Une ressource essentielle - Manquerons-nous d'eau un jour ?
Mots clés : populations, Jour de la Terre, Changements climatiques, Eau, Québec (province)
Les changements climatiques provoqueront « de graves pénuries d'eau chez les populations et les agriculteurs »

Photo: Jacques Grenier
Diminution de la ressource ou pénurie ?
«Nous savons maintenant qu'on assistera à d'importantes diminutions des pluies et des précipitations à la suite des changements climatiques, rapporte Chandra Madramootoo, chercheur au Centre Brace. Or, d'après nos modèles mathématiques, nous calculons que cela provoquera de graves pénuries d'eau chez les populations et les agriculteurs, et ce, autant dans l'Ouest canadien qu'en Chine, en Inde, au Mexique et en Afrique.»
C'est dire que, alors qu'on prévoit l'élévation du niveau des océans, les spécialistes voient en même temps venir d'importantes baisses du niveau des réserves d'eau douce à l'intérieur des continents. «Au Canada, rapporte le chercheur, cette diminution aura de grands impacts. On observera notamment la baisse du niveau des lacs et des grandes rivières, dont celui du fleuve Saint-Laurent, ce qui engendrera des problèmes de navigation pour les navires de grande taille. De surcroît, les municipalités auront de plus en plus de difficultés à approvisionner leur population en eau. Et lorsqu'il y a moins d'eau dans un lac ou une rivière, les polluants qui s'y trouvent sont encore plus concentrés. Et bien sûr, on aura également des problèmes d'irrigation et de production des aliments...»
Or, M. Madramootoo, qui est également doyen de la faculté des sciences de l'agriculture et de l'environnement de McGill, est l'un des rares spécialistes mondiaux en irrigation. «Je m'intéresse à cette technique parce que, au Canada comme à l'étranger, il est essentiel de faire de l'irrigation pour augmenter les récoltes de légumes, de fruits, de céréales, etc. Je pense qu'à l'avenir, on devra augmenter de beaucoup nos capacités d'irrigation justement à cause des effets qu'entraîneront les changements climatiques. En fait, l'irrigation deviendra vitale si nous voulons continuer de produire, ici même au Canada, au Québec et partout ailleurs, les aliments dont nous avons besoin.»
Une nouvelle gestion s'impose
Par conséquent, les chercheurs du Centre Brace ciblent un certain nombre de domaines d'étude particulièrement critiques. «Tout d'abord, relate Chandra Madramootoo, nous travaillons sur un programme de recherches sur les quantités d'eau disponibles maintenant et dans l'avenir, compte tenu des effets des changements climatiques. Un autre volet de nos recherches porte sur l'étude des conséquences de différentes pratiques agricoles sur la qualité de l'eau en milieu rural. Nous nous intéressons également à la pollution générée par les fumiers et les engrais, en étudiant les concentrations de nitrate et de phosphore dans les rivières et les lacs du Québec, du Canada et dans le monde. Par ailleurs, un tout autre volet porte sur la gestion de l'eau; dispose-t-on des mécanismes de gouvernance, aux niveaux fédéral, provincial et municipal, qui nous permettent d'améliorer la gestion de l'eau? Nos structures politiques actuelles permettent-elles d'améliorer la préservation de l'eau et d'impliquer les populations dans les processus décisionnels? Enfin, on étudie aussi l'impact des bactéries, des pathogènes et des virus dans l'eau, et sur la santé humaine...»
Le Centre Brace réalise autant des travaux fondamentaux qu'appliqués. «Bien souvent, raconte le prof Madramootoo, nous mettons d'abord au point une solution dans nos laboratoires, puis nous l'essayons sur le terrain. Par exemple, nous pouvons chercher dans nos laboratoires une technique de conservation de l'eau, puis nous l'appliquons sur une ferme, dans une usine ou auprès d'une municipalité afin de vérifier si elle produit bien les résultats escomptés. Nous développons aussi en laboratoire des modèles mathématiques qui permettent de simuler différentes pratiques, pour finalement essayer des méthodes sur le terrain ou en usine...»
Irriguer autrement
Ainsi, les chercheurs de McGill se préoccupent autant de déterminer la quantité d'eau dont nous disposerons dans l'avenir que de trouver des solutions, par exemple, pour conserver l'eau afin de répondre aux besoins des populations ou développer des méthodes d'irrigation hautement efficaces.
«Personnellement, ajoute M. Madramootoo, je pense qu'à l'avenir on recourra davantage à l'irrigation à cause des changements climatiques. Cela deviendra très, très important si nous voulons produire suffisamment d'aliments au Québec, au Canada et dans le monde.»
Il souligne en outre que rares sont les chercheurs qui, comme lui, se spécialisent dans les techniques d'irrigation. «Or, j'estime qu'il est fort important de comprendre la nécessité de développer de nouvelles techniques d'irrigation ainsi que des méthodes de conservation de l'eau dans le sol en utilisant par exemple différents types de labours», indique-t-il.
Parmi les façons de faire face aux pénuries d'eau en agriculture, Chandra Madramootoo avance l'idée qu'on pourrait génétiquement modifier les plantes afin de réduire les quantités d'eau dont elles ont besoin. «Mais est-ce possible?, se demande-t-il. Pour le savoir, il est essentiel de développer nos connaissances sur la physiologie des plantes...»
C'est dire aussi que, si tout se passe comme on l'entrevoit au cours des prochaines décennies, on assistera paradoxalement à des pénuries d'eau sur les continents en même temps qu'à la montée des eaux des océans. Malheureusement, cette dernière étant salée, on ne pourra l'utiliser pour irriguer nos sol. «Dessaler de l'eau coûte extrêmement cher, d'indiquer M. Madramootoo. Par conséquent, il ne peut s'agir d'une solution viable. Il nous faut donc absolument apprendre à utiliser de façon très efficace toute l'eau [potable] dont nous disposerons!»
Collaborateur du Devoir
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