La France au centre
Mots clés : Ségolène Royal, Le Pen, Sarkozy, Élection, France (pays)
Au Québec, fin mars 2007, les citoyens ont boudé les bureaux de scrutin. En France un mois plus tard, ils se sont rués aux urnes. Avec un taux de participation de 85 %, les Français ont inversé hier une tendance constatée depuis plusieurs années dans de nombreux pays démocratiques: en Occident, la participation aux élections et consultations populaires est en baisse constante.
Dans les pays à vote non obligatoire, un tel taux de participation «libre» est presque un record du monde.
Les Français du 22 avril 2007 ont été, proportionnellement, les plus nombreux à voter en un demi-siècle de Ve République. En ce qui a trait à la participation, dans l'histoire du monde libre, il n'y a guère que les Québécois à avoir fait mieux, lors du score phénoménal de 94 % atteint au référendum du 30 octobre 1995.
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Le paradoxe du vote français, c'est que ce réinvestissement, par le peuple, des urnes pour exprimer son sentiment -- que ce soit de l'écoeurement ou un choix positif -- s'est fait dans un contexte de «désidéologisation» des discours. Désidéologisation ou, à tout le moins, confusion idéologique et abondantes zones grises entre gauche et droite...
Nicolas Sarkozy, qui a obtenu un réel succès en arrachant un gros bloc d'électeurs à Jean-Marie Le Pen, et Ségolène Royal, qui a conjuré le spectre du 21 avril 2002 en se qualifiant au second tour, ont tous deux répété hier soir qu'ils étaient ô combien différents l'un de l'autre... Pourtant, en les écoutant déclarer, par exemple, que la France doit concilier efficacité économique et solidarité envers les plus faibles, on avait l'impression de discours qui paraissent -- à quelques slogans et à quelques inflexions près -- pratiquement interchangeables.
Des phrases comme «Il faut que la France retrouve son optimisme et fasse le choix de l'audace», ou encore «Il faut faire triompher la République du respect» auraient pu être prononcées par l'un ou l'autre des deux finalistes. Cela ne signifie pas que Nicolas et Ségolène soient forcément pareils -- ils ne le sont pas --, mais montre qu'au-delà des différences familiales ou historiques, la gouverne moderne appelle, de tous bords, un discours et des solutions qui, souvent, diffèrent beaucoup moins qu'on ne le pense.
D'où les considérations, abondantes, sur la personnalité des candidats, qui souvent passent avant les considérations programmatiques. «L'homme qui inquiète», affichait Le Devoir en manchette samedi... Sarkozy est-il l'imprévisible fou caractériel que l'on dit? «Explosera-t-il en plein vol», au détour d'une colère ou d'une attaque d'apoplexie, comme l'avait déjà chuchoté le président sortant Jacques Chirac?
Quant à Ségolène Royal, est-elle vraiment l'outre pleine de vent, la Madone lyrique mais sans idées que l'on dit? Peut-elle remédier, par exemple, à son inculture internationale en s'entourant un peu mieux, et en faisant attention avant de parler (un exemple: questionnée sur les prises d'otages français en Afghanistan, elle avait déclaré début avril... qu'il faut «mettre la pression sur le régime des talibans»)?
Parce que -- au-delà des programmes et des idéologies --, c'est aussi sur des détails comme ça que les gens votent...
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Au premier tour en 2002, la protestation française avait pris la forme d'une assez forte abstention et d'un vote extrémiste sans précédent: près de 15 % (en suffrages combinés) pour une nuée de candidats d'extrême gauche qui avaient «saigné» Lionel Jospin (le candidat socialiste malheureux), plus un score historique de 17,9 % pour Jean-Marie Le Pen, qui passait au second tour.
En 2007, le bloc «extrême gauche» est tombé à 10 % (ce qui reste quand même énorme pour un pays occidental). Le bloc Le Pen, lui, s'est dégonflé à 11 %... C'est que le «vote utile» est passé par là, qui a poussé de nombreux électeurs à se comporter au premier tour... comme s'ils étaient au second tour.
Cette fois, la protestation s'est exprimée d'une façon différente: par un taux de participation exceptionnel, et par l'irruption d'un «vrai centre» en la personne de François Bayrou (18 %). Un centre qui ne pencherait plus automatiquement -- comme par le passé -- vers la droite aux moments décisifs, et qui s'affirmerait comme une véritable nouveauté politique et idéologique.
Ce gros bloc d'électeurs centristes sera l'arbitre essentiel du second tour. A priori défavorisée, Ségolène Royal ne pourra gagner, le 6 mai, que si elle peut aller chercher une forte majorité de ces gens-là. Au prix, sans doute, d'une évolution idéologique qui serait peut-être une bonne nouvelle pour la France. Cette France attachée aux vieux clivages, mais qui se cherche au centre.
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François Brousseau est chroniqueur et affectateur responsable de l'information internationale à la radio de Radio-Canada.
francobrousso@hotmail.com
Vos réactions
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Qui a écrit quoi ? - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le lundi 23 avril 2007 12:00
85% au 2e tour ? - par Pierre de Bellefeuille
Le lundi 23 avril 2007 08:00

