535 millions pour Van Houtte

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

François Desjardins
Édition du vendredi 20 avril 2007

Mots clés : investisseurs, actionnaire, Van Houtte, Économie, Breuvage, Canada (Pays)

Prise avec une action qui faisait du surplace, la chaîne de bistros cherchait un partenaire depuis janvier

Après trois mois de recherches, Van Houtte a peut-être trouvé. Forcée de chercher un partenaire ou un acheteur pour en finir avec une action qui fait du surplace en Bourse, la chaîne de bistros fondée en 1919 a dévoilé hier ce qu'un mystérieux prétendant s'apprête à lui offrir: 535 millions.

Sommée par la Bourse de Toronto de faire le point sur sa situation après que les investisseurs se sont soudainement rués sur son titre mercredi matin, la compagnie de 1900 employés a répondu du bout des lèvres. Outre le prix proposé, le caractère exclusif des négociations et quelques détails techniques, rien n'a filtré. Pas même un indice sur l'identité de l'acheteur qui lui tourne autour.

«Le conseil d'administration a reçu plusieurs offres non exécutoires», a confirmé Van Houtte hier dans un bref communiqué qui évite de nommer les entreprises qui ont tourné autour d'elle. «Après les avoir examinées, il a accepté de signer une entente d'exclusivité avec l'une des parties intéressées», a-t-elle ajouté en précisant que rien n'assure l'aboutissement des négociations.

Fondée à Montréal par un immigrant français nommé Albert-Louis Van Houtte, la compagnie avait indiqué cet hiver qu'elle comprenait mal les raisons pour lesquelles son plan de développement nord-américain ne semblait donner que peu de souffle à son action. Parti de 11 $ en 2003, le titre avait grimpé jusqu'à 23 $ en 2005 avant de revenir à 17 $ en 2006. En janvier dernier, la société a donc conclu qu'il fallait envisager une vente ou un partenariat. La compagnie est contrôlée par la famille Van Houtte, qui possède 30 % des droits de vote, et par la Société Agro-Alimentaire Sogal, qui en détient 33 %.

Le mystérieux acheteur offre donc 25 $ par action. Puisqu'il y a 21,4 millions d'actions en circulation, la proposition vaut 535 millions. Les marchés ont réagi logiquement: alors que l'action s'était envolée bien au-delà de 25 $ au cours des derniers jours, elle est revenue sur terre. Elle a reculé de 9 % à 24,01 $, signe que les investisseurs ne s'attendent pas à une surenchère.

Qui donc est cet acheteur potentiel? En mars, le Globe and Mail avait cité des sources anonymes selon lesquelles l'acheteur serait étranger plutôt que canadien. La liste des compagnies intéressées était longue: le groupe alimentaire français Sodexho, la société vermontoise Green Mountain Coffee Roasters, l'italien Segafredo Zanetti et le groupe indien Tata. Ce dernier, toutefois, s'est récemment retiré de la course, selon le site Web spécialisé FlexNews. Dans un deuxième souffle, le Globe mentionnait les géants Sara Lee et Kraft, de même que le fonds d'investissement Thomas H. Lee.

Deux champs d'activités

Van Houtte occupe essentiellement deux champs d'activité. D'un côté, elle vend du café dans 4700 magasins et plus de 70 bistros. De l'autre, elle exploite un réseau de services de café dans les milieux de travail et divers espaces publics qui compte au total 75 000 clients actifs, tant au Canada qu'aux États-Unis. C'est ce deuxième segment qui génère la majeure partie de ses revenus.

Lors de son année financière terminée le 1er avril 2006, la compagnie a enregistré un chiffre d'affaires de 377 millions et engrangé un bénéfice de 22,5 millions. Les deux tiers des revenus sont attribuables au marché canadien alors que le reste l'est aux États-Unis.

Le marché du café n'est pas sans ses particularités. Si la dépendance de ses buveurs est quotidiennement prévisible, le prix du grain l'est moins, ce qui n'est pas sans donner des maux de tête aux entreprises qui en font elles-mêmes la torréfaction.

Car l'arrivée de nouveaux pays producteurs, notamment le Vietnam, a augmenté la production mondiale et contribué à faire baisser les prix. Alors qu'il coûtait environ 2 $US la livre en 1997, le café est descendu jusqu'à 62 ¢ en 2001. Les prix ont ensuite rebondi, remontant vite jusqu'à 1,20 $. «Compte tenu des récentes variations des prix du café sur les marchés des denrées, la direction a jugé prudent d'effectuer sans tarder les ajustements de prix de vente nécessaires à la préservation de nos marges [de profit]», a écrit Van Houtte pas plus tard qu'en janvier 2007.

Intégration et concurrence

Cette intégration verticale, a déjà fait valoir un analyste de la Banque Nationale, fait de Van Houtte une cible intéressante. Mais ses efforts visant à se tailler une place comme chaîne de classe supérieure n'ont pas nécessairement porté fruits, avait indiqué à Canadian Press un professeur de gestion de l'université McGill en janvier. Et dans la mesure où le marché compte de gros joueurs sans cesse insatisfaits de leur taille, la tâche n'est pas facile.

La concurrence est en effet féroce: les Tim Hortons, Second Cup et autres au nord de la frontière et les Starbucks et multiples chaînes régionales au sud. Le supermarché est un autre champ de bataille. À ce chapitre hier, le géant américain Starbucks a annoncé que ses produits seraient désormais disponibles dans certains magasins des grands supermarchés du pays, y compris Loblaws, IGA, Metro et Sobeys.

L'effervescence soudaine autour du titre de Van Houtte mercredi avait incité la Bourse de Toronto à demander à la compagnie de diffuser un communiqué pour faire le point sur sa situation. Alors qu'une séance moyenne voit 57 000 actions de Van Houtte changer de mains, voilà que le volume atteignait déjà 210 000 en milieu de journée. Lorsque les négociations ont été suspendues, l'action était en hausse de 5 %, à 26,25 $.

L'action a terminé hier en baisse de 9 % à 24,01 $. Van Houtte a tenu à préciser que le prix de 25 $ comporte une prime de 45 % par rapport au cours qu'affichait l'action avant l'annonce du processus de vente le 12 janvier. Jusqu'au 12 janvier, l'action se négociait autour de 17,25 $. Le jour de l'annonce, elle avait bondi de 20 % et n'a cessé de prendre de l'altitude depuis, alimentée par les rumeurs.

Si jamais les pourparlers échouent, l'acheteur devra verser une pénalité de cinq millions, a précisé Van Houtte.


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com