France: retour au duel droite-gauche
Mots clés : Sarkozy, Royal, François Bayrou, Élection, France (pays)
Sarkozy obtient un score historique; Royal se qualifie pour le second tour

Photo: Agence Reuters
Le candidat d'extrême droite, Jean-Marie Le Pen, qui avait provoqué la surprise en 2002 en battant le socialiste Lionel Jospin, obtient un de ses résultats les plus médiocres, avec seulement 11 % des voix.
Les résultats d'hier annoncent un net retour à l'affrontement entre la droite et la gauche. Les candidats du Parti socialiste et de l'UMP peuvent tous deux revendiquer une victoire. Nicolas Sarkozy égale presque le résultat de Valéry Giscard d'Estaing en 1974 (32,8 %) alors que Ségolène Royal fait oublier le spectre d'un nouveau 21 avril 2002.
«En me plaçant en tête de ce premier tour et en plaçant Mme Royal en deuxième position, [les Français] ont marqué clairement leur souhait d'aller au bout du débat», a déclaré Nicolas Sarkozy. Selon lui, les Français ont voulu choisir «entre deux idées de la nation, deux systèmes de valeurs, deux conceptions politiques». L'homme qui avait radicalisé son discours pour accaparer des voix du Front national a appelé la population à se rassembler «autour d'un nouveau rêve français». Il a dit vouloir protéger les Français et construire «une France qui ne laissera tomber personne».
De Melle, dans les Deux-Sèvres, Ségolène Royal a estimé qu'«une nouvelle campagne s'ouvre». Elle s'est posée en candidate de l'alternance et a tendu «la main à tous ceux qui pensent [...] qu'il est non seulement important mais urgent de quitter un système qui ne marche plus». S'adressant aux centristes, elle a appelé à un «rassemblement» qui puisse «réformer la France sans la brutaliser» et «faire triompher les valeurs humaines sur les valeurs boursières». Faisant allusion à Nicolas Sarkozy, elle appelle à «rendre le sourire à notre pays» en posant en «garante d'un État impartial».
L'homme qui détient la clef du second tour, François Bayrou, a salué la naissance d'une nouvelle force politique. «Il y a enfin un centre en France, un centre large, fort indépendant. [...]. Je mettrai toutes mes forces à rénover la politique française.» Celui qui dit qu'il ne «reviendra pas en arrière» a lancé un appel tout particulier à la «rénovation» des institutions politiques.
Le candidat d'extrême droite, Jean-Marie Le Pen, semblait visiblement de mauvaise humeur. «Je croyais que les Français étaient assez mécontents [...] Je m'étais trompé», a-t-il laissé tomber. Il fera connaître sa consigne de vote le 1er mai prochain, lors de la manifestation traditionnelle du Front national en l'honneur de Jeanne d'Arc. «Les électeurs du Front national ne se vendront à personne», souligne sa fille Marine Le Pen.
Selon un premier sondage IPSOS réalisé immédiatement après la fermeture des bureaux de scrutin, Nicolas Sarkozy pourrait l'emporter dans deux semaines avec 54 % des voix contre 46 % pour Ségolène Royal. Seulement 45 % des électeurs centristes disent pour l'instant favoriser Ségolène Royal, contre 39 % pour Nicolas Sarkozy.
Dès hier, il apparaissait évident que Nicolas Sarkozy avait adopté un discours plus rassembleur. Sa rivale socialiste, qui a fortement bénéficié du «vote utile» de la gauche, semblait devoir, elle, se positionner comme la candidate de l'alternance. «Ségolène est maintenant la seule candidate du changement», selon son conjoint, le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande. Ségolène Royal fait presque dix points de plus que Lionel Jospin en 2002 et à peu près le même résultat que François Mitterrand en 1981. Mais le total des voix de gauche (sans compter l'UDF, centre droit) ne dépasse pas 36 %.
La clef de l'élection se trouve donc au centre. L'ancien ministre socialiste Dominique Strauss-Kahn, très estimé de François Bayrou, appelle à construire «cette maison du renouveau». L'ancien ministre Jack Lang estime qu'«il faut un rassemblement large contre le candidat du gouvernement sortant». Selon le député vert européen Daniel Cohn-Bendit, Ségolène Royal «doit trouver les mots pour rassurer la gauche et gagner le centre».
À droite aussi, les appels en direction de l'UDF se multiplient. «La main est tendue, la porte est ouverte», a dit la porte-parole de l'UMP, Rachida Dati. L'UMP a envoyé hier sur les plateaux de télévision ses porte-parole les plus modérés.
Mais l'UDF entend négocier chèrement l'appui de ses 7 millions d'électeurs. Cette nouvelle force politique ne «sera pas le strapontin de l'un ou de l'autre», dit Hervé Morin, représentant de l'UDF. François Bayrou devrait s'exprimer plus longuement mercredi.
À l'extrême gauche, seul le candidat de la Ligue communiste révolutionnaire, Olivier Besancenot, avec 4 % des voix, a égalé son résultat de 2002. Avec moins de 2 % des voix, le Parti communiste n'est plus qu'une force parmi d'autres noyée parmi des partis microscopiques. La plupart de ces candidats ont d'ailleurs déjà appelé au ralliement contre Nicolas Sarkozy. Rue de Solférino, devant le quartier général du parti, quelques milliers de militants socialistes ont attendu leur candidate en fêtant jusque tard dans la soirée.
À 85 %, la participation au vote est la plus forte depuis 1965. Les 44,5 millions d'électeurs se sont littéralement rués sur les bureaux de scrutin. De longues queues se sont formées tôt le matin. Par rapport à 2002, les listes comptaient 3,3 millions d'électeurs de plus, probablement en raison du mouvement d'inscription qui avait suivi les émeutes de novembre 2006. Il semble que les catégories populaires se soient rendues massivement aux urnes qu'elles avaient désertées en 2002. Certains bureaux ont même dû demeurer ouverts après 20h.
À partir d'aujourd'hui s'engage une nouvelle campagne qui durera deux semaines, jusqu'au 6 mai. Un débat télévisé est notamment prévu le 2 mai entre les deux candidats.
Correspondant du Devoir à Paris
Vos réactions
90% devraient voter au second tour ! - par Marcel Lemerise
Le lundi 23 avril 2007 12:00
Ben coudont!!!;))) - par Francine Larouche
Le lundi 23 avril 2007 09:00
La droite monte partout! - par ()
Le dimanche 22 avril 2007 23:00

