Bilan pour une planète Terre - Du triste sort réservé au vivant
Mots clés : panète, Jour de la Terre, Climat, Festival et fête, Québec (province)
L'humain doit minimiser son empreinte écologique
Le Jour de la Terre prend d'autant plus d'ampleur, année après année, que la crise écologique mondiale s'amplifie, que plusieurs signaux d'alarme passent du jaune au rouge et que les décideurs semblent se laisser distancer de plus en plus par une population qui n'est pas toute mobilisée, loin de là...En réalité, cette implication de tous devra s'élargir et atteindre des sommets dont on a peu conscience aujourd'hui si on veut réduire notre ponction dans les ressources limitées de la planète. Et la réalité des prix croissants en cas de rareté des ressources ne réglera rien: cette réalité des prix ne peut pas sauver les baleines, la morue ou les grands singes.
C'est l'atteinte de ces seuils critiques, ceux qui vont faire disparaître des espèces ou des écosystèmes, que nous pouvons faire reculer dans le temps, ou éviter carrément, en minimisant dès maintenant notre empreinte écologique sur la planète, ce à quoi nous convie chacun de notre côté le Jour de la Terre.
Sinon ?
Les signaux sont nombreux et ne mentent pas.
Les rapports successifs de l'ONU, qui en effraient plusieurs même s'ils constituent en réalité des bilans généralement conservateurs, témoignent tous du déclin croissant des «services biologiques» que nous rendent les mers sous forme de nourriture, les forêts en moisson d'arbres et de fruits, les forêts tropicales en patrimoine génétique pour nos médicaments et notre industrie, les forêts boréales pour nos livres, maisons et journaux, et nos milieux humides comme assise première de la chaîne alimentaire.
Cette réduction de la vitalité globale de la planète atteignait déjà 60 % en 2005, ce qui implique que nous avons déjà franchi, dans le cas de plusieurs écosystèmes, le seuil au-delà duquel ils n'arrivent plus ou presque plus à se reproduire par eux-mêmes. Le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC) prévoit même une autre perte de 20 à 30 % des espèces en moins de 100 ans.
Le rythme de disparition des espèces vivantes dépasse de 1000 fois celui de l'ère préindustrielle. Certains affirment que nous entrons dans la «sixième grande extinction», la dernière remontant à l'époque des dinosaures. La différence avec les précédentes grandes extinctions, c'est que la prochaine ne sera pas l'effet d'un cataclysme naturel mais de l'activité d'une espèce, d'une seule, la nôtre.
Des mégaproblèmes...
Jamais depuis la naissance de la Terre une espèce n'a eu le pouvoir de compromettre, par l'ensemble de ses activités, le tissu de relations qui unit toutes les autres en sapant comme maintenant les bases de leur survie par la pollution, la destruction des habitats naturels et les mégaproblèmes que sont l'amenuisement de la couche d'ozone et les changements climatiques.
Ce déclin du vivant sera d'ailleurs amplifié et non causé par les deux mégaproblèmes en question. Le rayonnement solaire accru stérilise les eaux douces et salées, tuant le phytoplancton et le zooplancton qui s'en nourrit. Or, ces deux maillons sont à la base de la chaîne alimentaire dont nous dépendons ultimement. Et les changements climatiques, en asséchant plusieurs régions, en inondant ou en érodant par le rehaussement des mers plusieurs zones littorales essentielles à certaines espèces et en modifiant les gradients thermiques de la planète, auront raison autant des ours polaires, privés de leurs banquises, que des forêts qui vivront une transition trop rapide ou des humains privés d'eau, d'agriculture et de ressources ou aux prises avec de nouveaux virus, bactéries et insectes, selon les régions.
Dresser pareil bilan relève pour plusieurs d'une approche inutilement alarmiste. Pourtant, tous ces problèmes ont été documentés et vérifiés par des scientifiques, des gouvernements et de grands organismes internationaux. Spontanément, nous récusons ce portrait qui nous renvoie l'image d'humains qui refusent de sacrifier un iota de leur confort, de réduire leur consommation, et qui s'interrogent le moins possible sur l'empreinte qu'ils laissent dans la nature.
... à la conscience des jeunes...
On peut aussi fuir cette réalité, faire comme si ces enjeux ne nous concernaient pas et refiler en réalité le problème à la génération future. Mais cette relève, sensée avoir mijoté dès son plus jeune âge dans les préoccupations liées à l'environnement, est-elle plus responsable que la précédente? Sans doute est-elle plus consciente que la précédente. Mais...
Un sondage réalisé pour le compte de Canon Canada par la maison Ipsos Reid indiquait cette semaine que la plupart des jeunes ne sont pas préoccupés par les problèmes écologiques autant qu'on le dit. Pas moins de 94 % d'entre eux se disent conscients de la nécessité de traduire les valeurs en actes. Mais dans les faits, 77 % des jeunes n'éteignent pas leur ordinateur, 41 % seulement réutilisent leur bouteille d'eau au lieu d'en acheter une autre, et 44 % ne prennent pas la peine de séparer leurs déchets des matières recyclables.
