Les aînés boudent leur ministère

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Antoine Robitaille
Édition du samedi 21 et du dimanche 22 avril 2007

Mots clés : Action démocratique du Québec, Fédération de l'âge d'or du Québec, Gouvernement, Ministère, Québec (province)

La commission d'enquête proposée par l'ADQ ne vaut guère mieux, estime la Fédération de l'âge d'or

Marguerite Blais

Québec -- La Fédération de l'âge d'or du Québec (FADOQ) déplore que le gouvernement ait nommé de façon «précipitée» une ministre uniquement responsable des aînés. La FADOQ estime que cela ressemble à une «promesse électorale vitement remplie: est-ce que cette ministre-là va avoir un portefeuille quelconque? Quels vont être ses moyens d'action? Il y a tellement de nébulosité autour de ce dossier que ça ne fait pas très sérieux», a déclaré hier la directrice générale de la FADOQ, Martine Langlois.

Nommer un ministre responsable des aînés était une des promesses électorales phares du Parti libéral, qui cherchait entre autres à contrecarrer l'Action démocratique, dont le chef Mario Dumont promettait depuis des mois de lancer une grande commission d'enquête sur les conditions de vie des aînés. Des candidats libéraux ont beaucoup insisté sur ce point. Karl Blackburn, défait dans Roberval, est allé jusqu'à affirmer, dans un discours de fin de campagne, que «les personnes âgées sont le fondement de notre société». La promesse a été remplie dès mercredi lorsque Marguerite Blais, ancienne présidente du Conseil de la famille et de l'enfance et ancienne animatrice de télévision, a obtenu le titre de ministre responsable des aînés.

Les premières réponses de la ministre Blais ont toutefois laissé Mme Langlois perplexe. En effet, après son assermentation, mercredi, Mme Blais disait ignorer non pas le détail de ses dossiers -- «ce qui est normal lorsqu'on vient d'être nommé», a convenu Mme Langlois -- mais ce qu'elle allait administrer concrètement. Aurait-elle des fonctionnaires sous sa gouverne? «Il n'y a pas de ministère comme tel. Je ne le sais pas encore», avait-elle répondu. Relèvera-t-elle d'un autre ministre? «Je ne peux pas vous répondre avec précision. J'ai comme l'impression que je vais relever du ministère de la Famille. Il n'y aura pas une nouvelle structure de créée.»

Mme Langlois qualifie ce comportement d'«un peu aberrant». «Ça démontre leur peu de préparation [...]», a-t-elle commenté hier. Selon Mme Langlois, le gouvernement a semblé vouloir remplir «vitement sa promesse électorale, un peu par-dessus l'épaule. Ils se sont dit: "On va créer ça et ils vont être contents"».

Il a été impossible de joindre Mme Blais hier. Au cabinet du premier ministre, on a répondu que celle-ci n'avait pas encore d'attaché de presse. Quant au type de ministère envisagé pour les aînés, aucun scénario n'était encore ébauché. La ministre responsable récupérera-t-elle toute la portion du budget du ministère de la Famille dédiée aux «aînés»? «Il faut attendre le budget et les crédits», a répondu hier l'attaché de presse du premier ministre, Hugo d'Amours, soutenant qu'il ne faut pas précéder le processus budgétaire.

En détachant le dossier des aînés de celui de la famille, Mme Langlois déplore qu'on donne l'impression que les personnes âgées sont «en dehors de la famille». On risque selon elle de les «infantiliser» parce qu'elles sembleront former un groupe dont il faut «s'occuper». Ainsi, on envoie le signal selon lequel elles ne sont pas «membres à part entière de la société et de la famille», soutient-elle.

Mme Langlois met également en relief un effet pervers probable de la nomination d'un ministre responsable: les autres ministres pourront désormais dire aux organismes comme la FADOQ de s'adresser à «leur» ministre et, ainsi, «ils pourront se laver les mains des questions relatives aux aînés». Dans un communiqué publié jeudi soir, le président de la FADOQ, Ernest Boyer, écrivait que le fait d'avoir une ministre désignée aurait l'effet pervers de «réduire l'accès des aînés à l'appareil gouvernemental».

