Silicon Valley: un monde à part

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Éric Desrosiers
Édition du mercredi 25 avril 2007

Mots clés : Cisco, Apple, Silicon Valley, Économie, États-Unis (pays)

Silicon Valley -- Tout le monde voudrait avoir sa Silicon Valley. La capitale mondiale de la nouvelle économie ne sera toutefois pas facile à copier, son succès reposant sur un mélange, à un niveau de concentration unique, d'argent, d'entreprises et de savoir-faire.

L'histoire commence à l'université Stanford, où de brillants étudiants en informatique décident de créer leur propre entreprise, qu'ils appellent Sun Microsystems. L'entreprise connaît un succès colossal et rapporte rapidement des milliards à ses fondateurs. Ces derniers reçoivent, un jour, l'appel d'un ancien professeur d'université qui leur parle de deux de ses étudiants qui ont une bonne idée et qui auraient besoin d'argent pour la mettre en pratique. Les sommes nécessaires sont avancées et une nouvelle entreprise voit le jour. Elle portera le nom de Google.

«Ils sont tous ici: Apple, Cisco, Google, Ebay, Adobe, YouTube, Pixar, s'émerveille encore Jean-Baptiste Su, un journaliste d'origine française basé à Silicon Valley depuis des années. C'est la même chose pour les fonds de capital de risque, vous les trouverez tous à côté, sur Sand Hill Road. Ces gens se connaissent tous. Plusieurs sont passés par Stanford ou Berkeley. Ils cherchent tous la prochaine technologie qui bouleversera les façons de faire.»

Cette concentration d'entreprises dominantes, de main-d'oeuvre qualifiée et d'argent est exceptionnelle, confirme le professeur William Miller, de l'université Stanford en Californie. Bon an mal an, la vallée attire environ 40 % de tout le capital de risque investi aux États-Unis. Cet argent vient souvent d'entrepreneurs qui ont eux-mêmes fait fortune dans le domaine et qui apportent avec eux leur expérience et leurs précieux réseaux de contacts.

Un pareil succès attire les talents de partout. «Les gens ont l'habitude de dire que Silicon Valley est l'endroit où les étrangers ne se sentent pas étrangers, dit fièrement Paul Krutko, directeur au bureau de développement économique de San Jose. Notre population est composée d'un tiers d'anglophones, d'un tiers d'Hispaniques et d'un tiers d'Asiatiques.»

La région est très fière aussi de la qualité de vie qu'elle offre à ses résidants. La proximité de San Francisco, une construction immobilière contrôlée, les transports en commun, des festivals, les équipements de sport sont autant d'éléments qui finissent par compter dans sa popularité. «Il est vrai que ça coûte très cher à une entreprise de s'installer ici, notamment à cause des prix du logement, concède Paul Krutko. Mais la qualité de notre main-d'oeuvre le vaut amplement. De toute manière, on ne cherche pas à attirer ici les entreprises d'ailleurs. On préfère voir grandir les nôtres.»

Robert Lloyd croit que c'est d'abord et avant tout le succès qui rend Silicon Valley si populaire. «Rien n'intéresse plus les personnes de talent que de travailler pour l'un des leaders de son secteur», dit le vice-président exécutif de Cisco Systems.

Le secret du succès

Il existe un autre secret au succès de Silicon Valley, pense le professeur William Miller. «Tout ce monde baigne dans un climat d'affaires tout à fait particulier. La prise de risques y est très valorisée et généreusement récompensée lorsqu'elle fonctionne, note-t-il. L'échec est aussi beaucoup plus toléré qu'ailleurs. Il semble même presque normal que quelqu'un doive s'y reprendre à plus d'une fois avant de réussir.»

Le journaliste Jean-Baptiste Su constate cela chaque jour. «Je ne connais pas d'autres endroits au monde où l'on a ce genre d'état d'esprit. On aime prendre des risques et s'engager à fond. L'échec n'est jamais final. Et c'est contagieux. Tout le monde se dit qu'il a lui aussi une chance de faire des millions.» Cette tolérance de l'échec s'explique sans doute en partie, croit-il, par la très grande vigueur du secteur, qui permet à ceux qui ont tenté leur chance sans succès de se replacer rapidement les pieds ailleurs, et même de se refaire une santé financière pour tenter sa chance une nouvelle fois encore.

La croissance de Silicon Valley ne pourra évidemment pas se poursuivre éternellement, constate William Miller. L'éclatement de la bulle technologique a montré qu'elle pouvait se retrouver rapidement en position vulnérable, même si elle s'en est finalement très bien tirée.

On aurait cependant tort de sous-estimer sa capacité d'adaptation, poursuit l'expert. On oublie trop souvent que la région a su se maintenir au sommet, en matière de nouvelles technologies, depuis près de 100 ans. Elle a commencé par fabriquer les premières radios avant d'inventer ses premiers appareils électroniques pour l'armée, puis de se convertir aux circuits imprimés, avant de passer aux ordinateurs personnels, qui ont été remplacés par Internet, qui a lui-même été récemment laissé à d'autres afin de pouvoir se spécialiser dans l'invention de multiples applications liées aux technologies de l'information.

Cette réinvention perpétuelle n'est pas près de s'arrêter, que le reste du monde se le tienne pour dit. Silicon Valley s'est récemment fixé comme objectif d'aider le développement d'entreprises dans de nouveaux secteurs comme les logiciels, les biotechnologies, les sciences de l'environnement, les énergies propres et éventuellement le transport.


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