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Marchandiser l'éducation, une aberration
La différence de $300 par session qu'on pourra observer dans seulement 3 ans sera suffisante pour en convaincre certain-es de ne pas s'inscrire, et surtout pour faire décrocher ceux et celles qui ont commencé mais qui n'en peuvent plus de s'endetter, de se surmener et de vivre dans la misère, de travailler trop, de manger mal et de ne jamais savoir si on va arriver à payer le loyer - ou pire, de savoir qu'on ne pourra pas le payer. Je ne connais pas d'études sur le sujet, mais mes observations me permettent d'affirmer que le nombre d'étudiant-es qui souffrent d'anxiété et de burn-out est très élevé, et que notre réalité est loin du portrait d'enfants gâtés que certains médias réactionnaires se plaisent à diffuser.
Un autre effet, qui n'est pas innocent, est de condamner les gens qui désirent étudier à se cantonner à des domaines "qui rapportent". Nous devrons donc, comme peuple, délaisser les formations générales en sciences, en arts et en sciences humaines, pour se contenter de faire des programmes techniques qui nous donnent des "jobs" pour pouvoir rembourser nos prêts étudiants au sortir de l'école. Finie, l'idée de former des citoyens et des citoyennes informé-es sur le monde, impliqués dans les débats de société. Non, désormais ce sera la course à la job pour rembourser le prêt étudiant, la carte de crédite, la marge de crédit, etc. Quelle étrange coïncidence, il est justement très pratique pour les gouvernements d'avoir une population docile et mal informée... ou plutôt, bien désinformée.
Anaïs Bertrand-Dansereau
étudiante en sociologie, UQÀM
