Le tueur de Virginia Tech était une bombe à retardement
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Photo: Agence Reuters
Au moment de mettre sous presse hier, au moins 12 personnes reposaient encore à l'hôpital, toutes dans un état stable.
La police n'écarte toujours pas la possibilité qu'il y ait eu deux tueurs, même si l'examen balistique des armes utilisées démontre le contraire. Les deux pistolets de calibre .22 et un Glock 9 mm ont été retrouvés sur le site de la deuxième fusillade, où Seung-Hui s'est suicidé. Or l'un de ces pistolets avait servi lors de la première tuerie. Les enquêteurs ont retrouvé dans le sac à dos de l'assassin deux couteaux, des balles et le reçu de caisse pour l'achat du Glock. L'autre pistolet aurait été acheté la semaine dernière, selon les informations de la chaîne ABC.
Selon ABC, citant des sources proches de l'enquête, le jeune homme est retourné dans sa chambre, située tout près sur le campus, après avoir commis ses deux premiers meurtres. Il a écrit une dérangeante lettre de suicide avant de repartir pour le pavillon Norris Hall. Dans sa missive, Seung-Hui s'insurge contre «les jeunes riches», «la débauche» et «les charlatans». «Vous m'avez poussé à faire cela», écrit-il. Ses motivations profondes demeurent cependant nébuleuses. «C'était un solitaire, et nous avons beaucoup de mal à trouver des informations sur lui», a précisé un porte-parole de l'université, Larry Hincker.
Cho Seung-Hui a quitté la Corée du Sud avec sa famille en 1992, alors qu'il était âgé de huit ans. Il en était à sa dernière année d'étude en littérature, à Virginia Tech. Ses parents vivent à Centreville, tout près de Washington, et leur domicile a fait l'objet d'une perquisition hier.
Selon les témoignages de plusieurs étudiants, Cho Seung-Hui a fait preuve d'une glaciale minutie dans l'exécution de son plan diabolique. Il a notamment aligné plusieurs personnes contre un mur avant de les exécuter les unes après les autres. Des étudiants l'ont décrit comme un jeune homme grand et silencieux, déterminé, qui tirait pour tuer et revenait sur ses pas s'il entendait des survivants parler.
«Il paraissait très minutieux, il a touché pratiquement tout le monde», a raconté Erin Sheehan, une survivante. Il tirait «dans un silence presque irréel», sans viser personne en particulier mais «en cherchant à toucher le plus de monde possible», a ajouté un autre survivant, Derek O'Dell.
Les auteurs de ce type d'attaque sont souvent des solitaires incapables de faire face à une perte ou à un échec, selon un groupe d'experts consultés par l'AFP. Le profil est souvent le même -- «isolé, reclus et asocial» -- mais il est impossible de savoir ce qui pousse ces tueurs à l'acte, a précisé Alan Langlieb, directeur de la psychiatrie du travail à la prestigieuse université Johns Hopkins.
Stephanie Derry, qui a étudié en théâtre avec Seung-Hui, a confirmé ce portrait sinistre dans le journal de l'université, le Collegiate Times. Seung-Hui écrivait des pièces «morbides et caricaturales», notamment au sujet d'un fils qui détestait son beau-père. «Dans la pièce, le fils lui jetait une tronçonneuse et des marteaux. Mais la pièce se terminait avec le fils étouffant violemment le père avec une barre de céréales», a déclaré Derry au journal.
Seung-Hui ne disait pas un mot dans ce cours et restait toujours isolé dans son coin, sans exprimer la moindre émotion. Son comportement était si bizarre que les élèves plaisantaient entre eux sur la possibilité qu'il puisse «faire quelque chose», a expliqué Derry. «Quand j'ai appris que c'était Cho qui avait fait ça, j'ai commencé à pleurer, a-t-elle raconté. Nous avons vu tous les signes mais nous n'avons jamais pensé que cela pouvait arriver.»
Lucinda Roy, ancienne doyenne du département d'anglais, a raconté à CNN son inquiétude devant le contenu glaçant d'autres écrits. À l'automne 2005, elle avait même signalé la menace potentielle à la direction et entrepris de donner des cours particuliers au jeune homme pour l'inviter à s'ouvrir. «Profondément inquiète», elle a conseillé à Cho Seung-Hui de consulter un psychologue et pensait qu'il l'avait fait.
