Keep Austin weird

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Éric Desrosiers
Édition du mardi 24 avril 2007

Mots clés : Texas, Austin, Mondialisation, États-Unis (pays)

Le dôme du Capitol d'Austin - six pieds plus haut que celui de Washington! - se dessine derrière des échafaudages.

Photo: Agence France-Presse

Austin, Texas -- La ville a beau être la capitale du Texas, elle est logée au milieu de collines verdoyantes, elle a fait fortune dans le monde de l'informatique, elle a l'une des populations les plus éduquées du pays, elle est un repère d'environnementalistes et d'artistes, elle se vante d'être le paradis des marcheurs, et elle vote démocrate à chaque élection. Elle est différente et elle l'assume. Sa devise non officielle est: Keep Austin weird.

Austin a, semble-t-il, toujours aimé faire les choses différemment. Le fait que plus de 40 % des personnes âgées de 25 ans et plus y détiendrait un diplôme universitaire, comparativement à une moyenne de 27 % aux États-Unis, aide sans doute les choses aussi.

Cela tient à la forte présence des étudiants de l'Université du Texas à Austin. Ses nombreuses entreprises technologiques et sa qualité de vie attirent également un flot continuel de jeunes familles et de retraités éduqués. Le développement fulgurant de Dell Computer et des autres entreprises informatiques de la région a fait passer la population de la petite ville de banlieue de Round Rock, où se trouve le coeur de que l'on appelle Silicon Hills, de 2800 à 90 000 habitants en l'espace de 30 ans.

Tous ces gens arrivent principalement des autres villes du Texas, comme Houston et Dallas. Un grand nombre arrivent aussi de la Californie où les gens en ont assez du prix des maisons, des impôts et des bouchons de circulation et sont attirés par le soleil, la nature et les nombreux festivals culturels d'Austin.

La saucisse Hygrade

«Au moment de l'éclatement de la bulle technologique, il s'est perdu 30 000 emplois presque d'un coup», se rappelle Tony Schum, directeur adjoint à la chambre de commerce d'Austin. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que presque personne n'est parti. Les gens ont préféré rester ici, quitte à devoir créer leurs propres entreprises.»

La région métropolitaine de 1,5 million d'habitants n'a toutefois pas tardé à retrouver son erre d'aller, dit Tony Schum. «On s'était fixé un objectif de 72 000 nouveaux emplois en cinq ans. On a dépassé 81 000 après seulement trois ans.»

Depuis l'éclatement de la bulle technologique, on cherche à diversifier autant que possible l'économie de la région. On espère notamment l'arrivée imminente d'une école de médecine qui aiderait le développement d'une industrie des sciences de la vie comme à Houston.

Le succès de la région ressemble à celui de la saucisse Hygrade, explique Joe Vining, vice-président de la chambre de commerce de Round Rock. «Notre croissance économique est plus forte parce que nous avons plus de main-d'oeuvre qualifiée, et nous attirons plus de main-d'oeuvre qualifiée parce que notre économie est plus forte.»

Comme ailleurs au Texas, le principal défi de la région est d'arriver à garder le contrôle de sa croissance. L'un des principaux problèmes est la saturation du réseau de transport. L'autoroute I-35, surnommée «l'autoroute de l'ALENA» parce qu'elle va du Mexique jusqu'en Alberta, commence à son tour à être affectée par les bouchons le matin et le soir.

Le succès économique de tout le sud-ouest des États-Unis, la proximité de la frontière mexicaine et les différences de taux de natalité posent également de façon de plus en plus aiguë le problème de l'intégration sociale et économique de la population hispanique plus pauvre, poursuit Tony Schum. «Le Texas change plus vite que le reste du pays, note-t-il. Les enfants d'origine hispanique seront bientôt plus nombreux que les Blancs dans nos écoles.»

On ne peut espérer régler de tels problèmes sans l'intervention de l'État, pense Eliot Shapleigh, sénateur démocrate d'El Paso à la législature du Texas. «Ce n'est pas un hasard si le Texas se classe 50e sur 50 États en matière de dépenses publiques par habitant et qu'il arrive premier pour la plus forte proportion de sa population [25 %] dépourvue de toute forme d'assurance maladie.»

Le Capitol à Austin a beau avoir été construit six pieds plus haut que celui de Washington, les Texans se sont jusqu'à présent fait une fierté et un devoir de garder leurs gouvernements aussi petits que possible. Les seuls revenus dont ils disposent pour le moment sont ceux de l'impôt foncier, dont le taux a été plafonné et où la limite est déjà atteinte à plusieurs endroits. L'État se finance à même une taxe à la consommation de 6,26 %, à laquelle les autorités locales peuvent ajouter un maximum de 2 %.

Certains voudraient que le Texas se donne un impôt sur le revenu des particuliers. On ne parle de rien d'extravagant. Cet impôt aurait des taux similaires à ceux de l'Oklahoma ou du Nouveau-Mexique voisins allant de 0,5 % pour les plus faibles revenus à 5,6 % pour les plus riches.

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Demain: Silicon Valley


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