Mme Langlois soutient de plus que l'existence d'un tel ministre responsable pourrait faire double emploi. Des organismes défenseurs des aînés existent déjà: «Il y a le Secrétariat aux aînés, qui conseille différents ministères. Il existe aussi le Conseil des aînés. Donc, il y a déjà des éléments qui sont en place et qui ont été créés pour s'assurer que chacun des ministères ait une préoccupation "aînés"», fait-elle remarquer. Le travail de détachement du dossier des aînés de celui de la famille constitue une «perte de temps», soutient Mme Langlois, qui se demande ce qui arrivera aux organismes déjà existants.

L'ADQ n'est pas mieux

Mme Langlois s'est aussi dite déçue de la ministre Blais, qui a déclaré qu'elle songeait à appuyer le projet adéquiste d'une grande commission d'enquête publique sur les conditions de vie des aînés. On se souvient qu'en campagne électorale, Mario Dumont avait promis que s'il était élu, ce serait un de ses «premiers gestes». Le chef adéquiste parlait d'une commission de l'envergure de la commission Parent -- sur l'instruction publique, lancée en 1961--, qui aurait pour but de «déclencher une vaste réflexion pour une nouvelle culture en matière d'hébergement et de soins pour les aînés».

La directrice générale de la FADOQ estime toutefois que cette enquête serait une perte de temps et d'argent. D'autres organismes ont déjà fait ce travail, la Commission des droits de la personne, par exemple. Le Conseil des aînés a justement fait une grande enquête l'an dernier, dit Mme Langlois: «Il a parcouru le Québec, a rencontré à peu près 1000 personnes justement pour savoir comment les aînés voulaient qu'on traite leur dossier. Il y a eu un gros rapport d'émis sur ce sujet-là, qui a été remisé sur une tablette. On pourrait peut-être, au lieu de faire une enquête publique, ressortir ce rapport-là», a-t-elle dit hier. Cela, a-t-elle ajouté, permettrait d'économiser des sous -- une préoccupation de l'ADQ --, «qu'on pourrait peut-être utiliser pour l'amélioration de la vie en CHSLD», a-t-elle souligné.

La nouvelle critique adéquiste pour les aînés, la députée Ginette Grandmont (Masson), a confié hier au Devoir qu'après avoir examiné les enquêtes qui existent déjà, l'opposition officielle décidera si elle continue ou non de réclamer une grande enquête. «Si on juge que le travail qui a été fait n'est pas suffisant, vous pouvez être sûrs qu'on va revenir à la charge», a noté Mme Grandmont, qui dit avoir été «aidante naturelle». Elle a ajouté avoir espoir que le gouvernement accordera les budgets nécessaires à la ministre responsable des aînés. En campagne électorale, l'ADQ avait proposé de débloquer chaque année un budget additionnel de 20 millions de dollars pour appuyer les «aidants naturels».

Notons enfin que d'autres organismes se sont montrés enthousiastes devant la création d'un poste de ministre responsable des aînés. C'est le cas de l'Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic, qui a publié dès jeudi soir un communiqué pour répondre à la FADOQ. L'AQRP a félicité Mme Blais et en a profité pour demander à la nouvelle ministre de réclamer, pour l'ensemble des retraités de l'État, le même niveau d'indexation de leur rente que celui qui sera accordé à la majorité des nouveaux députés québécois.


Vos réactions


C'est fou - par Yvon Dionne
Le samedi 21 avril 2007 18:00

Des questions sans réponse - par claude Camps
Le samedi 21 avril 2007 17:00

Laissez donc la chance au coureur (ou plutôt à la courreuse) - par Nicolas Thibodeau
Le samedi 21 avril 2007 14:00

Acceptons avec joie Mme Marguerite Blais et regroupons-nous pour parler d'une seule voix. - par André Julien (andrejulien@hotmail.com)
Le samedi 21 avril 2007 13:00

Le point de vue d'un aîné et retraité de la fonction publique du Québec - par ROBERT DE BLOIS (rdeblois1@sympatico.ca)
Le samedi 21 avril 2007 08:00

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