Pourtant, ils accusent, désabusés, les politiciens de ne pas donner suite à leurs engagements et, à 63 %, de minimiser les enjeux écologiques. Et 86 % d'entre eux pensent que la planète est loin d'avoir atteint ses limites, comme d'autres ont pensé avant nous que les richesses naturelles étaient inépuisables avant que forêts et morues ne plongent en déficit.
Mais les ados n'ont pas tort de penser que l'action des gouvernements est en deçà du discours.
... face à des gouvernements absents
Le dossier de la pollution, le premier auquel les gouvernements se sont attelés, se porte de moins en moins bien à plusieurs égards. On découvre des toxiques dont on ignorait les effets il y a dix ans ou qui déjouent toutes nos normes, comme les perturbateurs endocriniens. Plusieurs secteurs industriels ont réduit leurs émissions, comme le révèle l'Inventaire national des rejets polluants.
Mais plusieurs contaminants sont en hausse et l'Ontario, qui vient en tête du palmarès des grands pollueurs nord-américains, crache ses fumées et laisse filer ses effluents en direction du Québec. Le moindre accident dans un de ses nombreux réacteurs nucléaires ferait beaucoup de dommages au Québec en raison des vents dominants. Mais, bonne image du fédéralisme oblige, personne ne dénonce ces menaces à Québec. Ottawa relance les négociations avec les États-Unis sur la pollution atmosphérique transfrontalière pour préserver l'Ontario. Mais le gouvernement fédéral ne propose pas une attaque concertée sur la pollution transfrontalière ontarienne pour mieux protéger le Québec et le Nouveau-Brunswick.
Il y a pire. Québec et Ottawa se sont entendus pour amputer le quatrième Plan d'action Saint-Laurent du volet historique sur la dépollution industrielle, grâce auquel les deux gouvernements prenaient les entreprises en tenaille réglementaire et administrative. En tout, les deux gouvernements auront piloté conjointement la dépollution de 100 des centaines de grandes et moyennes entreprises polluantes avant de s'arrêter. Seulement deux des six plans de dépollution sectoriels ont été mis en place de-
puis 1989.
Et personne ne s'en émeut au Québec, même parmi les groupes écologistes qui ne relèvent jamais le fait que le Québec est encore un des rares États nord-américains à n'avoir aucun règlement d'application universelle concernant les rejets admissibles dans ses cours d'eau! Et pour cause, car Québec devrait alors moderniser plusieurs de ses usines d'épuration municipales et payer la facture. Et l'usine d'épuration de Montréal, pendant ce temps, continue d'y aller de 1500 à 2000 déversements d'eaux usées non traitées chaque année, faute de simples bassins de rétention et d'un procédé de stérilisation de son effluent, lequel, même traité, demeure une des plus grandes charges polluantes du Québec.
Quel espoir alors ?
Ces questions et bien d'autres mesures qui auraient un impact structurant sur nos politiques en matière d'environnement -- comme le fait de réunir une fois pour toutes les services fauniques et le ministère de l'Environnement pour augmenter radicalement la place que doivent y prendre les biologistes -- ne figurent jamais dans les programmes des partis politiques. Malheureusement, ces programmes visent rarement des réformes structurelles, qui modifieraient les choses en profondeur et pour de bon. Ils ressemblent plutôt à un étalage commercial de mets appétissants... dont la valeur nutritive demeure discutable.
Mais ce qui justifie l'espoir, c'est que la conscience des enjeux est sortie des milieux écologistes depuis 20 ans et a gagné la population, qui perçoit de plus en plus l'incohérence de certaines politiques telle la priorité accordée aux autoroutes en pleine bataille du climat. Cette conscience croissante et le désir des individus et des entreprises de minimiser de plus en plus leur empreinte écologique constituent, à n'en point douter, l'espoir fondamental d'une planète qui en a bien besoin.
Vos réactions
Les gouvernemtns bougent à la mesure de nos moyens - par Fernand Trudel
Le dimanche 22 avril 2007 10:00
Implication citoyenne - par Pierre de Bellefeuille
Le samedi 21 avril 2007 21:00
Écoquartiers - par Alain Vézina (vezinaal@videotron.ca)
Le samedi 21 avril 2007 18:00
Et l'implication politique ? - par Jean Baril
Le samedi 21 avril 2007 10:00
Tous et chacun doivent devenir des écologiste pas seulement une poigné de gens - par Pierre Véronneau (pierre.veronneau@videotron.ca)
Le samedi 21 avril 2007 10:00
Cher Louis-Gilles et chers lecteurs.... - par Suzann Méthot
Le vendredi 20 avril 2007 22:00

