La «haine en héritage»
Mots clés : Muhammadu Buhari, présidentielle, Élection, Nigéria (pays)
L'opposition et les observateurs rejettent en bloc les résultats de la présidentielle au Nigeria

Photo: Agence Reuters
Les Nigérians, dont le pays a connu trois décennies de régime militaire, espéraient pourtant vivre un tournant démocratique à la faveur de sa première transition entre deux présidents civils.
Mais pour Ken Nnamani, président du Sénat, le pays a manqué l'occasion d'être un exemple pour l'Afrique. «On aura la haine en héritage. Les gens détesteront le nouveau gouvernement et il y aura une crise de légitimité», a-t-il dit. Des observateurs locaux ont estimé eux que l'élection présidentielle s'était déroulée de façon inacceptable et devait être annulée, tandis que le président du Sénat affirmait qu'elle laisserait en héritage haine et ressentiment.
D'après l'Institut républicain international (IRI), un groupe d'observateurs basé aux États-Unis, le scrutin a été loin de remplir les critères internationaux et ne correspond pas même aux précédentes élections organisées dans le pays le plus peuplé d'Afrique.
«Les élections au Nigeria des 14 et 21 avril sont en dessous des normes fixées par les précédentes élections nigérianes et en dessous des normes internationales observées par l'IRI sur toute la surface du globe», indique l'IRI dans un communiqué en faisant allusion également aux élections gouvernatoriales du week-end précédent.
«Nous allons demander qu'on recommence l'élection. On ne peut pas se fonder sur les résultats de la moitié du pays pour annoncer qui est le nouveau président», a déclaré de son côté Innocent Chukwuma, président du Transition Monitoring Group (TMG), principal groupe local d'observateurs qui avait déployé plus de 10 000 personnes dans le pays. Des observateurs de l'UE ont fait état de violences, de bourrages d'urnes et d'une grave pénurie de bulletins de vote.
Mais le gouvernement a rejeté ces critiques en estimant qu'elles s'inscrivaient dans un projet de coup d'État. Pour étayer ses dires, il s'appuie sur la tentative avortée d'attentat au camion-citerne samedi contre le siège de la commission électorale (INEC).
L'INEC a reconnu que des retards avaient affecté la livraison de matériel dans plusieurs régions, mais son président s'est dit satisfait du scrutin: «L'élection a été libre et équitable. Personne n'a été molesté.»
Dans l'État de Rivers, le premier à publier ses résultats, Umaru Yar'Adua, candidat du Parti démocratique du peuple (PDP) au pouvoir, l'emporte à une écrasante majorité. Ce discret gouverneur de l'État de Katsina a été désigné par le président Olusegun Obasanjo, empêché par la constitution de briguer un troisième mandat. Il y aurait obtenu 1,84 million de voix, contre 55 429 pour Buhari et 53 322 pour Abubakar.
Ancien chef de la junte militaire au pouvoir de 1983 à 1985, Buhari, qui avait perdu l'élection présidentielle en 2003 face à Olusegun Obasanjo, a précisé qu'il allait rencontrer les autres dirigeants de l'opposition lundi à Abuja, la capitale fédérale, pour convenir de la conduite à suivre.
Sans attendre l'issue de ces discussions, il a cependant réclamé la tenue d'une nouvelle élection présidentielle avant le 29 mai, le jour où expirera le mandat d'Obasanjo. «Il est probable que [ce scrutin] assène un coup fatal à la démocratie nigériane», a-t-il ajouté de son domicile de Daura, dans l'État de Katsina.
Une quinzaine de personnes ont été tuées dans divers incidents liés au scrutin de samedi. Une cinquantaine avaient péri au cours de violences pendant les élections régionales qui avaient lieu une semaine plus tôt.