Le comportement manifesté par Seung-Hui de même que le laxisme apparent de l'université entre la première et la deuxième fusillade ont continué de soulever bien des interrogations hier. Pour la deuxième fois en autant de jours, les autorités ont expliqué que les premiers tirs apparaissaient comme «une affaire personnelle». Selon les informations préliminaires de la police, il semblait que le tueur avait quitté les lieux après s'en être pris à une ex-copine et à sa nouvelle flamme. En outre, il y avait déjà plus de 20 000 personnes sur le campus, et la direction a estimé qu'il était plus sûr de les laisser dans les bâtiments plutôt que de les forcer à errer aux alentours en décrétant une évacuation massive.
La direction et la police de l'université ont reçu hier l'appui du ministre de la Sécurité publique de l'État de Virginie, John Marshall. Selon lui, ils ont «pris les bonnes décisions en fonction des meilleures informations dont ils disposaient sur le moment».
Journée de deuil mondial
Encore sous le choc, plus de 10 000 étudiants et professeurs de Virginia Tech ont rendu hommage aux victimes hier, en présence du président américain, George W. Bush. «Jamais dans l'histoire américaine un campus universitaire n'avait connu un tel jour de violence. Et pour beaucoup d'entre vous, ç'a été le jour le plus dur de votre existence», a déclaré le président. Ceux dont on a pris la vie n'avaient rien fait pour mériter un tel sort. Ils étaient simplement au mauvais endroit au mauvais moment.» Une veille aux chandelles était prévue en soirée.
La journée de deuil a largement dépassé les frontières de l'Amérique. Des messages de condoléances exprimant «horreur» et «solidarité» sont parvenus de toute la planète. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, de nationalité sud-coréenne, a condamné cette tuerie «totalement inacceptable» et s'est dit «très triste et troublé» d'apprendre que son auteur était un compatriote.
Le ministère sud-coréen des Affaires étrangères a tenu une réunion d'urgence, tard cette nuit, afin de mettre en place des mesures de sécurité pour ses ressortissants vivant aux États-Unis, par crainte de représailles. Environ 460 ressortissants sud-coréens étudient notamment à Virginia Tech.
La National Rifle Association (NRA), le principal groupe de pression américain des détenteurs d'armes à feu, a aussi présenté ses condoléances aux familles des victimes, mais elle s'est abstenue de tout commentaire. L'association des Gun Owners of America, un autre lobby pro-armes, était cependant plus en verve.
Selon l'organisme, la tuerie prouve que l'interdiction de porter des armes en vigueur dans certains lieux pose problème. En d'autres mots, tous les Américains devraient avoir le droit de porter une arme pour se défendre. «Il est irresponsable et dangereux de dire à des citoyens qu'ils ne peuvent avoir aucune arme dans les écoles», a dit Larry Pratt, directeur de l'organisation. La fusillade de Virginia Tech «impose l'abrogation immédiate de la loi sur les zones libres de toute arme qui laisse les écoles du pays à la merci des fous», a-t-il insisté.
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Avec l'AFP, Reuters, CNN et le New York Times
Vos réactions
@Moncef Naji - par jacques noel
Le mercredi 18 avril 2007 14:00
Un test psychologique pour l'achat d'armes... - par Servanin JP (jps@garennes.com)
Le mercredi 18 avril 2007 14:00
Rien à voir avec la mal intégration de l'immigrant - par Moncef Naji
Le mercredi 18 avril 2007 11:00
On le savait - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le mercredi 18 avril 2007 11:00
Pourquoi contrôler les objets? - par Michel Trahan
Le mercredi 18 avril 2007 11:00
Un test psychologique pour la possession d'une arme à feu - par Marilyne Léveillé
Le mercredi 18 avril 2007 10:00
Mes plus sincères sympathies aux personnes éprouvées. - par Jacques Morissette
Le mercredi 18 avril 2007 10:00
Où est Jane Wong? - par jacques noel
Le mercredi 18 avril 2007 08:00
Se défendre avec une arme ??! - par Servanin JP (jps@garennes.com)
Le mercredi 18 avril 2007 06:00
condoléances - par Françoise Cécilia
Le mercredi 18 avril 2007 05:00

