Mort du fossoyeur de l'URSS

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Claude Lévesque
Édition du mardi 24 avril 2007

Mots clés : Boris Eltsine, URSS, Décès, Russie (pays)

Adulé puis honni, Boris Eltsine s'éteint à 76 ans

Boris Eltsine célébrant le 73e anniversaire de la Révolution d'Octobre, à Moscou, en 1990. Il devait, quelques mois plus tard, être l'un des principaux artisans de l'effondrement de l'Union soviétique.

Photo: Agence France-Presse

Boris Eltsine, l'homme qui a signé l'arrêt de mort de l'Union soviétique en 1991 et qui a laissé en héritage une Russie affaiblie et appauvrie lorsqu'il en a quitté la présidence fin 1999, s'est éteint hier à Moscou à l'âge de 76 ans.

En Occident, on retient à la fois l'image du «démocrate» Boris Eltsine juché sur un char d'assaut, haranguant la foule et les militaires pendant le putsch avorté de 1991, et celle de l'homme d'État malade au comportement erratique. Les hommages officiels rendus hier dans les grandes capitales soulignent évidement le courage du défunt et le rôle historique qu'il a joué.

Boris Eltsine, dont les funérailles auront lieu mercredi, est mort des suites d'une insuffisance cardiaque. Il avait déjà subi un quintuple pontage coronarien en 1996, alors qu'il était en poste.

L'ancien président russe est né dans une famille de paysans pauvres près de Sverdlosk (Ékartarinebourg), dans l'Oural, aux confins de la Sibérie. Il doit sans doute à ces origines modestes son style populiste, qui a contribué à sa popularité pendant la première partie de sa carrière politique. Celle-ci a pris son essor en 1976, lorsqu'il est devenu premier secrétaire du parti communiste dans sa région natale. Après avoir accédé au comité central du parti en 1981, il est invité quatre ans plus tard à en diriger la section moscovite par Mikhaïl Gorbatchev, dont il deviendra finalement un des principaux adversaires.

En octobre 1987, devant le comité central, Boris Eltsine critique en effet la lenteur et les limites de la perestroïka, le train de réformes mis en oeuvre par Gorbatchev. Mal reçus par la direction du parti, ces commentaires ne tarderont pas à lui coûter les postes qu'il occupe au comité central et au politburo.

Cette mise à l'écart ne l'a pas empêché de poursuivre son ascension politique, bien au contraire. Ainsi, en mars 1989, il est élu député au Congrès du peuple (Parlement soviétique) avec plus de 89 % des voix, lors du premier scrutin à candidatures multiples.

En juin 1991, il remporte avec 57 % des voix la première élection au suffrage universel pour le poste de président de la Fédération de Russie, qui demeurera pendant encore quelques mois une des républiques constituantes de l'URSS, et certes la plus importante.

En août 1991, Boris Eltsine s'oppose avec succès au putsch dirigé par les adversaires de Gorbatchev, se hissant sur la tourelle d'un char devant la «Maison-Blanche», comme on appelait le Parlement russe. Ce coup d'éclat consacre aux yeux du monde son image le défenseur de la démocratie. En novembre, il dissout le parti communiste et prépare en même temps la dissolution de l'Union soviétique. Le 25 décembre, Mikhaïl Gorbatchev démissionne de son poste de président de l'URSS. Cette dernière aura vécu 74 ans.

À Washington, la Maison-Blanche a qualifié l'ancien président russe de «figure historique à une époque de grands changements et de défis pour la Russie».

«On se souviendra d'Eltsine pour le rôle crucial qu'il a joué pour faire avancer les réformes politiques et économiques en Russie et pour favoriser le rapprochement entre l'Est et l'Ouest», a affirmé le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies, Ban Ki-moon.

«Je l'admirais beaucoup parce qu'il avait pris une situation extrêmement difficile et qu'il avait fait des actes très courageux», a déclaré l'ancien premier ministre canadien Jean Chrétien, qui décrit aussi M. Eltsine comme un «homme plaisant, très coloré, qui aimait s'amuser».

