Vues d'Afrique: entretien avec Vittorio De Seta, réalisateur de Lettre au Sahara - Entre le chemin des oliviers et celui des immigrants

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André Lavoie
Édition du vendredi 20 avril 2007

Mots clés : Vittorio De Seta, Vues d'Afrique, Cinéma, Culture, Montréal

À plus de 80 ans, certains croyaient que le cinéaste italien Vittorio De Seta s'était résolument retiré dans ses terres, ce Napolitain d'origine prenant grand soin de ses oliviers en Calabre. C'est mal connaître ce dernier représentant encore vivant du courant néo-réaliste qui effectue un retour au long métrage de fiction, son premier depuis près de 30 ans, avec Lettre au Sahara, présenté aujourd'hui au Festival Vues d'Afrique.

Vittorio De Seta s'est d'abord fait connaître comme documentariste et tout au long de sa carrière, son regard sera teinté par ce souci du réel. Porté par son amour des petites gens, il fait sa marque dans les années 1950 avec une série de documentaires sur des paysans, pêcheurs et mineurs, tous originaires de cette Italie du Sud à la fois pauvre et fière. Il n'hésite pas à se moquer des frontières poreuses entre la réalité et la fiction, comme dans Journal d'un instituteur (1973) alors qu'un comédien accepte de devenir professeur pour enseigner à de vrais enfants dans une authentique banlieue à problèmes...

C'est un peu le même brouillage qu'il effectue dans Lettre au Sahara, qui pourrait s'intituler Voyage en Italie puisque l'on suit, du sud au nord, la traversée houleuse d'un jeune Sénégalais. Sauvé par les autorités italiennes de la noyade alors que des passeurs sans scrupules avaient préféré le jeter à la mer, Assane (Djibril Kébé) ne veut pas retourner dans son pays alors qu'il y fuyait la misère. Or, entre les refuges humides pour immigrants illégaux à Naples et un boulot de vendeur itinérant à Turin, Assane perd peu à peu ses illusions, croisant le meilleur et le pire de cette superbe terre d'accueil qui cache bien ses laideurs.

Joint à son domicile en Italie, Vittorio De Seta reconnaît qu'il connaissait peu la culture sénégalaise avant d'entreprendre ce film (dont la finale, lumineuse, affiche un caractère quasi anthropologique). Regrettant la manière dont ses concitoyens traitent les immigrants, réduits à n'être que «des ombres», c'est pour témoigner de leurs souffrances qu'il a signé Lettre au Sahara. Et toujours selon ses méthodes éprouvées. «Pour que les personnages soient réels, souligne le cinéaste, les acteurs, professionnels ou pas, peuvent puiser des choses de leur propre vie. Moi, je n'hésite jamais à m'en servir, même quand je travaille avec quelqu'un comme Michel Piccoli [dans L'Invitée]. Djibril est diplômé en informatique, alors j'ai utilisé cet élément. Même chose pour sa cousine mannequin qu'il visite à Florence: elle est vraiment mannequin et sa mère est effectivement d'origine française. Elle joue bien puisque c'est sa vie... »

Pratiquant un cinéma qualifié de «spontané», il accorde une grande liberté aux acteurs, ce qui n'est pas sans surprises. «Les acteurs sénégalais jouaient parfois en langue wolof, que je ne comprends pas. Après avoir traduit, je me suis aperçu que des choses avaient été modifié par l'un d'entre eux. J'étais un peu vexé mais en s'inspirant de leur propre expérience, ils font bien plus que jouer le rôle. L'ouverture aux acteurs aide beaucoup à améliorer le résultat.»

Avec Lettre au Sahara, aurait-il signé son chant du cygne? À l'entendre vanter les possibilités de la caméra numérique («je ne suis pas nostalgique de la pellicule») qu'il lui permet de tourner en abondance, «même si on risque de se perdre au moment du montage», Vittorio De Seta a sans doute d'autres lettres à poster. Mais pas question de négliger ses oliviers.

Collaborateur du Devoir

- Lettre au Sahara: aujourd'hui à 18h30 au Cinéma Beaubien et jeudi 26 avril à 18h30 au Cinéma du Parc.


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