ils jugent cavalier des prisonniers afghans, mais eux aussi, lorsqu'ils étaient au pouvoir, avaient fait face à ce même dilemme. En 2002, le ministre de la Défense, Art Eggleton, s'était retrouvé dans l'embarras pour avoir mis huit jours avant de révéler que les soldats canadiens avaient fait trois prisonniers et avaient remis ceux-ci aux Américains, huit jours pendant lesquels le premier ministre Jean Chrétien affirmait le contraire.
À ce moment, les Américains ne reconnaissaient pas les suspects afghans comme des prisonniers de guerre au sens des conventions internationales, mais plutôt comme des «combattants illégaux». Ainsi, il leur était permis de traiter ces prisonniers selon des normes moins exigeantes. Le ministre Eggleton avait même fait crier l'opposition en suggérant que les conventions de Genève «ont été rédigées il y a longtemps. Elles ne sont pas toutes facilement applicables au contexte d'aujourd'hui».
Selon le lieutenant-colonel à la retraite et chercheur en sécurité internationale Rémi Landry, certains de ces suspects ont probablement abouti dans la prison de Guantánamo. «On n'a jamais su ce qui s'était passé avec eux. Eux aussi, on a perdu leur trace», rappelle-t-il. Pour M. Landry, cela prouve que toute cette question est beaucoup plus complexe que tentent de le faire croire les politiciens. «Nous sommes en Afghanistan à la demande du gouvernement, ce qui laisse entendre qu'on est invité et qu'ils sont souverains chez eux.»
Selon lui, même si le Canada avait, à l'instar d'autres pays tels que les Pays-Bas, conservé un droit de visite des prisonniers, cela ne garantirait pas pour autant qu'ils ne seraient pas torturés. «Ce serait juste une capacité de dissuasion supplémentaire.»
La mission se poursuit
Par ailleurs, les députés fédéraux ont battu à 150 voix contre 134 une motion libérale demandant que la mission de combat du Canada en Afghanistan se termine en février 2009 et que l'OTAN en soit avisée dès maintenant. Les conservateurs ont voté contre, mais aussi le NPD, qui réclame un retrait immédiat des troupes.
Les motions à la Chambre des communes ne lient pas le gouvernement. Elles ont valeur de symbole.
Vos réactions
Quelle idiotie - par William Bourque
Le mercredi 25 avril 2007 18:00
TORTURE MODÉRÉE S.V.P. - par Gilles Bousquet
Le mercredi 25 avril 2007 10:00
Ce sont des ennemis - par Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
Le mercredi 25 avril 2007 07:00