«Il s'est imposé comme un homme puissant avec une vision bien implantée de ce qu'il voulait faire de [son] pays, et il était déterminé à atteindre ses objectifs», a pour sa part affirmé le prédécesseur de M. Chrétien, Brian Mulroney.

Pour Mikhaïl Gorbatchev, Boris Eltsine a connu «un destin tragique». «J'offre mes condoléances les plus sincères à la famille d'un homme qui a porté sur ses épaules beaucoup de grandes avancées pour le pays et des fautes graves», a dit M. Gorbatchev.

Vladimir Poutine a rendu hommage à son prédécesseur en affirmant que ce dernier avait «ouvert une nouvelle ère». «Une nouvelle Russie démocratique est née, un État libre ouvert sur le monde. Un État dans lequel le pouvoir appartient réellement au peuple», a déclaré M. Poutine.

Personnage contradictoire, Boris Eltsine a connu des sommets de popularité pendant les années d'agonie du régime soviétique en dénonçant la corruption et les privilèges de la nomenklatura. Comme président de la Russie indépendante, il n'a pas réussi, ou n'a pas voulu, empêcher le bradage des grandes entreprises. En outre, la «thérapie de choc» mise en oeuvre par le premier ministre Egor Gaïdar et son équipe d'idéologues néolibéraux a provoqué une chute dramatique de la production et du niveau de vie de la majorité des Russes. La popularité de Boris Eltsine en a considérablement souffert, sans toutefois empêcher sa réélection en 1996.

«Si Poutine conserve un taux de popularité avoisinant les 70 % depuis cinq ans, c'est à cause du désastre que représentait la période Eltsine, quand la "thérapie de choc» a fait passer le moitié de la population sous le seuil de la pauvreté et que les gens ont vu le pillage des biens publics par une oligarchie parasitaire, une corruption généralisée et le chaos. Poutine a restauré un minimum d'ordre et s'est attaqué à quelques oligarques», estime le politologue Jacques Lévesque, spécialiste de la Russie à l'UQAM, qui rappelle que même l'agriculture a connu sous le règne d'Eltsine un déclin comparable à celui qu'avait provoqué la collectivisation imposée par Staline.

Il faut rappeler que Boris Eltsine avait lui aussi multiplié les gestes autocratiques. Ainsi, en octobre 1993, au mépris de la Constitution, il a dissous le Parlement russe et même lancé la troupe à l'assaut de l'édifice dans lequel s'étaient retranchés plusieurs députés d'opposition, une opération qui a fait plus d'une centaine de victimes.

Mais c'est sans aucun doute la première guerre de Tchétchénie (1994-1996) qui constitue la tache la plus sombre sur la blason de Boris Eltsine. Plus de 75 000 personnes, des civils en majorité, sont morts dans la répression exercée contre la petite république du Caucase qui avait proclamé son indépendance. Cette campagne avait d'ailleurs échoué, se terminant par un retrait humiliant de l'armée russe.

En 1998 et en 1999, devant les difficultés économiques, Eltsine a changé plusieurs fois de premier ministre, le dernier de la série étant Vladimir Poutine, qu'il avait auparavant nommé chef des services secrets. À la fin de 1999, il annonce sa démission au profit de Poutine, qui prendra définitivement les rênes du pouvoir après avoir remporté la présidentielle anticipée de mars 2000.

«Boris Eltsine était un animal politique remarquable, qui avait eu le sens politique de se faire élire au suffrage universel, ce que n'avait jamais fait Gorbatchev, reconnaît Jacques Lévesque.

«Certes, il a présidé au démantèlement de l'URSS, reconnaît également l'universitaire, en notant que le processus démocratique avait été lancé par Gorbatchev dans des conditions beaucoup plus difficiles.»

***

Avec l'Agence France-Presse, Reuters et la Presse canadienne


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Eltsin comme fossoyeur de l'Empire du mal? - par Serge Loutch
Le mardi 24 avril 2007 10:00

Je ne sais pas qui a fait le choix... - par Jacques Gagné
Le mardi 24 avril 2007 10:00

Un grand homme POUR SON PAYS!!!;))) - par Francine Larouche
Le mardi 24 avril 2007 10:00

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