Quand les «journalistes-citoyens» nourrissent la presse
Mots clés : Virginia Tech, Collegiate Times, journalistes-citoyens, Université, Média, États-Unis (pays)
La tuerie de Blacksburg en Virginie a mis en lumière le travail collectif de centaines d'étudiants sur Internet, et particulièrement du Collegiate Times, le journal indépendant de l'université.
Le journal, dirigé par une étudiante de 21 ans, Amie Steele, et qui compte habituellement 35 reporters, a suivi le déroulement de la tuerie de minute en minute lundi. Hier matin, il était le premier à publier une première liste des victimes. Il avait également révélé l'identité du tueur une heure avant la conférence de presse des autorités.
Hier après-midi, il publiait une première entrevue avec une étudiante qui avait connu le meurtrier Cho Seung-Hui dans un atelier d'art dramatique et qui témoignait du caractère morbide de ses écrits. Ces commentaires ont été repris par les grands médias.
La tragédie a également donné lieu à une activité communautaire incroyable sur Internet depuis deux jours. Pour le Chicago Tribune, malgré l'armée de journalistes professionnels débarqués depuis lundi en Virginie, ce sont les «journalistes-citoyens» qui ont fait l'événement. Les grands médias ont en effet abondamment utilisé des centaines de photos, de vidéos et de commentaires envoyés sur les blogues et les groupes de discussion par les étudiants eux-mêmes. Avec en vedette cette vidéo de quelques secondes de l'étudiant Jamal Albarghouti où l'on entend plus de 20 coups de feu et qui a été vue par huit millions de personnes sur le site Internet de CNN lundi.
Hier après-midi, on pouvait même télécharger intégralement sur les sites Internet de CNN et du New York Times les deux pièces de théâtre écrites dans l'atelier d'art dramatique par Cho Seung-Hui. Ces documents avaient été mis en ligne sur un blogue personnel par un ancien collègue de classe du meurtrier qui travaille maintenant pour AOL.
Sur les sites Internet des grands médias, des sections spéciales recueillaient tout au long de la journée hier les commentaires et témoignages d'étudiants qui avaient connu le meurtrier, ou qui ont vécu le drame lundi, commentaires également publiés sur Facebook, un site de réseautage social fort populaire chez les étudiants américains.
Un chroniqueur du Washington Post écrivait d'ailleurs hier que la tragédie du Virginia Tech démontre les caractéristiques particulières de la génération YouTube-FaceBook: «Témoigner. Enregistrer. Partager.»
Sur Facebook, plus de 300 groupes de discussion ont été créés hier pour rendre hommage aux victimes de la tuerie. Un mémorial aux victimes a même été créé sur le monde virtuel Second Life, mémorial qui serait l'oeuvre de deux professeurs.
Durant la journée de lundi, des centaines d'étudiants sont demeurés en contact entre eux et avec le reste du monde au moyen de leur ordinateur, terrés dans leurs chambres alors que l'université était paralysée par la tragédie.
Comme son nom l'indique, le Virginia Tech est un établissement à la fine pointe de la technologie. Il abrite d'ailleurs le Blacksburg Electronic Village, un projet pionnier qui avait été lancé dans les années 90 pour créer une communauté en ligne.
Le journaliste Francis Pisani, basé à San Francisco et dont Le Monde héberge un blogue, écrivait hier que les médias d'information professionnels ne peuvent plus se passer des amateurs, car ce sont les étudiants qui ont fourni en direct «les témoignages les plus poignants, les images les plus proches de l'événement lui-même».
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Leçon de professionnalisme aux médias officiels / traditionnels. - par Roger Lapointe
Le mercredi 18 avril 2007 06:00

